Publicité

Le concerto quantique de Labelle

Par
Labelle et son quartet (credit : Eric Lafargue)
Labelle et son quartet (credit : Eric Lafargue)
- Eric Lafargue

Le producteur réunionnais poursuit son œuvre polymorphe avec "Éclat", un nouvel album en quatuor sous forme de symphonie syncrétique.

Jusqu’où peut voir Jérémy Labelle ? A l’heure de la sortie de son nouveau disque, les réflexions sonores du jeune producteur français pourraient paraitre plus insondables que jamais. Il y a deux ans de cela, l’expérimentation tressait déjà le fil rouge de son Orchestre Univers, troisième album d’un garçon qui a grandi à Rennes mais qui n’a cessé, depuis ses débuts en musique, de s’affranchir de toutes les frontières, qu’elles soient stylistiques, géographiques, ou même un peu célestes.

Repéré sur nos radars à l’époque de son tandem Kaang formé avec le Sud-Africain Hlasko, Labelle a prospéré depuis sous sa propre étiquette, puisant dans ses racines et la culture réunionnaise jusqu’à s’installer sur l’île familiale pour y inventer un syncrétisme audacieux entre maloya et musiques électroniques. Et si cette signature sonore très organique lui a ouvert d’autres ports, elle ne semble plus former aujourd’hui que la facette musicale d’une quête artistique bien plus vaste.

Publicité

Avec son nouveau long-format, Labelle semble ainsi repousser un peu plus encore les frontières qui délimitent classiquement les contours d’une œuvre musicale. Cet Éclat dévoilé aujourd’hui par le trentenaire parait ainsi briller à la manière d’un prisme, décomposant et multipliant motifs et sensations comme autant de couleurs nées d’une seule et même lumière sonore. Soutenu cette fois-ci par un farouche quatuor à cordes baptisé Métavers, Labelle développe ainsi sur cet album une forme de rêverie musicale irréductible, où l’intrication des inspirations et des répertoires est telle qu’elle libère finalement l’auditeur de toute recherche de référence.

Synchronisations, enchevêtrements, et autres simultanéités forment ainsi le cœur de cette dizaine de nouvelles compositions qui superposent sur la même partition vertiges électroniques, pincements orchestraux, et autre rock magnétique. Démultipliée par violons et violoncelle, cette coexistence permanente, très risquée au demeurant, pourrait relever du saut quantique si elle n’offrait à écouter sur ce disque, à bien des égards, le triomphe instantané de la sensation sur la complexité.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

D’un Triangle Δ, né dans les cordes et s’achevant dans une nuée scintillante, jusqu’au spin des voutes d’Eclat!, les pistes se brouillent ainsi dans une transe aussi fertile qu’exigeante. Entre ces deux morceaux, un rodéo de quatre compositions ne formant qu’une seule et même pièce offre sa moelle au disque. Du bois organique de ses Mondes jusqu’au final Aller au Bout, Labelle épluche ainsi son maloya jusqu’à le transmuter dans une centrifugeuse de cordes bourdonnantes et de convulsions électroniques indomptables. Bluffant.