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1869 : quand un prêtre français découvrit le panda

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Première représentation d'un Ailuropus melanoleucus (panda géant) pour le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Estampe des zoologistes Henri et Alphonse Milne-Edwards (livre de 1868-1874)
Première représentation d'un Ailuropus melanoleucus (panda géant) pour le Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Estampe des zoologistes Henri et Alphonse Milne-Edwards (livre de 1868-1874)
- Muséum National d'Histoire Naturelle

Entretien. Pour la première fois, des pandas sont nés en France, au zoo de Beauval. Un événement qui marque une nouvelle date dans la longue histoire qui lie la France à la Chine. Un prêtre basque d'Espelette a en effet réalisé la découverte scientifique de l'animal dans le Sichuan, en 1869.

Ce 4 août 2017 restera dans l'histoire des pandas en France grâce à la première naissance sur notre territoire de cet animal-symbole toujours sur la liste rouge des espèces menacées. Même si un des jumeaux du zoo de Beauval, trop faible, est très vite mort. C'est aussi un événement qui relance un lien étroit de très longue date avec la Chine. Distingué par un concours chinois, Jérôme Pouille est l'un des trois "Pambassador" au monde, ambassadeur à vie des pandas. Âme du site de référence panda.fr, il a répondu à nos questions.

Tout a commencé avec le prêtre basque Armand David ?

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Oui, on était à une époque, à la fin des années 1800, où le Muséum National d'Histoire Naturelle s'appuyait sur des évangélistes, en l'occurrence des Lazaristes, pour asseoir des missions de recherche scientifique et d'exploration naturaliste. Et Armand David était aussi un naturaliste. Il avait enseigné les sciences naturelles à Savone, en Italie, et donc il était le candidat idéal pour remplir ces missions en Chine, qui était inexplorée pour l'Occident de ce point de vue. Sollicité par la Congrégation des Lazaristes il a été envoyé là-bas avec la double casquette : missionnaire et naturaliste. Et David, qui avait toujours rêvé de partir sur des terres inconnues, a immédiatement accepté. Il part à 44 ans, commence à travailler aux environs de Pékin et rapidement le Muséum dresse des rapports élogieux, en soulignant à la fois la qualité de ses envois et de ses notes et dessins. Pour la plupart au sujet de nouvelles espèces.

Le Père Armand David en habits de fonctionnaire sous la Dynastie des Qing, le 2 août 1872   (via panda.fr)
Le Père Armand David en habits de fonctionnaire sous la Dynastie des Qing, le 2 août 1872 (via panda.fr)

En accord avec les Lazaristes, le Muséum va donc l'envoyer dans des régions plus lointaines ?

Le ministère de l'Instruction publique se met alors même à financer l'expédition. Armand David est accompagné principalement d'une dizaine de locaux : des guides et des chasseurs. Il voyage souvent sur des chaises à porteur avec son équipe. Cela lui permet de découvrir des terres pour lesquelles il n'avait ni carte ni idée des meilleurs endroits propices à découvrir des espèces. Et puis il se repose sur un réseau de Lazaristes dans le pays et il rémunère des chasseurs locaux au gré de ses voyages dans les régions, comme la Mongolie méridionale.

Jusqu'à donc la découverte "scientifique" du panda géant. Du jour au lendemain ?

Non. D'abord, en mai 1868, le prêtre naturaliste part en Chine centrale et au Tibet oriental, qui correspond à l'actuel Sichuan. Puis, en février 1869, il arrive dans ce que l'on appelait la "principauté de Moupin", dans le Sichuan. Et c'est là pour la première fois qu'il entend parler d'un ours noir et blanc, grâce au prêtre qui dirige le collège local des missions étrangères. Quelques jours après, le 11 mars 1869, le père David achève sa journée d'exploration chez un habitant, un certain monsieur Li, et il y voit une peau plate du fameux ours noir et blanc. Là, tout de suite, il note que c'est "une espèce remarquable" et immédiatement il lance ses chasseurs sur sa piste. Les chasseurs lui rapporteront pour la première fois un jeune ours noir et blanc, mort en l'occurrence, le 23 mars 1869.

Cette photo du premier spécimen envoyé au Muséum de Paris est exposée avec d'autres souvenirs dans l’église catholique de Dengchigou (Sichuan), où a vécu le père David
Cette photo du premier spécimen envoyé au Muséum de Paris est exposée avec d'autres souvenirs dans l’église catholique de Dengchigou (Sichuan), où a vécu le père David
- 31 mars 2015 - © Jérôme POUILLE

Avec une première description dans ses carnets.

Le soir de ce 23 mars, il dessine et il écrit effectivement que "le jeune ours blanc qu'ils me vendent fort cher est tout blanc, à l'exception des quatre membres, des oreilles et du tour des yeux qui sont d'un noir profond. Ces couleurs sont les mêmes que celles de la peau adulte que j'ai examinée l'autre jour chez le chasseur Li." Et là, tout de suite, il présume qu'il s'agit d'une espèce nouvelle d'ursidé qui est "remarquable, non seulement par sa couleur, mais encore par ses pattes velues, en dessous, et par d'autres caractères". Quelques jours après, il précisera pour le premier adulte chassé : "la tête de l'animal est très grande, son museau rond est court au lieu d'être pointu comme chez l'ours de Pékin. Le noir est moins net que chez le jeune et le blanc est plus sale." D'ores et déjà, il le classe parmi les ours, ce qui aujourd'hui est sa classification officielle après de longues polémiques.

