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5G : des émissions pour comprendre ce qui fait débat

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La 5G est-il l'unique voie du progrès ?
La 5G est-il l'unique voie du progrès ?
© Getty

Le déploiement de la 5G soulève des questions techniques, environnementales, de santé, géopolitiques... Et plus largement, il interroge la place du numérique et de l’innovation dans notre société. Découvrez une série de nos programmes pour comprendre ce qui est en jeu.

2,786 milliards d'euros, c’est ce qu’a rapporté à l’Etat la vente aux enchères des premières fréquences 5G aux opérateurs français, a annoncé jeudi 1er octobre 2020 l'Arcep, le régulateur des télécoms. Les opérateurs (Orange, SFR, Bouygues Telecom, Free) ont acquis onze blocs de fréquences. Ce qui rend possible l’ouverture des premiers services 5G dans certaines villes françaises dès la fin de l’année. Orange a acquis la plus grande part, avec quatre blocs de fréquences. Cette vente a eu lieu fin septembre, comme prévu par le gouvernement, en dépit des demandes de moratoire exprimées par la Convention citoyenne pour le climat, reprises par des politiques de gauche et les nouveaux maires écologistes. Emmanuel Macron avait exclu tout report - c’était devant les représentants de la French Tech - opposant les partisans du progrès aux tenants du "retour à la lampe à huile".

Une manière de couper court au débat mais aussi de “réactiver une croyance naïve dans l’innovation, que l’on croyait dépassée”, estime l’historien des techniques François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne. Il était l’invité du journal de 12h30 le 29 septembre dernier. 

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François Jarrige : "Emmanuel Macron réaffirme une croyance naïve dans la technologie que l’on croyait dépassée."

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> "Etes-vous Amish ou technolâtres ?", s'interrogeait mi-septembre l’émission le Temps du débat  avec l'historien Jean-Baptiste Fressoz, Yaël Benayoun, cofondatrice de l’association Le mouton numérique et Serge Abiteboul, directeur de recherche à l'Inria et membre du collège de l’Arcep, le régulateur des télécoms. L'émission dresse un état du débat autour de la 5G.

La 5G catalyse les interrogations sur la place de l’innovation et la conception que la société a de l’idée de progrès. Et cela se décline autour d’une série d’enjeux et d'interrogations majeures. 

A quoi va servir la 5G ? 

La promesse avancée par les industriels est un débit plus important et moins de délai entre l'émission et la réception d'une information. Pour les particuliers, cela pourrait se traduire par davantage de confort quand ils consomment des vidéos, des contenus en réalité virtuelle ou des jeux vidéo par exemple. Mais à ce stade, ce sont surtout les entreprises que la 5G intéresse. Car elle ouvre la perspective de développement d'objets connectés et d'applications industrielles. La 5G est donc avant tout un enjeu commercial et de nouveaux marchés. Les opérateurs ont d'ailleurs déjà lancé les expérimentations.  

Pour faire quoi ? Si l'industrie cite des exemples récurrents, comme la voiture autonome, difficile pour l'heure de savoir quelles applications pourraient rapidement émerger. De son côté, le gouvernement présente la 5G comme un enjeu de compétitivité pour la France. Dans quelle mesure est-ce le cas ?  

> "La 5G va-t-elle être le moteur d’une nouvelle révolution industrielle ?" se demandaient Pierre-Jean Benghozi, professeur à l'Ecole polytechnique et Vincent Charlet, Délégué général du think tank La Fabrique de l'industrie, dans l'émission Entendez-vous l'éco du 30 septembre dernier.

De la 1ère génération à la 5G
De la 1ère génération à la 5G
© AFP - Kun Tian, Jonathan Walter

Quelles conséquences environnementales ? 

Sur la plan environnemental, la 5G pose plusieurs problèmes : la masse de ressources et matériaux nécessaires pour les équipements, le risque d'encourager davantage l'obsolescence programmée des smartphones et des logiciels, ou encore les émissions carbones générées par l'augmentation des volumes échanges. On sait que la 5G augmentera la consommation d’énergie des réseaux et le besoin de data. Mais la balance coûts / avantages ne fait pas consensus. Certains estiment que la 5G permettrait dans le même temps à certains secteurs de limiter leur empreinte écologique, par exemple en réduisant des besoins de transports.

