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7 candidats à l’élection présidentielle 2022 en quête de parrainages

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Un formulaire de parrainage avec l'enveloppe de retour au Conseil constitutionnel et une écharpe tricolore. La période de recueil a débuté le 27 janvier et s'achèvera le 4 mars prochain. La liste définitive des candidat.es étant proclamée le 7 mars.
Un formulaire de parrainage avec l'enveloppe de retour au Conseil constitutionnel et une écharpe tricolore. La période de recueil a débuté le 27 janvier et s'achèvera le 4 mars prochain. La liste définitive des candidat.es étant proclamée le 7 mars.
© Maxppp - Vanessa Meyer / L'Alsace

La règle stricte des 500 parrainages en vue du mandat suprême mobilise tous les cinq ans les équipes de campagne des différents candidats et candidates en lice. Comment ces équipes procèdent-elles pour obtenir le nombre requis de signatures ? Nous avons enquêté auprès de sept d'entre elles.

Et si Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ne pouvaient pas participer à l’élection présidentielle, faute d’avoir recueilli 500 parrainages d’élus ? Aussi surprenante qu’elle puisse paraître, cette idée fait son chemin et inquiète jusque dans les équipes de campagne des deux candidats. Depuis la réforme de 1976, chaque candidature doit en effet passer ce seuil afin d’être investie pour le premier tour du scrutin. Or cette étape n’a rien d’acquis et peu nombreux sont les candidats qui sont assurés d’y parvenir. Si les débats autour de l’élection présidentielle se cristallisent principalement autour de la question du score potentiel des différents candidats aux premier et second tours du scrutin, la phase de parrainage demeure donc une étape préliminaire cruciale du processus électoral. Et on a appris ce jeudi qu'Emmanuel Macron, avant même d'être candidat officiel, avait recueilli 500 signatures (tableau complet du Conseil constitutionnel).

Comment les différentes équipes de campagne s’organisent-elles pour récolter l’appui nécessaire de la part des élus locaux ? Quelles difficultés rencontrent-elles dans cette quête ? Nous avons interrogé les représentants et représentantes de sept candidats et candidates à l’élection présidentielle. À La France insoumise, au Parti socialiste, à Europe Écologie les Verts, à La République en marche, au Rassemblement national, chez Éric Zemmour et au Parti politique pour la Paix et la Protection de la Planète. 

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Le système de parrainage : un mode de fonctionnement clivant et contesté

L’actualité politique des dernières semaines a été marquée par l’intensification du lobby des équipes de campagne auprès des élus locaux dans l’optique de réunir le nombre de parrainages requis. Dans le même temps, l’attention médiatique sur le sujet s’est accrue. Ce fut l’occasion pour certains candidats d’exprimer leur désapprobation de ce système qu’ils et elles jugent injuste. Éric Zemmour a par exemple pointé du doigt, dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux fin décembre, un "système […] fait pour protéger les grands partis" et a dénoncé l’utilisation politique que ces derniers en faisaient. Un constat relayé par Dénis Cieslik, responsable de la récolte des parrainages pour la campagne d’Éric Zemmour, pour qui il faut absolument "rendre l’anonymat aux maires". Il compare l’acte de parrainer à un vote traditionnel et avance qu’il n’y a donc "aucune raison que ça soit public"

Cette position critique à l’égard du système de parrainage est partagée par une partie de la classe politique. C’est en effet un point d’accord des partis perçus comme radicaux, de droite comme de gauche, qui sont souvent moins influents et implantés localement que les partis plus anciens et modérés. Guilhem Serieys, conseiller régional de Midi Pyrénées et membre de l’équipe de campagne de Jean-Luc Mélenchon, dénonce par exemple un mode de fonctionnement qui pose un "énorme problème éthique et démocratique". En cause : des pressions politiques, notamment de la part de présidents de conseils départementaux "assez sectaires politiquement" et qui feraient miroiter des sanctions en représailles d’un parrainage contraire à leur tendance politique. M. Serieys déplore l’existence d’"appareils politiques qui utilisent les règles de parrainage pour faire trébucher les uns et les autres. C’est une philosophie qui dévoie complètement l’esprit de cette règle".

