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5 choses que vous ignorez sur votre propre peau

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Orphée face au miroir (1950)
Orphée face au miroir (1950)
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L'exposition "Dans ma peau" vient de s'ouvrir au Musée de l'Homme. Elle met en avant cette barrière de quelques millimètres à laquelle l'être humain doit sa survie. La peau est un organe qui nous semble si ordinaire qu'on en vient à oublier ses multiples fonctions.

On change environ 1200 fois d'épiderme au cours de notre vie et pourtant la peau nous semble si ordinaire qu'on en viendrait presque à oublier qu'elle est un organe à part entière. Si elle n'a pas ce caractère unique que possèdent d'autres organes mieux identifiés, à l'image du cœur ou du foie, l'aspect "commun" de la peau ne lui enlève en rien ses capacités singulières : elle a ainsi avant tout pour fonction de nous protéger des agressions extérieures et est, de ce fait, absolument essentielle à la survie de l'être humain. C'est ce que s'attache à démontrer l'exposition "Dans ma peau" au Musée de l'Homme, créée en partenariat avec la marque de cosmétiques L'Oréal, qui débute ce 13 mars 2019 (si l'exposition reste neutre et ne fait pas référence à la marque, il nous faut cependant préciser que tous les scientifiques chargés d'accompagner la visite presse travaillaient au pôle Recherche et innovation de L'Oréal).

Oublier la peau, c'est pourtant oublier un sujet de taille : sur un humain moyen, elle correspond en effet à une surface d'1,5 à 2 m² pour un poids de 3 à 5 kg. Et de la voûte plantaire au sommet du crâne, cet organe a de multiples missions, de celle du toucher au rôle de barrière.

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Il y a plus de 600 000 récepteurs du toucher sur notre peau

Avant même d’être considérée comme une barrière nécessaire à notre protection, la peau est surtout l’organe du toucher. Il y a ainsi plus de 600 000 récepteurs du toucher sur l’ensemble du corps. Sur la pulpe des doigts, notre zone de toucher la plus sensible, on compte 2300 terminaisons nerveuses par cm² de peau. 

Mais si l’information du toucher est une information globale, cette sensation fait intervenir plusieurs types de récepteurs. Température, douleur, étirement, pression, souffle, vibrations… sont autant d’informations que la peau traite et envoie au cerveau. On sait souvent qu’on doit la sensation du souffle sur la peau grâce au follicules pileux qui l’ornent. Mais quid des autres stimuli ressentis ? 

Si on tire sur la peau, ce sont les corpuscules de Ruffini qui vont intervenir”, précise Julien Pierre, chercheur au pôle Recherche et innovation du groupe L’Oréal. Ces neurones sensoriels détectent les pressions et l’étirement sur la peau. “Si on tire trop ce sont les nocicepteurs, les neurones de la douleur, qui seront sollicités. On a aussi les corpuscules de Meissner qui répondent à une vibration basse fréquence, et ce sont les corpuscules de Pacini, situés plus profondément dans la peau, si ces vibrations sont à haute fréquence. Tous ces récepteurs sont reliés à des fibres nerveuses, qui vont envoyer l’information au cerveau.”

Derniers neurones à permettre de ressentir notre environnement ? Les indispensables thermorécepteurs, qui permettent de ressentir le froid ou la chaleur. On compte environ 700 récepteurs de froid par cm² de peau… pour 24 récepteurs de chaud. 

Sur l’épiderme, un bouclier de quelques centièmes de millimètre 

La peau se compose de trois couches : l’épiderme, le derme et l’hypoderme. C’est la première couche, l’épiderme, qui est chargée de faire barrière avec le monde extérieur. Sa taille varie ainsi de 0,04 millimètre sur les paupières à plus d’1 cm au niveau des talons, exposés à des frottements mécaniques et qui nécessitent donc un épiderme plus épais pour protéger la partie interne de la peau. 

Mais si l’épiderme est déjà fin, le bouclier qui nous protège, situé à la surface de l’épiderme est plus fin encore, rappelle Dominique Bernard, responsable du groupe de recherche Fonction barrière chez L’Oréal : 

L’épiderme fait grosso modo 100 microns (0,1 mm). Le bouclier c’est la couche externe de l’épiderme qui elle fait 10 microns d’épaisseurs… C’est tout petit. Ce bouclier est une barrière contre le monde extérieur. L’extérieur c’est tout ce qui est agressions chimiques, microbiologiques, de l’environnement au sens large.  