Mais les habitants connaissaient déjà ce panda géant. Qu'en disaient-ils ?

Ils disent qu'ils l'ont toujours vu en effet autour d'eux et que c'est un animal plutôt placide, plus facile à chasser que l'ours noir. Et ces habitants disent aussi que les pandas se nourrissent de végétaux, qu'ils se déplacent assez lentement et sont plutôt peu nombreux, vivants dans les plus hautes montagnes boisées. A cette époque-là, il était chassé pour sa viande au même titre que les autres animaux. Mais c'était dans ces années où la Chine était un peu livrée à elle-même. Alors que si l'on remonte dans les temps beaucoup plus anciens, il y a des traces du côté symbolique du panda géant. Je pense au IIIe siècle après JC, il y avait toute une période où les historiens et les archéologues ont pu démontrer que le panda était déjà un symbole de paix, un animal un peu valorisé, un animal aussi diplomatique parce qu'il a été offert au Japon au VIe siècle ap JC.

Plaque apposée par le WWF sur la façade de la maison natale du père Armand David, à Espelette
Plaque apposée par le WWF sur la façade de la maison natale du père Armand David, à Espelette
- Wikipedia

(A noter qu'en 2015, un village chinois du Sichuan restauré après un séisme a été rebaptisé "Nouveau village David", phonétiquement "Dawei xincun" en mandarin, en hommage au père David**)**

Dans quelle mesure alors le père David a-t-il découvert le panda géant ?

Le panda, c'est vrai, était connu des Chinois depuis bien longtemps. Le premier écrit qui s'y rapporte avec certitude est un traité de géographie qui date plus de 2 700 ans ! En revanche, ce qu'apporte Armand David est de prouver au monde occidental l'existence de cet animal. De par ses envois et sa première description scientifique, avant celle du directeur du Muséum d'Histoire Naturelle, sur la base des envois de spécimens de David. Et nous nous attardons sur le panda, mais David a envoyé des milliers de spécimens de plantes, d'oiseaux, dont il était passionné, et des centaines de mammifères. Avec bien d'autres découvertes en Chine, dont le fameux "cerf du père David". Le panda est finalement le sommet de l'iceberg !

Et les premiers pandas arriveront quand en France ?

Le premier spécimen mort est arrivé par bateau à Paris dès 1869. Mais le premier panda vivant arrivé en France, c'était en 1939. Capturé en milieu naturel et acheté par un revendeur d'animaux, il a passé quelques jours au zoo de Vincennes. Il avait fait une tournée en Allemagne et il s'est arrêté du 24 mai au 6 juin 1939 au zoo de Vincennes. Avant d'embarquer à Cherbourg direction les Etats-Unis.

Ensuite, en pleine apogée de "la diplomatie du panda", le Premier ministre chinois Zhou Enlai a offert deux pandas au président Pompidou, à l'occasion de son voyage sur place. Ils sont arrivés à Paris en décembre 1973. Mais contrairement à ce que pensaient les autorités chinoises, il s'agissait de deux mâles, et pas d'une femelle et un mâle ! En plus, un des deux est mort quelques mois seulement après. Mais le survivant, Yen Yen a vécu relativement longtemps au zoo de Vincennes, jusqu'en janvier 2000. (dans la vidéo à 1'41'')

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Le zoo de Beauval, qui commençait à devenir populaire, avait en tête de poursuivre ce lien étroit entre les deux pays et a plus tard entamé des négociations. C'est donc en janvier 2012 qu'y est arrivé le tout premier couple, prêté avec l'accord du président chinois. Ils n'étaient pas encore à ce moment-là en âge de se reproduire et il a fallu procéder à des inséminations artificielles. Avec l'agréable surprise la semaine dernière de découvrir grâce à une échographie que la femelle était pleine.

Mais ces jumeaux de Beauval sont Français ?

Non. Leurs parents, Huan Huan ("Joyeuse") et Yuan Zi ("Fils de celui qui a la tête ronde"), ont été prêtés par la Chine au moins jusqu'en 2022 et la France verse a priori autour d'un million de dollars par an, même si ce montant n'a jamais été officialisé par Beauval. Et ce même contrat pour le prêt prévoit que tout jeune qui naît sur le territoire français reste propriété du gouvernement chinois et repartira en Chine un peu avant sa maturité sexuelle, à l'âge de 4 ou 5 ans. Ce qui est somme toute logique puisqu'il est inconcevable que le panda qui va naître en France se reproduise demain avec son père ou sa mère. Il repartira en Chine pour être intégré dans le programme d'élevage en captivité de l'espèce. Sachant que la Chine ne prête ses pandas qu'aux Nations "amies" et qui créent un certain nombre de partenariats économiques, il ne faut pas se le cacher. C'est ainsi que la France avait fait une demande officielle à l'époque de Nicolas Sarkozy. Et la France a reçu un avis positif parce que les relations diplomatiques, commerciales et industrielles étaient bonnes à ce moment-là entre les deux pays.