Le batteur et le pianiste nous invitent à flotter au dessus du tumulte ambiant avec l'album "Ça n’empêche pas le vacarme", en écoute intégrale.
On dirait que les esprits de Paul Motian et de Keith Jarrett planent au-dessus de la rencontre impromptue entre le batteur Bruno Tocanne et le pianiste Didier Fréboeuf. Fluide et délicate comme pour conjurer les mauvais esprits, elle sait aussi exploser, jouer sur les tensions et sur le fil de l'émotion. Du titre éponyme (composé par le pianiste) à On ne discute pas cuisine avec des anthropophages, en passant par L'avenir n'est plus ce qu'il était, Fake News, ou encore Saturation et all over, les compères adeptes de l’improvisation, se frayent un chemin de lumière au milieu du marasme ambiant et de la cacophonie du monde.
Sur les sept titres de l'album captés au printemps dernier, en pleine campagne charentaise, par Fabien Girard au studio Juillaguet, le duo teste la matière et prend les chemins de traverse pour traduire sa perception du monde et la manière de s'en extraire parfois. Bruno Tocanne qui, comme a son habitude, s’éloigne des choix formels, ne souhaitait pas qu’ils se rencontrent avant d’imaginer sur place un canavas évanescent.
J’aime l’excitation que cela provoque. Il n’y a plus de confort, Faut y aller quoi !
Du minimalisme aux grandes formations, Bruno Tocanne, fondateur du réseau imuZZic, a expérimenté de nombreuses expériences à géométrie variable. On se souvient notamment du magnifique Over The Hills en hommage à l'opéra-jazz mythique de Carla Bley qu'il initiait en 2015 avec le bassiste-contrebassiste Bernard Santacruz et de ses duos avec la clarinettiste Catherine Delaunay, le pianiste-guitariste Henri Roger ou avec les guitaristes Jean-Paul Hervé et Alain Blesing.
Didier Freboeuf, pianiste, de formation classique, vite captivé par le jazz et les musiques improvisées, a une trentaine de disques à son actif et notamment le très bel album solo Piano Sounds, entre compositions personnelles et hommages à ses maîtres. Il écrit également pour le théâtre, la chanson, la danse, les orchestres de chambre, le dessin animé et transcrit des pièces pour orchestre.
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"(...) S’affranchir de la métrique, suggérer plutôt que d'affirmer, penser le temps sans pour autant le marquer de manière ostentatoire, savoir le perdre, le retrouver, le triturer, l'élargir, lutter contre, l'accompagner, tenter de le maîtriser, tourner autour sans jamais le souligner.... Tenter d'aller au bout de la démarche sans concession mais sans non plus tomber dans une posture de « radicalité » anti mélodiste (...) " tel est le propos du coloriste des peaux, qui avec le funambule des touches noirs et blanches, effleure la pulsation. Ensemble ils jouent avec les contrastes, considèrent les silences, prennent le risque de la pleine liberté et du dépouillement pour nous offrir un moment suspendu.
L'album Ça n’empêche pas le vacarme est sorti le 27 décembre sur le label IMR