Mais cette barrière agit aussi de l’intérieur vers l’extérieur, en empêchant au corps humain de perdre trop d’eau et de se dessécher. De quoi se compose-t-il au juste ? 

Parce que la nature est bien faite, elle a imaginé un système en combinant différents éléments qui sont des éléments biochimiques. Les cellules rentrent dans un phénomène de différenciation, elles changent de forme, elles se cornifient au sens où elles font un bouclier : elles utilisent des protéines pour les lier de façon très forte. On appelle cela une liaison covalente et elles forment un bouclier qui est d’une solidité extrême. 

C’est donc la couche cornée, à la surface de l’épiderme, qui assure la protection de la peau. Elle se compose de 5 à 10 couches de cellules cornéocytes, c’est-à-dire de cellules “mortes”.

La peau fait sa mue environ une fois par mois

Selon ce même phénomène, l'épiderme effectue donc régulièrement une "mue". Cette partie de notre peau pouvant régulièrement être abîmée par des petites blessures et égratignures, elle se renouvelle de façon à ce que la couche externe protège le corps de manière optimale.

Pour ce faire, les kératinocytes, les cellules qui composent à 90 % l'épiderme, deviennent des cornéocytes, c'est-à-dire les cellules mortes qui forment la couche cornée protégeant la peau. Elles créent alors une nouvelle couche, qui pousse l'empilement de couches déjà existant. Les cellules mortes en surface finissent naturellement par desquamer, par lot de 2 à 4 cellules à la fois : on perd ainsi environ 1 g de peau, ou plutôt de cellules cornées, par jour.

L'épiderme se renouvelle complètement en l'espace de 25 à 45 jours. Au cours d'une vie, on change de peau environ 1 200 fois.

En savoir plus : Peau : de pore en pore
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La peau aussi a son microbiote

On entend souvent parler du microbiote de l’estomac, qualifié de “second cerveau”. Mais la peau aussi a son microbiote : à la surface de la couche cornée vivent des milliards de micro-organismes invisibles à l’œil nu. Ils vivent en symbiose avec notre corps : la peau d'un adulte héberge ainsi, en moyenne, 10 000 milliards de bactéries (environ un million par cm² de peau), micro-champignons et autres acariens. 

Cet écosystème est unique à chaque individu, même si on retrouve certaines de ces bactéries sur toutes les peaux. Ces bactéries se nourrissent du film hydrolipidique, des lipides de la peau, des protéines, des aminoacides, et ont un rôle bénéfique pour la peau.

Le Staphylococcus epidermidis par exemple, ou staphylocoque blanc, peut aider à détruire les agents pathogènes chez une personne en bonne santé. "Il envoie des peptides antimicrobiens contre le Staphylococcus aureus (staphylocoque doré, ndlr) et peut se lier à la peau, à des récepteurs de la peau et déclencher des défenses antimicrobiennes et ainsi un renforcement de la peau", précise la chercheuse Cécile Clavaud. 

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La peau se cultive

La dernière partie de l'exposition est consacrée aux progrès de la recherche pour créer des peaux "artificielles". Car la peau est le premier organe a avoir été recréé en laboratoire, dès le début des années 80. Il s'agit, à l'époque, de pouvoir soigner les grands brûlés, mais également de mieux comprendre des pathologies telles que celle des "enfants de la lune", qui ne peuvent être exposés au soleil. 

Pour faire "pousser" de la peau, les chercheurs pratiquent une biopsie : ils séparent le derme de l'épiderme, en isolent les cellules et les mettent en culture. "On va les faire proliférer pour avoir un grand nombre de cellules et surtout une surface qui sera adéquate à greffer, précise la chercheuse Françoise Benerd. D’une petite biopsie de peau, on peut avoir des millions de cellules."

Les chercheurs parviennent d'ores et déjà à produire des surfaces de plusieurs centimètres carrés. Mais créer de la peau présente encore de nombreux défis : comment y intégrer des follicules pileux ? Ou encore des cellules neuronales permettant de conserver la sensation de toucher ? L'avenir de la recherche médicale dans ce domaine semble se tourner vers les technologies de bio-impression 3D, qui permettront d'imprimer précisément un petit nombre de cellules.

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