Disparition d'Henri Dutilleux

23 Mai 2013

Le grand compositeur français Henri Dutilleux, né à Angers le 22 janvier 1916, vient de mourir à l’âge de quatre-vingt-dix-sept ans.
 
Jean-Luc Hees, président-directeur général de Radio France, et Jean-Pierre Le Pavec, directeur de la musique de Radio France, expriment leur profonde tristesse et leur sentiment d’admiration devant la générosité d’un créateur qui avait choisi, indifférent au tapage, loin des modes et des chapelles, de se consacrer exclusivement à son œuvre. Henri Dutilleux ciselait jusqu’à la perfection chacune de ses partitions nouvelles ; le sens de la couleur et la concision de la forme faisaient l’élégance de sa musique. « Humble fierté, fière humilité », la devise du compositeur Carl Maria von Weber, aurait pu être celle d’Henri Dutilleux.

Par ailleurs, de 1944 à 1963, Henri Dutilleux avait œuvré au sein du service des Illustrations musicales de la Radiodiffusion française, et lui avait permis de donner leur chance à de jeunes compositeurs tels que Claude Prey, Maurice Ohana, Serge Nigg, Ivo Malec, Michel Philippot, Marius Constant, Pierre Boulez, Betsy Jolas, etc. « Le but était de créer une forme d’art radiophonique », disait Henri Dutilleux, qui par ailleurs avait harmonisé ses Chansons de bord pour la Maîtrise que venait de créer Henry Barraud.

L’Orchestre National de France et son directeur musical Daniele Gatti souhaitent témoigner leur reconnaissance à un artiste qui partageait la destinée de l’Orchestre National depuis le 7 juin 1951, date de la création de la Première Symphonie sous la direction de Roger Désormière. Jusqu’au Temps l’horloge avec Renée Fleming et Seiji Ozawa, l’itinéraire créateur d’Henri Dutilleux a accompagné la vie de l’orchestre. Ainsi, c’est au fil de six décennies que l’Orchestre National de France s’est réjoui de créer les principales œuvres d’Henri Dutilleux, à Paris et lors de tournées à l’étranger, qu’il se fût agi de créations mondiales ou de premières françaises.

Parmi les grandes étapes de cette affection et de cette admiration partagées, on citera :
- la création de la Symphonie n°1 par Roger Désormière, le 7 juin 1951 ;
- la création de Sérénade, contribution à l’œuvre collective Variations sur le nom de Marguerite Long (avec sept autres compositeurs) par Charles Munch
 le 4 juin 1956 ;
- la première française de Timbres, Espace, Mouvement par Mstislav Rostropovitch, le 29 décembre 1978 ;
- la création de L’Arbre des songes, Concerto pour violon et orchestre, par le violoniste Isaac Stern, sous la direction de Lorin Maazel, le 5 novembre 1985 ;
- la première française de Sur le même accord, nocturne pour violon et orchestre, par Anne-Sophie Mutter, sous la direction de Kurt Masur,
 le 14 novembre 2003 ;
- la première française de Correspondances pour voix et orchestre, avec la soprano Barbara Hannigan, sous la direction de Kurt Masur, le 16 septembre 2004 ;
- et, plus récemment, la création de la version définitive de Le temps l’horloge par la soprano Renée Fleming, sous la direction de Seiji Ozawa, le 7 mai 2009.

L’Orchestre National de France a perdu à la fois un de ses frères d’armes et un de ses pères spirituels. Mais l’Orchestre Philharmonique de Radio France, lui aussi, exprime sa plus vive émotion. Myung-Whun Chung s’était en effet lui aussi passionné pour la musique d’Henri Dutilleux et avait tenu à enregistrer, avec l’Orchestre Philharmonique, les deux concertos (avec Renaud Capuçon et Truls Mork). Il y a quelques semaines par ailleurs, sous la direction d’Esa-Pekka Salonen, venait de paraître le premier enregistrement mondial de Correspondances avec la participation de Barbara Hannigan, œuvre couplée avec The Shadows of Time et le désormais classique Concerto pour violoncelle et orchestre « Tout un monde lointain » joué par Anssi Karttunen.

France Musique consacrera toute la journée du jeudi 23 mai à Henri Dutilleux.