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Gilles Peterson : "Le Worldwide est un festival de puristes"

Par
Gilles Peterson aux platines du Théâtre de la Mer à Sète, le 07 juillet 2022
Gilles Peterson aux platines du Théâtre de la Mer à Sète, le 07 juillet 2022
- Pierre Nocca - Worldwide Festival

Le DJ londonien est de retour sur l'île singulière pour une semaine de live et de clubing entre ciel et mer. Rencontre à Sète avec ce globe-trotteur toujours aussi hyperactif.

Mais qu’est ce qui fait donc courir Gilles Peterson ? Voilà maintenant plus de trente-cinq ans que ce Londonien natif de Caen arpente la planète, dispensant son groove derrière les platines du monde entier ou au micro de la BBC. Actif sur tous les fronts, le parrain de l’acid-jazz a posé ses platines à Sète il y a plus de quinze ans maintenant, alors qu’il recherchait une terre estivale pour offrir une dimension live à son émission de radio Worldwide. Tombé amoureux de la cité de Georges Brassens, Gilles Peterson a depuis l’ambition de faire chaque année de cette réunion de diggers l’un des moments les plus pointus de l’été musical.

Le Worldwide a soufflé ses quinze bougies cette année, quel regard portez-vous sur cette aventure aujourd'hui ?

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J’ai toujours voulu faire un festival qui marie le meilleur des deux mondes, le live et les DJs. Et je trouve que c’est toujours aussi satisfaisant aujourd’hui qu’aux débuts du festival, et même davantage encore. Tous les ans, je reviens ici et je me demande si cette recette prendra encore. Et bien oui, elle prend, et lorsqu’on se retourne et qu’on regarde derrière nous tous les line-up qu’on a montés, il y a quand même beaucoup d’artistes qui ont joué ici et ça forme vraiment une belle histoire. L’autre chose qui est essentielle, c’est qu’il n’y a qu’une scène au Worldwide, donc il faut que le programme de toute la soirée plaise au public car il ne peut pas se rendre ailleurs comme il le ferait dans un grand festival. C’est un peu comme dans un restaurant où tu prends ce que te donne le chef sans regarder le menu, j’ai la possibilité de faire ça ici et jusqu’à présent ça a marché.

Rodolphe Lauretta au le 08 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
Rodolphe Lauretta au le 08 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
© Radio France - Ghislain Chantepie

C'est aussi important pour moi d’avoir quelque chose de gratuit à proposer au public, et c’est ce qu’on fait avec la scène sur la plage tous les après-midi. Quand j’étais jeune et que j’allais dans les soirées en Angleterre, certaines étaient gratuites et c’est comme ça que j’ai moi-même pu commencer à découvrir la musique. C’est essentiel d’avoir ce côté off, non-élitiste, qui marche pour introduire l’esprit du festival auprès du grand public et des nouveaux fans.

Ce festival est aussi une véritable histoire de famille, avec des compagnons de route comme Lefto, Simbad, Freshly Cut, et d’autres…

Je pense que toutes les communautés marchent vraiment grâce à ça. En groupe, on peut faire avancer les choses et c’est important pour moi qu’on n’oublie pas d’où l’on vient. Il y a des DJs qui ont commencé ici, qui ont fait leurs premières armes au Worldwide et qui depuis sont devenus très connus, même plus que moi pour certains ! Beaucoup veulent revenir ici mais je ne peux pas les programmer tous les ans parce qu’on ne pourrait pas sinon faire découvrir des new comers. Mais ils reviennent aussi comme de simples fans, et ça c’est super.

Yussef Dayes le 07 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
Yussef Dayes le 07 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
© Radio France - Ghislain Chantepie

Laurent Garnier est d'ailleurs lui aussi revenu mixer cette semaine sur la plage de Sète…

Laurent est un véritable parrain du festival. Il était là aux tout débuts et il m’a offert de la crédibilité dans la ville de Sète et en France. Il a expliqué aux Français que ce que j’amenais avec le Worldwide était authentique et ça m’a donné de la puissance indirectement. Je suis bien sûr un énorme fan de Laurent et ce qui est intéressant, c’est qu’il a justement commencé sa carrière en Angleterre, à Manchester, et qu’il a rapporté il y a longtemps cet esprit en France avec lui. D’autres grands DJs sont passés ici, comme Carl Cox, Diplo... Et d’autres encore vont venir jouer dans les années qui viennent !

Yussef Dayes a triomphé jeudi au Théâtre de la mer, une figure de cette scène néo-jazz que vous parrainez depuis une dizaine d’années… Le Worldwide est-il aussi la maison naturelle de tous ces jeunes artistes ?

