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Rencontre avec la griotte Djely Tapa au festival Musiques Métisses

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Djely Tapa au 46e festival Musiques Métisses
Djely Tapa au 46e festival Musiques Métisses
© Radio France - Guillaume Schnee

L'artiste malienne de Montréal a offert au public du festival un concert extatique, entre transe groove et incantations militantes sur des sonorités afro-futuristes.

Après les années de restriction, le festival Musiques Métisses n'a pas manqué son retour avec un public venu en nombre à Angoulême pour profiter de ses trois jours de musique et de littérature sur le site bucolique des Chais Magelis. Heureux de retrouver les sensations de la musique en live, les festivaliers ont vibré, chanté et dansé au gré d'une programmation aussi éclectique qu'ambitieuse.

Gaël Faye, les collectifs new-yorkais Underground System et Antibalas, la réunionaise Christine Salem et surtout le super groupe Abraham Inc (David Krakauer, Fred Wesley et Socalled) ont embarqué le public de la grande scène dans une transe festive tandis que le cadre plus intimiste de la Scène Jardin offrait son lot de découvertes passionnantes avec les concerts de Oan Kim & The Dirty Jazz, Dafné Kritharas, Miksi, Dowdelin, Lucas Santtana ou Djely Tapa.

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Nous avons rencontré la "griotte de Montréal" qui, avant un nouveau disque en février prochain, venait présenter les titres de son album multi-récompensé Barokan dans un show extatique débutant sur un tonnerre de groove rythmique avant de s'évader sur les sonorités afro-futuristes de la chanteuse militante à la voix incandescente.

Comment avez-vous votre place dans cette grande lignée de griots et d'artistes ?

C'est vrai que mon héritage est lourd, je suis descendante d'une longue lignée de femmes fortes et de grandes voix, il faut trouver sa propre voix, sa ligne directrice. C'était difficile car je suis la fille de la grande diva Kandia Kouyaté et jusquà présent il y a toujours eu cette comparaison. J'ai choisi mon propre chemin en évitant de reprendre, revisiter simplement le répertoire traditionnel mais plutôt en apportant ma vision contemporaine du monde.

C'est à Montréal que cette vision musicale s'est développée ?

Oui grâce à plusieurs rencontres comme Lamine Touré qui m'a amené dans le monde des arts à Montréal pour que je sois la griotte de la ville. Il m'a ouvert les portes, m'a permis de pratiquer ma musique et de rencontrer des artistes de cultures et de styles musicaux divers. De nombreux musiciens de la scène québecoise sont venus enrichir mon héritage griotique comme Afrikana Soul Sister ou Jean-François Lemieux et Caleb Rimtobaye, alias Afrotonix, pour ce qui touche les musiques électroniques.

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Comment avez-vous appréhendé cette musique afro-futuriste ?

Tout est parti du rejet de ce terme afro-beat pour Caleb et moi. Comme si un seul mot pouvait définir les rythmes de tout un continent. Chaque petit village, chaque coin de l'Afrique a son identité et ses rythmes. Pour moi l'afro-beat correspond à une façon de marcher, de fonctionner d'une communauté, le rythme des femmes qui vont chercher de l'eau, qui pilent le mil. Enfant je marchais avec une cadence, je chantais avec un rythme, c'était mon afro-beat à moi. Tout est parti de là : comment trouver son afro-beat et l'amener dans le présent et voir comment cette musique traditionnelle peut muter dans le temps et l'espace. Pour cette réflexion afro-futuriste, il y a donc les dimensions historiques, de temps et d'espace.

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Vous évoquiez les rythmes. Quels sont ceux utilisés dans l'album ?

Mes textes sont écrits en malenke, en kasonke et en bambara, des langues qui se parlent dans la région des Kayes, d’où je viens. Pour la musique je m'inspire beaucoup des rythmes de Biriko, ceux de ma grand-mère maternelle. Tout est basé sur la percussion, tout s'installe sur des claquements de main et de calebasses. Je compose de façon traditionnelle, j'utilise le barème traditionnel pour écrire une musique qui ne l'est pas. Je trouve extraordinaire de pouvoir utiliser mes mots d'aujourd'hui et une musique contemporaine en partant de l'art griotique.

Dans ce disque le thème de la condition de la femme est omniprésent

Oui au Mali par exemple cette condition a régressé. Historiquement la femme avait beaucoup de place dans la société mandingue. Dans cette longue histoire de notre civilisation il ne faut pas oublier que le premier gouvernement a placé 18 femmes sous le règne de Soundiata Keita au XIIIe siècle. Mais il faut aussi se méfier du regard occidental sur nos sociétés, nos mentalités et coutumes africaines. C'est pourquoi je n'évoque pas des problèmes comme le mariage forcé, qui a beaucoup été combattu, je préfère chanter la force de la femme dans nos sociétés.

Comment quelqu'un qui vit en Occident peut-il juger quelqu'un qui vit en Afrique avec ses mœurs et ses coutumes ? Les mentalités n'étant pas les mêmes, on a aussi fait douter les femmes sur leur force, la couleur de leur peau, la texture de leurs cheveux ou même leurs tenues vestimentaires. Il faut qu'elles reprennent confiance et retrouvent cette force.

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En avril vous avez sorti le titre Le Sais-Tu ? sur l’ignorance et l’intolérance

Je vis au Québec et des femmes amérindiennes au Canada disparaissent, subissent des violences dans l'indifférence. Plus généralement on se réveille tous les matins en entendant à la radio des cas de féminicides, en France, aux États-Unis ou chez nous. Les gens n'arrivent plus à vivre ensemble, ça suffit, il faut en parler. La violence n'a pas sa place dans un foyer où qu'il soit.

Une approche musicale sur scène différente de l'album vous permet aussi de partager ces messages

Oui nous sommes dans un festival, un lieu de fête. Il s'agit de bien accueillir les festivaliers car nous allons discuter ensemble. Nous les invitons tout de suite à plusieurs titres très groove et dansant avant de partager des idées sur un rythme électro-acoustique plus calme puis revenir à la fête. Même si nous sommes en formation réduite, il manque deux membres, j'ai la chance de tourner avec la crème des musiciens de Montréal, le guitariste Assane Seck, le batteur Donald Dogbo qui vient de sortir l'album jazz fusion Coubli et le bassiste Jonathan Arseneau. Tous sont très demandés, travaillent sur plusieurs projets et voyagent beaucoup. Chacun apporte son univers pour créer cette expression métisse de la musique.

Djely Tapa et ses musiciens - Musiques Métisses
Djely Tapa et ses musiciens - Musiques Métisses
© Radio France - Guillaume Schnee
59 min