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5 artistes engagés dans la Seconde Guerre mondiale

 Joséphine Baker, en uniforme d'auxiliaire du Corps des Volontaires françaises, en 1940
Joséphine Baker, en uniforme d'auxiliaire du Corps des Volontaires françaises, en 1940
© Getty - REPORTERS ASSOCIES/Gamma-Rapho

Sélection. L’entrée au Panthéon de Joséphine Baker est l’occasion de revenir sur l’engagement du monde des arts et du spectacle dans la Résistance ou aux côtés des Forces Françaises libres. De Claude Cahun à Germaine Sablon, retour sur le parcours de 5 artistes engagés dans la Seconde Guerre mondiale.

Comment décide-t-on de passer des scènes de cabaret ou des plateaux de cinéma au champ de bataille ? De la vie mondaine et des feux de la rampe à la clandestinité et à la lutte armée ? Comment Joséphine Baker est-elle devenue un agent de renseignement pour l'état-major du général de Gaulle ? Comment un couple de femmes artistes en vient-il à imprimer des tracts de propagande pour démoraliser l’occupant allemand ? Sous le régime collaborationniste de Vichy, dans une France vaincue et occupée par les armées d'Hitler, de quelle façon les artistes ont-ils manifesté l'appel à la lutte et à la résistance ? Si certains ont choisi d’exprimer leur opposition au nazisme par le biais de leur art, d’autres ont pris le risque de l’engagement physique, que ce soit dans les services de renseignement, de contre-propagande ou en rejoignant les rangs de la France Libre ou les bataillons des armées alliées. L’entrée au Panthéon de Joséphine Baker est l’occasion de revenir sur cet engagement du monde des arts et du spectacle, au travers de cinq figures marquantes, et parfois peu connues.

Née Freda Josephine McDonald dans le Missouri aux Etats-Unis, Joséphine Baker arrive à Paris au milieu des années 1920. Profondément choquée par les persécutions antisémites mises en œuvre par le pouvoir nazi en Allemagne, elle adhère dès 1938 à Ligue internationale contre l’antisémitisme (Lica, qui deviendra la Licra), alors qu’elle est à l’apogée d’une carrière de music-hall. Et dès la déclaration de guerre en 1939, la chanteuse se met au service de la France libre, pour témoigner de sa gratitude pour le pays qui l’a naturalisée deux ans plus tôt. D'abord agent auprès des services de renseignements français, elle aménagera également un stock d’armes pour la Résistance dans un entresol de son château des Milandes, en Dordogne. Son engagement aux côtés du général de Gaulle et des troupes de la France libre la conduit de 1941 à 1942 au Maroc à Casablanca. Puis, après avoir officiellement été engagée dans l'armée de l'Air le 23 mai 1944, elle se lancera en octobre de la même année dans une tournée de concerts dans les villes françaises libérées par les troupes du général de Lattre de Tassigny. Sa dernière étape sera le camp de concentration de Buchenwald où elle chantera pour les survivants. Après la guerre, cette artiste au destin exceptionnel va poursuivre son engagement humaniste en se battant pour les droits civiques aux Etats-Unis. En uniforme de sous-lieutenant d’aviatrice de la France libre, elle prend la parole lors de la marche sur Washington le 28 août 1963 et prononce devant 300 000 personnes un discours d’anthologie, juste avant que Martin Luther King ne prononce son fameux "I have a dream". ( Une vie, une œuvre, "Joséphine Baker, une artiste engagée", 59 min)

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58 min

Lucy Schwob et Suzanne Malherbe, qui ont respectivement choisi les pseudonymes de Claude Cahun et de Marcel Moore, sont un couple de femmes artistes, proches des mouvements avant-gardistes de l’entre-deux-guerres. En 1940, quand l’île de Jersey où elles se sont installées trois ans auparavant est occupée par l’armée allemande, elles décident d’entrer en résistance. Sur leur machine à écrire, elles rédigent des manifestes annonçant de fausses nouvelles qu'elles glissent dans des magazines, des paquets de cigarettes, des bouteilles de champagne, sur le pare-brise des voitures et parfois jusque dans les poches des uniformes des soldats allemands. L'objectif : démoraliser l'ennemi, inciter les soldats à la rébellion. En quatre ans, Claude et Marcel vont imprimer plus de 6 000 tracts de contre-propagande, qu'elles signent tous "Le soldat sans nom". Arrêtées le 25 juillet 1944, elles ne seront libérées qu’à la fin de la guerre, en mai 1945. Ce documentaire en deux parties raconte la vie et l'engagement de ces deux artistes, et la façon dont elles sont devenues pendant quatre ans le cauchemar de la Gestapo, persuadée qu’un véritable réseau de résistants agissait à Jersey. (Une histoire particulière, Une résistance surréaliste, 2 x 28 min)

À réécouter : Le soldat sans nom
28 min

Témoin actif des aventures majeures du XXe siècle, Joseph Kessel fut notamment le chroniqueur des deux guerres mondiales. Engagé dans l'aviation à l'âge de dix-sept ans, le journaliste et romancier fait la connaissance de Germaine Sablon en 1935, dans un cabaret de Pigalle où la chanteuse connaît déjà le succès. Quatre ans plus tard, Kessel couvre les premiers mois de combats comme journaliste, tandis que Germaine Sablon chante pour les soldats sur la ligne Maginot au cours de l’hiver 1939. En 1940, elle refuse la défaite et entre la première dans la Résistance. Sous le pseudonyme de Tante Aurélie, elle rejoint un réseau clandestin opérant dans le Var où elle s'est réfugiée. Puis elle rejoint les rangs de la 1ère Division française libre et va être tour à tour aide-soignante, ambulancière, participera à la campagne d'Italie en 1944, où elle sera blessée pendant la bataille de Monte Cassino, et à la libération de l'Alsace. Kessel de son côté s'engage également dans les Forces Françaises Libres du Général de Gaulle. L’un et l’autre aident réfugiés et combattants de "l’armée de l’ombre". Le couple, qui a rejoint Londres en 1943, rencontre Emmanuel d'Astier de la Vigerie, lequel cherche alors un générique pour le programme résistant français de la BBC. Kessel et son neveu Maurice Druon vont alors composer Le chant des partisans, dont le texte sera également imprimé et largué par des avions alliés sur les territoires occupés. Première à l'interpréter et à l'enregistrer - à Londres dès 1943 puis à Paris en 1946 - Germaine Sablon popularisera cette chanson qui allait devenir l'hymne emblématique de la Résistance. (La Compagnie des œuvres, " Kessel, journaliste et amoureux", 58 min)

58 min

Boris Taslitzky est l'un des rares artistes qui a témoigné de l’horreur du camp de concentration de Buchenwald. Militant communiste et résistant, il est arrêté en 1941 puis déporté à Buchenwald en juillet 1944 où il parvient à réaliser plus de 200 dessins et cinq aquarelles. Pour Taslitzky, dessiner constituait le seul moyen à sa disposition pour lutter contre la déshumanisation imposée par les SS. En figurant l'indicible, le peintre a cherché à triompher de la mort. Au péril de sa vie, et grâce à la solidarité des autres détenus qui lui ont fourni le matériel nécessaire, il a accompli ce qu'il nommait "un acte de résistance moral". Après sa libération du camp en 1945, et jusqu'à sa mort en 2005, le dessin restera pour lui l'arme ultime de l'humanité face à l'oppression. (Ouh là l'art, " Boris Taslitzky est-il le dessinateur de l’enfer ?" 1 min)

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