Lauréats du concours Radio France de la micronouvelle 2018

A l'occasion de Radio France fête le livre des 24 et 25 novembre 2018 à la Maison de la radio, Radio France vous a proposé une 4e édition du concours de la micronouvelle en partenariat avec Le Parisien Week-end et France tv slash.

Le concours ouvert exclusivement aux amateurs, du 1er au 14 octobre 2018, devait répondre au thème « un nouveau monde ». 2 000 personnes ont participé à ce concours. Merci à tous !

 

Cette année deux prix ex aequo grand public ont été attribués par le jury. Félicitations à Nathalie Gauthereau et Tatiana Montandon

Deux récits ont fait l’unanimité lors des lectures à voix haute cette année : Nathalie Gauthereau, de Grenoble et Tatiana Montandon, de Paris

Ces deux textes ont été choisis pour leurs qualités littéraires. Ces récits narratifs respectent bien les consignes du concours avec des personnages caractéristiques et comportent une chute. Par ailleurs les auteurs s’emparent bien des enjeux contemporains.

Le texte de Tatiana Montandon a particulièrement été apprécié pour sa beauté et l’émotion qu’il dégage, celui de Nathalie Gauthereau pour son rythme et son originalité.

 

Nathalie Gautherau

Nathalie Gautherau

Nathalie Gautherau © V. Bianco

Dehors, j’entends des enfants jouer, leurs rires me déchirent le cœur. Je pense à mon frère, à ma sœur, où sont-ils ?
Il arrive.
Les clés accrochées à sa ceinture font un bruit métallique quand il marche.
Quinze marches me séparent de mon geôlier. Je les compte. A rebours. C’est mon ultime répit.
Douze marches. Je pense à ma ville, Sinjar. A ma mère égorgée sous nos yeux.
Nos yeux. Bleus.
Neuf marches. Enfermée dans une pièce sans fenêtre depuis des mois. Je lui appartiens, j’ai appartenu à d’autres, avant. Ils me vendent sur les marchés comme une chèvre. Les yeux bleus, c’est plus cher.
Six marches. J’entends son souffle écœurant qui se rapproche.
Quatre marches. J’ai quinze ans. Je voudrais que mon père vienne acheter ma liberté.
Trois marches. Je sens déjà la puanteur de son corps lourd sur moi.
Deux marches. Je suis la sabaya d’un combattant.
Une marche. Aidez-moi…
La clé tourne dans la serrure. La porte s’ouvre. Derrière le monstre, un nouveau monde. Je me jette sur lui comme la chèvre qui bondit. Je veux vivre ! Sa tête cogne dans les escaliers. Je compte les marches.
Je suis yézidie.

 

 

"Après une longue pause, j’ai repris le chemin de l’écriture en début d’année. Participer au prestigieux concours Radio France et raconter une histoire en peu de caractères a été un très beau défi. Je songeais depuis quelques temps déjà à écrire un texte sur le martyr du peuple yezidi. Le format de la micro-nouvelle a permis de concrétiser l’envie. Il fallait un texte très court pour donner un caractère d’urgence aux mots et faire écho à la souffrance des Yezidis."

 

Tatiana Montandon

Tatiana Montandon

Tatiana Montandon © Tatiana Montandon

Pluie de balles, tonnerre d’obus. Notre vie. Tes pieds qui courent dans mon ombre. Nos mains nouées, boucliers dérisoires. Chaque nuit, sentir ta poitrine trembler contre mon dos. On ne partira pas l’un sans l’autre. Promesse adolescente tenue à 25 ans. On a survécu jusque-là. On s’aime depuis toujours. Les menaces, la peur, les cris, la faim. Pas d’issue sauf couper nos racines pour se donner des ailes.

L’espoir dans tes yeux, réserve de courage. Moi, bravache : « C’est notre voyage de noces ! » Ton rire qui rend tout si facile.

L’aridité du sable sous nos pieds qui ne semble pas vouloir finir. Abandonnés dans le désert. De l’eau enfin. Nouvelle prison, nouvelle fuite. Marcher jusqu’à se faire éblouir par la mer. Un bateau, et nous, perdus parmi 300 autres. La confiance dans tes yeux qui ne me quitte pas. Les fermer, juste un instant.

Nouveau paysage : une femme blonde, main tendue. Des gyrophares, une assiette chaude. Un sourire, un bienvenu.

