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Le regard détonant de Théophile Alexandre sur les héroïnes de l'opéra

Par
No(s) Dames - Photo de Benjamin Benhamou
No(s) Dames - Photo de Benjamin Benhamou
- Benjamin Benhamou

Le contre-ténor et le quatuor féminin Zaïde réhumanisent les grands arias de divas composés depuis des siècles par des hommes.

Hystériques, maudites, mariées jalouses, courtisanes libérées, néanmoins au service des hommes ou les plongeant dans l'angoisse : les femmes à l’opéra, parfois magnifiées sont souvent caricaturées, poignardées, étranglées, empoisonnées… Depuis la Daphné de Jacopo Peri en 1598, leur image véhiculée par les grandes œuvres du répertoire est l’héritage de millénaires de patriarcat et de sexisme. En 1979, la philosophe Catherine Clément écrivait dans son essai, L’Opéra ou la défaite des femmes : « Les femmes, sur la scène d’opéra chantent, immuablement, leur éternelle défaite ». Avec l'album et le spectacle No(s) Dames Théophile Alexandre et le quatuor Zaïde vont au-delà des fatalités du genre. Les femmes tiennent ainsi la barre du navire et l’homme vit les destins tragiques réservés habituellement aux héroïnes dans un hommage détonant.

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Révélé par Jean-Claude Malgloire et Jean-Claude Gallotta, Théophile Alexandre se produit sous la direction de prestigieux chefs d’orchestre, dans les grands opéras nationaux, à La Philharmonie de Paris, le Lincoln Center de New-York ou encore à la Fenice de Venise et travaille avec de grands chorégraphes. Depuis une dizaine d'années, il monte ses propres spectacles dans lesquels s'entremêlent chant lyrique et danse contemporaine. Après ADN Baroque présenté en 2018 au Théâtre de l'Athénée à Paris, voici No(s) Dames conçu en collaboration avec le quatuor Zaïde avec qui il partage le goût de l'audace créative. Les quatre musiciennes qui mènent une belle carrière internationale, collaborent aussi bien avec Martha Argerich, Nicholas Angelich, François Salque, qu'avec des jazzmen tels Michel Portal, Yaron Herman, la vocaliste Marion Rampal ou des artistes de la chanson comme Bénabar.

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Ensemble et durant 9 mois, les cinq artistes ont façonné une belle œuvre humaniste et décoiffante, revisitant quatre siècles d’opéras et réunissant 23 icônes telles Carmen, Norma, Manon, Violetta, Alcina, Manon ou Médée et 17 compositeurs différents, de Cavalli à Piazzolla, dans un canevas qui au final ne donne plus à voir qu'une seule et même idole masculine : "la Dame, telle que fantasmée et imposée aux femmes par les hommes depuis des siècles, par-delà les cultures ou les continents". Les arrangements signés Eric Mouret replacent ces opéras pour soprano et orchestre dans l'intimité d'un quintette pour cordes et voix tout en préservant une certaine flamboyance orchestrale.

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Le projet explore la puissance du féminin et la fragilité du masculin, à l’inverse des caricatures, en jouant de l’ambiguïté de la voix de contre-ténor et de la force tellurique de notre matrice de cordes (…) C'est un  manifeste d’amour, d’empathie et d’espoir collectif, poings levés mais mains unies…

L'album No(s) Dames sort le 21 Janvier et la première du spectacle a lieu le 18 Janvier 2022 au Volcan du Havre sur une mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau. Notez aussi qu'un livre regroupera 12 témoignages de figures féminines parmi lesquelles la soprano Julie Fuchs, la chorégraphe Maguy Marin, la metteuse en scène Macha Makeïeff ou encore la cheffe d'orchestre Debora Waldman, interrogées par la journaliste Arièle Butaux sur les corsets de genre de notre culture.

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