Dossier

La Nuit rêvée de Jack Ralite Par Albane Penaranda

Il était né en 1928 à Châlons-sur-Marne, comme Pierre Dac, comme Cabu, entre deux guerres, dans une région où l'herbe n'avait pas partout repoussé sur les champs de batailles de 14-18. Jack Ralite racontait volontiers que furent pour beaucoup dans son engagement politique les trois mois qu'il passa dans la prison de Châlons pendant l'Occupation. Il n'avait pas encore quatorze ans quand il fut arrêté avec d'autres élèves pour avoir trop empoisonné le quotidien des Allemands qui squattaient leur lycée. Pendant cette détention, aux côtés de Juifs voués à la mort, de résistants chaque jour torturés et d'un prêtre bientôt déporté, il rencontra des communistes. Ce fut là qu'il disait s'être senti communiste pour la première fois.

Longtemps député, plus tard sénateur, les Français de 1981 découvrirent Jack Ralite en ministre de la Santé sur le perron de l'Élysée. Mais son histoire fut liée à celle d'Aubervilliers, où il vivait, dont il fut maire-adjoint pendant vingt-cinq ans et maire pendant vingt ans. Durant ces années, il aura conduit dans cette banlieue ouvrière une politique culturelle audacieuse, œuvrant notamment aux côtés de Gabriel Garran à la fondation du Théâtre de la Commune.

En 1987, face à l'emprise grandissante du monde marchand et financier sur la création artistique et intellectuelle, il avait lancé les États Généraux de la Culture, entrainant avec lui une foule d'artistes et d'acteurs du monde culturel. Amoureux de littérature, de cinéma et de théâtre, ce passionné d'histoire croyait au pouvoir émancipateur de la culture. Il en fut un militant inlassable qui refusait de la voir sacrifiée dans des politiques étroitement comptables. "La culture, c'est peut-être au moment où ça va le plus mal qu'on en a le plus besoin" disait-il.

En 2015, la Nuit rêvée de Jack Ralite reflétait ses émotions de jeunesse, ses passions et ses combats. On y retrouvait Aragon dont il fut très proche, Vitez dont il fut l'ami, Stendhal son romancier favori et Marc Bloch, modèle intellectuel et patriotique d'un jeune homme qui se rêvait professeur d'histoire. On y croisait Bernard Noël, Robespierre l'Incorruptible, l'écrivain allemand Christa Wolf et Leïla Shahid, en témoignage de sa sensibilité à la cause palestinienne. On y entendait aussi l'acteur Pierre Blanchar, idéal du "moi" de son adolescence.

Qu'on ait partagé ou non les convictions que portait Jack Ralite depuis son adhésion à dix-neuf ans au Parti Communiste, on ne pouvait douter de sa sincérité et de son humanité. Tous ceux qui l'ont connu comprennent le sens des mots de son ami Charles Fiterman :

Jack est généreux, il respecte l'autre. C'est un passeur entre les êtres. Il y a de l'amour chrétien chez lui.

Jack Ralite est mort le 12 novembre 2017 à Aubervilliers.

Crédit photo : Jack Ralite en 2015 © Radio France - Albane Penaranda
Jack Ralite en 2015
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