Oui, et maintenant il y a même la génération d’après qui est en train d’arriver ! On a eu Nala Sinephro cette semaine qui était incroyable, Yussef Dayes qui atteint un nouveau niveau en effet… Shabaka Hutching, Sons of Kemet, The Ancestors, Kokoroko sont tous passés ici, mais il y aussi eu des Américains, avec Kamasi Washington qui a fait sa première date française ici, ou encore Thundercat.

Le jazz est une musique qui parfois est un peu trop contrôlée par des spécialistes. C’est ce qui s’est passé en Angleterre, avec des magazines, des Ronnie Scott, des festivals qui ont un peu perdu le coup car ils n’ont pas vraiment senti cette nouvelle scène. Les jeunes du coup l’ont fait à leur manière, davantage en mode DIY, et on les a accueillis ici. C’est sûr que si tu compares Nubya Garcia à Charles Lloyd, ce n’est peut-être pas techniquement aujourd'hui au même niveau. Mais l’essentiel est ailleurs, car ils progressent tous et ils le font vite.

Sélène Saint-Aimé le 07 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
Sélène Saint-Aimé le 07 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
© Radio France - Ghislain Chantepie

Certains Français rayonnent aussi au Worldwide, notamment les Émile Londonien que vous avez programmés de nouveau cette année...

Oui, et ils ont vraiment fait du bruit, tout le monde parle de leur show incroyable de trois heures à la plage ! On est dans ce même esprit connecté avec le free-jazz, connecté avec la scène de Chicago aussi… C’est important de mettre en lumière la scène jazz française car il y a une tradition qui est énorme ici. Le concert de Sélène Saint-Aimé était aussi magnifique, et on reçoit également ce soir le saxophoniste Rodolphe Lauretta au Théâtre de la Mer. Des labels comme Heavenly Sweetness sont aussi importants pour ça.

Cette édition est aussi celle des retrouvailles avec votre public anglais, absent l’an dernier pour cause de Covid-19...

C’est un public assez sophistiqué qui vient ici, alors qu’il y a tellement de choix aujourd’hui avec tous ces festivals en Croatie ou à Ibiza qui proposent du all-inclusive. Au Worldwide, il faut quand même trouver un logement, s’organiser… Les Anglais qui viennent ici sont donc des clubbers qui sont aussi curieux et voyageurs, ils s’intéressent également à la culture locale. Ça a pris quelques années pour que la ville de Sète comprenne ça, car ils n’étaient pas certains au début de l’apport de notre public. Ça a beaucoup changé depuis les débuts, il y a beaucoup de liens aujourd'hui entre Sète et le reste du monde et ça c’est vraiment génial.

Le triomphe d'Alogte Oho & his Sounds of Joy le 08 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
Le triomphe d'Alogte Oho & his Sounds of Joy le 08 juillet 2022 au Théâtre de la Mer (Sète)
© Radio France - Ghislain Chantepie

Vous préparez également la nouvelle édition de votre festival ‘We Out Here’ en Angleterre, qu’est-ce qui distingue ces deux événements ?

Le Worldwide, c’est une sorte de restaurant 3 étoiles mais pas élitiste, c’est vraiment un festival de puristes. A We Out Here, il y un camping et une douzaine de scènes, davantage dans l’esprit des festivals anglais comme Glastonbury. On a 150 artistes au moins là-bas, de Pharoah Sanders à Jah Wobble, sans compter tous les DJs qui viennent de partout. J’attends que les Français y viennent maintenant, comme les Anglais l’ont fait avec le Worldwide ! J’organise aussi en septembre un autre festival qui s’appelle le Ricci, à Catane en Sicile. C’est une collaboration que j’ai montée avec des chefs, un mix de musique et de gastronomie locale. C’est un peu le même feeling qu’aux débuts du Worldwide lorsqu’on a démarré à Sète.

Quelles sont les prochaines sorties à venir de votre label Brownswood ?

On a beaucoup de disques qui arrivent à la rentrée, je pense notamment à celui de Emma Jean-Thackray qui a joué ici mercredi et que je programme désormais dans tous mes festivals. On est aussi en train de terminer l’album de Yussef Dayes, on va sortir d’ici quelques semaines le premier album de Kokoroko, et je travaille aussi sur le nouvel album de Daymé Arocena à Cuba. Je viens aussi de signer une toute jeune artiste qui s’appelle Muva of Earth, qui joue de la harpe, du saxophone, c’est un petit peu free-jazz, c’est très intéressant. Et enfin, je sors bientôt l’album de mon propre projet STR4TA qui devrait paraître en octobre. Ça a pris du retard alors que le disque est prêt depuis longtemps, car il faut maintenant attendre un an avant de pouvoir sortir un vinyle !

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