> "Peut-on déployer la 5G sans compromettre la transition écologique ?" se demandait l'émission Entendez-vous l'éco du 29 septembre dernier.

Alors que mi-septembre, une soixantaine d'élus, dont les maires de Bordeaux, Lyon, Marseille, et souvent écologistes, avaient donc exhorté le gouvernement à décider d'un moratoire sur le déploiement de la 5G.

Le 24 novembre, une de nos journalistes a enquêté à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), où les habitants de la rue de la Fraternité luttent contre des antennes relais 5G prévues sur le toit d'un petit immeuble d'habitation.
> "Rue de la Fraternité : tous unis contre la 5G", Reportage de la rédaction de Tara Schlegel.

Et le 19 décembre 2020, le Haut Conseil pour le Climat a estimé notamment que le déploiement de la 5G risque d’augmenter "significativement" les émissions de gaz à effet de serre du numérique et la consommation d’électricité en France. Dans un rapport répondant à une saisine du Sénat, l'autorité indépendante estime que, contrairement à ce que répètent les opérateurs, l’impact carbone du déploiement de la 5G ne sera pas neutre. Le HCC qui rappelle qu'il n'y a pas eu d'évaluation environnementale préalable de cette évolution.

Le constat pour l'environnement dressé par le Haut Conseil pour le Climat. Précisions de Laura Dulieu (19 décembre 2020)

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Que sait-on des effets sur la santé ? 

La 5G est-elle dangereuse pour l’homme et son environnement ? Que sait-on à ce stade ? "Les idées claires" font le point avec Alain Sibille, professeur à Télécom Paris l'Institut Polytechnique, qui répond aux questions de Nicolas Martin. Selon Alain Sibille, au sujet des risques cancérigènes :

Il n'y a absolument rien de prouvé. Les mécanismes ne sont pas connus. Les démonstrations sur des populations larges ne sont pas connues. Il y a des études qui continuent à être menées parce que c'est un problème compliqué. Si jamais il devait y avoir un risque de type cancer, cela ne concernerait que quelques personnes, ce serait une proportion extrêmement faible. Et c'est pour ça aussi que c'est très compliqué à démontrer. On continue à faire des études, mais vraiment par rapport à la taille de la population mondial, s'il devait y avoir un risque, ce serait très vraisemblablement un risque extrêmement faible.

Ceux qui combattent la 5G affirment que l'effet des ondes de 2, 3, 4G - les ondes actuelles - sur les organismes vivants est largement sous-estimé. L'OMS a classé les radiofréquences comme peut-être cancérigènes pour l'homme en 2011 et depuis, bien des études ont été publiées. Rappel avec Tara Schlegel, à l'occasion de la remise d'un rapport de l'Inspection des Affaires sociales au gouvernement en septembre dernier :

Les inquiétudes des anti-5G, avec Tara Schlegel

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Pourquoi est-ce un enjeu géopolitique ? 

Le déploiement est aussi devenu un enjeu géopolitique majeur, notamment entre la Chine et les Etats-Unis. La compétition entre équipementiers fait rage pour savoir qui dominera le marché. Et les questions de sécurité et de souveraineté des données ont renforcé le tour géopolitique donné à cette bataille économique. L'attention est focalisée sur un acteur en particulier : Huawei. L'entreprise chinoise est le deuxième vendeur de smartphones au monde et surtout le premier fournisseur d'équipements télécoms. Elle est au cœur d'une polémique internationale depuis que les Etats-Unis l'accusent d'espionnage. Pour la Maison Blanche, Huawei installe notamment des portes dérobées numériques dans ses équipements, ce qu'on appelle des backdoors, autrement dit, pour résumer, des ouvertures permettant d'avoir accès aux communications passées dans l'ensemble des pays qui utilisent ses services.

> L'émission Affaires étrangères s'est penchée fin janvier dernier sur "la guerre de la 5G", cette bataille d'investissements et de sûreté entre les continents, avec Julien Nocetti, chercheur associé à l'IFRI, Alice Ekman, analyste responsable de l’Asie à l’European Union Institute for Security Studies (EUISS), Dominique Boullier, professeur en sociologie à Sciences Po Paris, et Alain Sibille, professeur à Télécom ParisTech.   

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Réseau 5G : les États-Unis accusent Huawei d'espionnage, l'Europe tergiverse
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© Visactu

Avec la collaboration d'Eric Chaverou