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12 ans après sa restauration clandestine, l'Horloge du Panthéon fonctionne enfin

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L'Horloge restaurée du Panthéon.
L'Horloge restaurée du Panthéon.
- Lazar Kunstmann - Untergunther

En 2006, un groupe d’expérimentation urbaine, les Untergunther, avait restauré clandestinement l'horloge du Panthéon. Plus d'une décennie plus tard, le Centre des monuments nationaux va achever de rénover cette horloge Wagner du XIXe siècle.

L'histoire, rocambolesque, va connaître une fin heureuse. En 2005 et pendant un an, les Untergunther, un groupe d'expérimentation urbaine de spécialistes de l'infiltration et de la restauration du patrimoine, avaient discrètement restauré l'horloge Wagner du XIXe siècle, en passe d'être abîmée irrémédiablement, avant d'informer le Panthéon de leur opération clandestine. Las, l'administration du Centre des Monuments Nationaux (CMN), peu enthousiaste à l'idée que l'affaire mette sur le devant de la scène des lacunes en matière de sécurité, avait préféré déposer plainte contre le groupe Untergunther, sans succès, et laissé l'horloge en l'état.

Dix ans après (et deux ans après la publication de notre article sur le sujet), le CMN est revenu sur sa décision : l'horloge Wagner a été restaurée, officiellement cette fois, au cours de l'été dernier. Comble de l'ironie, c'est l'un des membres du groupe d'infiltration et spécialiste de l'horlogerie d'édifice, Jean-Baptiste Viot, qui a été choisi pour mener à bien cette tâche, après avoir répondu à l'appel d'offre émis par le Panthéon, preuve que le CMN n'a pas la rancune tenace. 

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L'horloge de la discorde

"C'est vrai que, quand on se dit que c'est le même horloger qui 12 ans plus tôt était vilipendé par l'administration, ça fait bizarre, commente à ce sujet Lazar Kunstmann (un pseudonyme), le porte-parole du groupe Untergunther, qui a suivi de près les travaux de restauration. Mais quand on y réfléchit c’est une réaction assez logique : ce n'est pas tant que l'administration du CMN a changé d’avis, c'est surtout que ce ne sont plus les mêmes personnes en poste. C’est pour ça que l’attitude est différente.  C'est assez logique, finalement, que le CMN ait fait appel au même horloger.

En 2005, Jean Baptiste Viot et ses comparses des Untergunther ayant constaté que l'horloge Wagner du XIXe siècle était constellée de rouille et proche d'une dégradation irréversible, ils avaient en effet établi secrètement leur atelier de restauration à la base du dôme du Panthéon. Depuis le procès intenté par le CMN au groupe d'exploration urbaine en 2006, l'horloge ne fonctionnait plus. 

Jusqu'à ce que la nouvelle direction du Panthéon, il y a quelques années, ne se décide à la remettre en marche. David Madec, le nouvel administrateur du Panthéon tient cependant à rappeler que "la question de l’administration d’un monument passe par plein d’autres choses. Le CMN a fini de  restaurer en 2015 le dôme, la coupole du Panthéon, pour 19 millions d’euros." Ainsi, l'horloge Wagner venait après une autre priorité, rendre "la structure du bâtiment complètement saine" :

Evidemment la question de l’horloge qui ne fonctionnait pas était sur la table depuis longtemps. Il a été décidé, une fois qu’on avait réparé le clos couvert, de passer à l’intérieur, et on a commencé par l’horloge. Chacun des monuments a une programmation de restauration, un plan pour faire en sorte de pouvoir l'entretenir correctement, pour plusieurs centaines d’années en quelque sorte. 

Le CMN a donc lancé un appel d'offres, "d'une part parce qu'il s'agit de deniers publics, d'autre part parce que cela nous permet d'analyser la méthode scientifique proposée par les restaurateurs", précise l'administrateur du Panthéon. Les membres du groupe Untergunther tombent des nues en découvrant l'annonce, se rappelle Lazar Kunstmann : "Le monde de l’horlogerie c’est un tout petit monde, mais alors celui de l’horlogerie d’édifice, tout le monde tient dans une toute petite pièce. Ils se connaissent tous, ils connaissent tous le travail des uns et des autres et ce qu’ils font".

C'est ainsi que Jean-Baptiste Viot propose, parmi d'autres, son expertise au CMN. "Le choix qui a été fait s'est porté sur quelqu'un qui avait déjà travaillé sur des horloges de ce type", confirme David Madec.

Des spécialistes au chevet de l'horloge Wagner 

L'horloge du Panthéon nécessite encore de nombreux réglages.
L'horloge du Panthéon nécessite encore de nombreux réglages.
- Lazar Kunstmann - Untergunther

A partir du 28 mai dernier, les restaurateurs se sont donc succédé au chevet de l'horloge Wagner. Côté mécanique, Jean-Baptiste Viot a poursuivi son travail de restauration, tandis que la face extérieure du cadran a retrouvé de sa superbe grâce au travail de l'équipe de la restauratrice du patrimoine Ryma Hatahet.