Croasser entre mes lèvres sèches. « C’est le nouveau monde, mon amour. Tu vois ? »

« Lâchez-là monsieur. Lâchez-là. Elle est morte. » 

 

 

 

 

 

 

 

Tatiana Montandon, 38 ans, parisienne travaillant dans le marketing.

Ce texte, c'était un peu comme quand je fais une photo. L'envie de figer un instant, une respiration. J'ai toujours aimé raconter, à travers les images le plus souvent. Ce qui me touche, quelle que soit la situation, c'est avant tout l'atmosphère. A l'heure où l'arrivant est vu comme une cohorte guerrière, j'ai voulu opposer au flux une histoire singulière. Je n'ai pas la volonté de m'approprier un vécu dont je n'ai eu écho qu'à travers des récits. Cette histoire, c'est l'image un peu courte du voyage au long court, le marche ou crève universel. Mes personnages n'ont pas de pays, ma mer n'a pas de nom, mes yeux sont le reflet de tous ceux qui pensent que la misère n'est pas moins pénible au soleil."

 

Le prix des collaborateurs de Radio France décerné à Roland Olivier

Roland Olivier, animateur à France Bleu Vaucluse

Le jury a choisi la micronouvelle de Roland Olivier, animateur à France Bleu Vaucluse et a particulièrement apprécié ses qualités littéraires ainsi que sa poésie et son aspect onirique.

 

Roland Olivier

Roland Olivier

L’initial.
Dans la forêt millénaire, depuis toujours, ils vivaient en s’ignorant.
Ceux d’en bas, bruyants, habillés de peaux, s’abritaient dans les grottes et chassaient. Ceux d’en haut, vêtus de feuilles, vivaient dans le murmure des arbres géants, mangeaient des fruits et vénéraient le vent.
Une nuit, la jeune Otama fit un cauchemar. Déséquilibrée, elle chuta de l’arbre chambre, branche après branche, vers le noir profond et interdit, jusqu’au gros buisson, jusqu'au choc contre la terre.
Sonnée, au sol pour la première fois, elle respirait l’air lourd et humide, empli d’odeurs inconnues et terrifiantes. A travers les feuilles, elle vit la lune, si loin, si haute. Elle bondit jusqu’à la première branche, puis fila comme l’éclair vers la cime et se glissa dans le nid, bien décidée à ne jamais raconter cette honteuse expérience.
Au pied de l’arbre, une ombre s’agita. Siil, garçon d’en bas, guettait le Duc. Il tremblait, ébloui, stupéfait par cette vision.
Ce fut le début du nouveau monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

"J’ai 51 ans, je suis animateur à Avignon de 6h à 9h, et je me régale.

J’ai toujours aimé écrire, sans trouver le courage d’aller au bout des 10 ou 15 romans que j’ai commencé. "Un nouveau monde" m’a tout de suite parlé : deux mondes que tout semble opposer sont en fait les pôles + et - d’un équilibre à trouver, d’un nouveau monde.

Et 1000 signes, ça m’a bien parlé, aussi !-)"

 

 

 

Disiz la Peste, parrain du concours de la micronouvelle remettra le prix grand public à Nathalie Gauthereau et Tatiana Montandon ainsi que le prix collaborateur à Roland Olivier, dimanche 25 novembre à 19h00 au studio 105 de la Maison de la radio.

 

► Le récit du lauréat sera publié sur le site radiofrance.fr, relayé via les réseaux sociaux du groupe et présenté au public lors de Radio France fête le livre,
 
► Une lecture filmée du récit par Disiz la Peste, parrain du concours et diffusée sur les comptes officiels de Radio France et des partenaires autorisés sur les réseaux sociaux,
 
► La prise en charge du transport en train (depuis la France métropolitaine) ainsi qu’une nuit d’hôtel pour le(a) gagnant(e) accompagné(e) de la personne de son choix afin de recevoir son prix et assister en VIP à Radio France fête le livre,

Le lauréat recevra un lot d'ouvrages primés en 2018 :  Prix Medicis, Prix Goncourt, Prix Renaudot, Prix de l'Académie française, Prix Femina, Prix livre Inter, Prix France Info de la bande dessinée d'actualité et du reportage, Prix du roman des étudiants France Culture Télérama, Prix du livre France Bleu des libraires indépendants.