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2002-2017 : cinq leçons sur la progression du Front national

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Des partisans d'Emmanuel Macron fête sa victoire au Louvre
Des partisans d'Emmanuel Macron fête sa victoire au Louvre
© AFP - MICHAEL KAPPELER / DPA

Nombre de voix, sociologie de l'électorat... ce que la comparaison des scrutins de 2002 et 2017 nous dit de la manière dont les Français ont évolué face au Front national.

Le Front national était ce dimanche pour la deuxième fois au second tour de l'élection présidentielle. Si en 15 ans la France a changé, tout comme les stratégies électorales d'entre-deux tours, la comparaison des scrutins de 2002 (entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen) et de 2017 permet de tirer quelques enseignements.

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1) Marine Le Pen récolte presque deux fois plus de voix que son père

Largement battue par Emmanuel Macron, Marine Le Pen obtient néanmoins le plus grand nombre de voix jamais atteint par son parti. La candidate du FN a réuni plus de 10,6 millions de voix. C’est deux fois plus que ce qu’avait engrangé son père en 2002 (5,5 millions). Elle a aussi gagné plus de 3 millions de voix entre les deux tours.

2) Abstention et vote blanc : l'absence de vague républicaine

Le 1er mai 2002, près d'1,5 million de personnes étaient descendues dans la rue pour s'opposer au Front national. Et le second tour avait fait l’objet d’une forte mobilisation des électeurs pour aller contrer Jean-Marie Le Pen. Cette fois, les résultats sont à l’image de l’entre-deux tours, marqué par les débats sur l’abstention, les “ni-Macron ni le Pen” et l’absence de grande mobilisation et manifestation contre le FN. Y compris de la part du milieu culturel, qui a tardé à se prononcer.

A la vague républicaine de 2002, fait écho cette fois la poussée des abstentionnistes. Si en 2002 l’abstention avait été forte au premier tour, les électeurs s’étaient davantage mobilisés au moment du choix entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen. Ils étaient 19% à s’abstenir en 2002, contre un chiffre monté à 25.3% dimanche. Et les chiffres sont très clairs : plus on est jeune plus on s’abstient. 34 % chez les 18-24, 32% chez les 25-34 ans (contre 26% en 2002) et 27 % des 35-49 ans. Alors que les 35-44 ans étaient ceux qui s’étaient le moins abstenu en 2002 (14%). L’autre grande progression est celle du vote blanc ou nul. Il concerne un peu plus de 4 millions de Français, soit 11,49% des votants. Ils étaient deux fois moins en 2002 (5.39%).

3) Un électorat très marqué socialement

C'est l'un des résultats les plus clairs dans la sociologie des votants de dimanche : les cadres votent massivement Macron (82%). Plus généralement, on observe dans le vote une véritable scission entre la France diplômée, avec de bons revenus, et les plus exclus.

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Or si l’on compare avec 2002, ce qui frappe c’est la part des électeurs aux prises avec les difficultés sociales les plus fortes qui s’est déportée sur le Front national. Les électeurs qui n’ont pas le bac, sont au chômage ou vivent dans la précarité, sont bien plus nombreux qu’en 2002 à avoir choisi le FN .

Les chômeurs sont ainsi 47% à avoir choisi Marine Le Pen. En 2002, ils étaient 11% à avoir voté pour le FN. Plus d’un tiers d’entre eux (35 %) se sont abstenu - ils étaient 18% en 2002. Si l’on regarde les diplômes, 45 % des électeurs ayant un niveau inférieur au bac ont voté FN. Contre 22% en 2002. Les ouvriers sont 56 % à avoir choisi Marine Le Pen. En 2002, Jean-Marie Le Pen avait récolté 31% des votes des ouvriers.

Même progression si l'on prend comme indicateur les revenus : en 2002, les personnes aux revenus “modestes” et “moyens” étaient 21% et 22% à avoir voté pour le FN. 15 ans plus tard, les foyers avec un revenu inférieur à 1250 euros ont voté à 45 % pour Marine Le Pen. Un chiffre qui redescend à 25 % quand les revenus dépassent les 3000 euros.

4) Génération 2002 : des électeurs désabusés

La comparaison entre les deux scrutins fait ressortir l'évolution de ceux qui ont vécu le duel Chirac-Le Pen dans les premières années de leur vie d’électeur. C'est parmi ceux qui ont entre 35-49 ans aujourd'hui que l'on trouve le plus d'électeurs de Marine Le Pen : 43 % contre 57 % pour Macron. Une évolution importante puisqu'en 2002 chez les 35-44 ans, 19 % avaient choisi Le Pen, contre 81 % pour Chirac. C’est aussi la tranche d’âge qui s’était la moins abstenu en 2002. En 2017, seuls les plus jeunes qu'eux se sont davantage abstenu. Les plus de 70 ans sont les seuls à s’être moins abstenu en 2017 qu’en 2002 (18 % contre 22%)

5) Le vote d'extrême-gauche plus fragile

L'autre grande différence vient du comportement des électeurs les plus à gauche de l'électorat. Parmi les sympathisants se déclarant "d'extrême gauche", 4% avait voté pour le Front national en 2002. Cette fois, ils sont 41 % à avoir choisi Marine Le Pen. 40 % se sont abstenu, contre 27% en 2002. Et parmi les sympathisants "Front de gauche", 20 % ont voté pour le Pen et 28 % se sont abstenu. En 2002 , les proches du PC avaient voté FN à 10% et étaient 21 % à s'abstenir.

Ces chiffres correspondent uniquement à la frange de l'électorat se réclamant de l'extrême-gauche et du Front de gauche, pas aux électeurs de Jean-Luc Mélenchon au premier tour de l'élection, plus nombreux. Sur cet électorat, 52% ont voté Macron, 7% Le Pen, 17% ont voté blanc ou nul et 24% se sont abstenu.

Ces données sont issues des enquêtes menées par l'Institut Ipsos en 2002 et 2017.