Publicité

150 ans de regard sur le foot, en images

Par
images de foot, de 1850 à 2010
images de foot, de 1850 à 2010

Vidéo. 150 ans de regard sur le foot par les images - photos iconiques, illustrations, tableaux... ce sport né en Angleterre au milieu du XIXe siècle qui pouvait se jouer à la main, devenu aujourd'hui le plus populaire au monde, avec ses joueurs superstars omniprésents.

Pour Patrick Clastres, historien du sport, "les analyses des images de sport sont rares. Longtemps, il y a eu peu de regard historique sur le sport, et dans les sciences des médias, il n'y a pas de grande enquête non plus. Les images de foot sont une source impensée, comme si l’image sportive était immanente, comme s’il n’y avait rien à en dire.” 

Il y a évidemment, au contraire, tout à analyser dans ces images. Tout est signifiant : l'évolution des médias, du regard artistiques, des technologies, de la société, du sport lui-même. 

Publicité

A l'heure de la Coupe du Monde, ces images de foot envahissent l’espace médiatique. Elles questionnent la place de l’image dans l’histoire du sport, tout comme elles documentent le regard culturel, social, porté sur un jeu de ballon comme le football, devenu en 150 ans le plus populaire au monde. 

Voici un retour sur 150 ans de regard sur le football, à partir d'images d'illustration, des représentations artistiques majeures, des innovations techniques, des photos de presse... grâce à l’œil affûté de trois historiens du sport. Malgré l'absence d'étude théorique systématique, ils retiennent les jalons clés de l'histoire de ce regard : Paul Dietschy, historien à Sciences-Po, auteur notamment d'une Histoire du football (Perrin), Patrick Clastres, de l’Université de Lausanne, co-auteur de Images de sport - De l'archive à l'histoire (Nouveau Monde éditions) et de Sport, culture et société en France : du XIXe siècle à nos jours (Hachette Supérieur) et Philippe Tétart, qui a notamment dirigé une Histoire du sport en France (Vuibert).

De La Belle Epoque à la Grande guerre

Dans les premières représentations, le jeu à la main n’est pas forcément synonyme de rugby. Il s’agit d’un jeu de ballon appelé football, qui est plutôt celui des élites, et se joue en collectif, comme on le voit dans le tableau du Douanier Rousseau. Dans les images, on reconnaît s’il s’agit de foot au sens moderne ou de rugby selon le nombre de joueurs. Le ballon de rugby ne devient ovale qu’à la fin du XIXe siècle. 

"Les Joueurs de foot-ball", Henri le Douanier Rousseau, 1908
"Les Joueurs de foot-ball", Henri le Douanier Rousseau, 1908
- Le Douanier Rousseau

Petit à petit, dans les années 1880-1890, le football se codifie et se professionnalise, d’abord en Grande-Bretagne, puis dans le reste de l’Europe. “La vie au grand air”, cet hebdomadaire populaire grand format, diffuse les images de sport dans les années 1900.

Avant les images Panini, dominent dans l'espace domestique les cartes postales de la Belle Époque, puis l’apparition des photos avec l’explosion de la presse. Un essor qui sera décuplé avec le développement de la presse illustrée dans les années 1930. 

De statique - portraits d’équipes, poses de gardien de but, l’image se modernise, le mouvement intervient de plus en plus, on voit des ralentis, des gestes découpés sur le terrain. 

Chez les artistes, la représentation du ballon appartient à la modernité du corps. Le sport est le support de la description ou de la critique de la société moderne. 

De 1914 aux années 1960 : une progressive mise en mouvement

Illustration du règlement général d'éducation physique, méthode française, 2e partie, 1925
Illustration du règlement général d'éducation physique, méthode française, 2e partie, 1925
- Service photographique de l'Ecole de Joinville. Paris : Imprimerie nationale / I

Les images du foot se mettent de plus en plus en mouvement à partir de 1914. Le foot est alors documenté comme sport populaire. 

Dans l'art, par le jeu des couleurs, des formes, s’exprime une fascination pour le spectacle du football. On le voit avec le futurisme dans Le Dynamisme d'un joueur de foot de Boccioni, ou à travers la série consacrée à L'Equipe de Cardiff par Robert Delaunay. 

Dans la photo, à cette époque, il est encore difficile de rendre compte du jeu lui-même. Le cadrage se fait donc sur le joueur, sur la bravoure du gardien de but quand il plonge, par exemple. Patrick Clastres

C'est le temps des premières vedettes, comme l'Espagnol Ricardo Zamora.  

Se développent les manuels pour apprendre le foot de façon pédagogique. Les images, alors, sont là pour enseigner. 

Les images qui construisent les imaginaires sont plutôt les images domestiques : les posters accrochés dans les chambres, liés à des univers juvéniles, ou les images “Panini”. Cet imaginaire enfantin remonte aux années 1950-60.

En Italie, ces objets prennent aussi la place des images pieuses, il y a un fétichisme de ces images. Philippe Tétart

1958
1958
© AFP

Les années 1960 ou la révolution de la télévision 

Les années 1960 signent la révolution culturelle télévisuelle. Si le premier match de foot a été retransmis par la BBC à la télévision en 1937, c’est avec la diffusion du téléviseur que l’image animée du football entre dans les foyers. 

Le sport accélère les progrès technologiques. Le ralenti est inventé par le championnat de football à la fin des années 1950. 

La coupe du monde 1958 dope les ventes de télévisions.  

Au milieu années 1980, 2e accélération avec les chaînes cryptées 

TF1 et Canal + inventent le choc PSG/OM, qui est le fruit d’une construction médiatique. Philippe Tétart

La puissance des objectifs des caméras, qui permettent de très gros plan, mettent le spectateur en position d’arbitrer les fautes. 

De plus en plus, le spectacle se développe aussi hors du terrain. Il ne s’agit plus seulement de voir les joueurs, mais aussi le spectacle des tribunes. Les “fan attitudes” intéressent ; on filme les supporters. 

De la victoire française de 1998, ce sont plus des images de liesse populaire, liées à un triomphe, voire une domination, que des images du jeu ou du stade, qui nous restent. Philippe Tétart

L’image animée pléthorique invite la presse à être plus attentive à ses choix iconographiques, pour que les journaux soient plus vivants. La capacité d’incarnation sert à frapper les esprits. Pour les grands joueurs, les images sont requises, mais pas toujours en action. Les idoles se construisent.

Depuis les années 1970, les grands joueurs ont une postérité, décuplée dans les années 1990-2000 par Internet.

Le développement de Youtube constitue une rupture en conférant une immortalité au joueur. Paul Dietschy

A partir de la fin des années 1990, on assiste à une "peopleisation" des joueurs de foot. Corollaire paradoxal de cette omniprésence médiatique, soulevée par Paul Dietschy : une banalisation, une baisse de leur aura. "Le joueur de foot passe du statut de héros à celui de "people", cela le désacralise. La force de Zidane, par exemple, est qu’il parle peu. La star garde son mystère".