"C’est une opération qui s’est faite relativement rapidement, en l’espace de trois semaines au mois de juin, se remémore David Madec. Ce qui a été restauré c’est tout le système de câbles pour faire en sorte que, du mécanisme jusqu’aux cloches et aux aiguilles, tout fonctionne de manière harmonieuse. Le cadran a également été redoré : on a fait des choix de restauration en fonction de l’étude scientifique qui a été menée sur le cadran tel qu’il était initialement, ce qu’on a pu découvrir en montant un échafaudage devant l’horloge selon une méthodologie scientifique assez classique pour la restauration."

Lazar Kunstmann confirme que la restauration mise en oeuvre par le CMN "a été poussée aussi loin que possible". Avant de préciser avec malice : 

Mais le coup de l'échafaudage, nous à l'époque on avait pas osé l'installer, on s'était dit que ça se verrait un peu. Le cadran nous n'y avions donc pas touché. La dorure a du être refaite car elle n’avait pas tenu sur le cuivre, contrairement à celle sur les aiguilles, qui a pu être réparée et traitée.

Depuis juin donc, l'horloge du Panthéon est à nouveau opérationnelle. "On l’entend ! Elle ne sonne pas toujours à la bonne heure, les aiguilles ne sont pas toujours au bon endroit, mais elle fonctionne", plaisante David Madec. Avec l'admission de Simone Veil au Panthéon, les réglages ont pris un peu de retard : "Quand Jean Baptiste-Viot a commencé les réglages, on était en pleine préparation de l’exposition consacrée à Clemenceau. On était assez loin de ce genre d’inquiétudes, d’autant plus que cette horloge a une notoriété plus par l’histoire connexe que pour son histoire elle-même en vérité".

Les réglages ont donc repris le 7 décembre : ils sont liés notamment au poids du balancier ou encore à l'incidence du froid sur le mécanisme. 

Une fin heureuse ? 

L'histoire de la restauration clandestine, puis officielle, de l'horloge du Panthéon devrait donc bientôt trouver un heureux dénouement, avec un mécanisme préservé et qui sera à même d'être réparé dans les années à venir : "Que ce soit sur cette horloge ou tout type de restauration, nous avons la responsabilité d’une forme d’actualité, que ce soit “agréable” pour le visiteur mais aussi pour que mes successeurs dans 100 ans puissent intervenir en ayant connaissance de ce qui a été fait, ce qui est un point absolument essentiel, assure l'administrateur du Panthéon. Avec cette restauration on a une documentation scientifique qui nous permettra dans 20 ans, 50 ans ou 100 ans de  revenir et de dire "Voilà ce qui a été fait en 2018", ce qui est absolument indispensable pour la pérennité."

L'administrateur fustige néanmoins gentiment le groupe d'exploration urbaine : "Jean-Baptiste Viot n'a pas documenté scientifiquement sa première action. Comme il l’a fait en dehors des règles de la restauration, on a pas la documentation scientifique qui nous permet de dire, 'Ah en 2006 voilà ce qui a été fait'." Ce que conteste Lazar Kunstmann : "La première restauration est très documentée. Ils n’ont pas eu accès à notre documentation interne, mais je ne crois pas qu’ils nous l’aient demandée…

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Dix ans après, les relations entre le Panthéon et les Untergunther semblent cependant plus apaisées : "La société civile peut nous alerter naturellement sur un certain nombre de sujets qui semblent importants ou que l’on pourrait considérer comme délaissés de notre part, assure David Madec. Toutefois l’ensemble des professionnels du CMN met en oeuvre aussi, sur une centaine de monuments, un programme d’entretien, de restauration et de valorisation qui a une cohérence d’ensemble."

Avec un bémol toutefois. Le CMN ne compte pas, a priori, communiquer sur cette restauration, regrette Lazar Kunstmann : 

Quand quelque chose est fait avec ce niveau-là de qualité, c’est extrêmement dommage que le CMN ne fasse pas de communication positive dessus, ni de communication du tout. Cette stratégie est véritablement contre-productive, d’abord pour leur image, mais surtout pour l’effort constant et permanent de sensibilisation du grand public au patrimoine. On ne montre pas ce qui est derrière l’objet qu’on visite. Il ne voit que l’objet, et pas l’effort constant qui est fait pour le préserver. Le nerf de la guerre ce sont les fonds alloués pour ce genre de chose ! On a du mal à allouer des fonds et des efforts alors même qu'on essaye de faire des économies partout. Si on en montre un peu plus, si on détaille un peu plus, si on prend un peu plus conscience que c’est notre patrimoine, ça devient moins difficile de demander de faire des efforts. Il y a là une belle occasion et j’espère que le CMN la saisira.