Cette dénonciation du système de parrainage s’estompe fortement à mesure que l’on se rapproche du centre de l’échiquier politique, pour parfois même se transformer en une approbation. Si des partis politiques tels que le Parti socialiste ou La République En Marche ne le remettent pas vraiment en cause tant le seuil de 500 parrainages leur est acquis, d’autres formations politiques en défendent activement le principe. Pour la porte-parole d’Europe Écologie les Verts Delphine Batho, "C’est normal que les citoyennes et les citoyens puissent savoir à qui j’apporte mon parrainage. Ce qui vaut pour une députée vaut pour toutes les personnes qui sont en situation d’exercer un mandat. Il y a un élément de transparence qui me paraît normal". C’est par ailleurs ce qui a conduit le Conseil constitutionnel à régulièrement demander, depuis 1974, la publication de l’intégralité des parrainages. 

Des méthodes de campagne assez similaires, mais influencées par la taille et l’ancienneté du parti politique

Les partis politiques mènent tous une campagne de "pré-parrainage" dans le but de convaincre les élus locaux de leur accorder leur signature. La grande majorité d’entre eux utilise pour cela des méthodes assez semblables, quoique influencées par leur taille et leur implantation à l’échelle locale. 

Les partis ont presque tous commencé à démarcher les potentiels parrains dans une impressionnante coordination, à l’automne 2021. Ainsi, si LFI s’est lancée dans la course dès septembre, LREM, le PS et EELV ont attendu le mois de novembre. D’autres formations font figure d’exception. L’équipe de campagne d’Éric Zemmour avait par exemple commencé à démarcher les élus dès l’été, au mois d’août 2021. À l’inverse, les difficultés matérielles et d’organisation rencontrées par l’équipe de Gilles Lazzarini (Parti politique pour la Paix et la Protection de la Planète), "LE petit candidat que personne n’attendait" comme il se définit lui-même, ont conduit à un lancement de campagne plus tardif, pendant la première semaine de janvier 2022.

Les techniques de ralliement des élus locaux s’inscrivent pour la plupart dans un schéma relativement similaire de décentralisation de l’action politique. Que les relais locaux mis à contribution soient les "comités de soutien", comme chez EELV, ou les élus locaux comme chez LREM ou le RN, la campagne de collecte des parrainages se joue sur le terrain et en régions, via un maillage minutieux des territoires. Là encore, toutes les formations politiques ne sont pas sur le même pied d’égalité. L’absence d’ancrage local du parti d’Éric Zemmour ("Reconquête !") impacte le processus de collecte des parrainages, bien que la méthode employée pour convaincre les élus reste assez similaire à celle des autres partis. Le lobbying se fait ainsi sur trois fronts, comme l’explique Dénis Cieslik : le "démarchage terrain" par les ambassadeurs du parti, des "cellules de phoning" et des "déjeuners entre Éric Zemmour et des élus de terrain". La tâche s’avère encore plus fastidieuse pour Gilles Lazzarini qui, en plus de n’avoir aucun appui local, compte sur une équipe de campagne assez restreinte, composée de 9 "amis" du candidat au total. Par conséquent, le démarchage se fait de façon centralisée et automatisée, grâce à l’utilisation d’un logiciel qui pallie en partie le manque de personnel en gérant l’envoi des mails aux élus. 

La quasi-totalité des équipes de campagne a par ailleurs prévu de mettre en place des campagnes de rappels téléphoniques afin de transformer l’essai et de s’assurer que les promesses débouchent bien sur des parrainages. 

Cependant, de fortes divergences apparaissent dans le nombre et le type de personnes mobilisées dans le processus de collecte des parrainages. C’est un indicateur particulièrement représentatif de l’état d’esprit des différentes équipes quant à cet aspect de la campagne. Sans surprise, les partis qui bénéficient d’un socle conséquent d’élus locaux ont tendance à faire appel à moins de personnel que les autres. Le PS, pour qui la collecte des 500 parrainages est une formalité, ne compte que sur cinq personnes pour démarcher les élus. À l’inverse, La France insoumise, qui rencontre plus de difficultés qu’en 2017 en raison de la scission de son alliance avec le PCF, a mobilisé une très large équipe de 1 000 personnes, composée d’élus locaux ou encore de volontaires qui ont rejoint la campagne. À l’extrême-droite, Reconquête ! et le RN ont respectivement fait appel à 450 et 250 personnes, mais peinent à atteindre les 500 signatures. La majorité présidentielle, enfin, bénéficie de l’action en régions des 350 parlementaires de LREM, du MoDem et d’Agir.

Des difficultés souvent communes à l’ensemble des équipes de campagne

La quête des 500 parrainages n’est pas un long fleuve tranquille et les équipes de campagne font face à des difficultés qui remettent parfois en cause la participation de leur candidat ou candidate au premier tour du scrutin. Là encore, si les expériences varient naturellement d’un parti à un autre, il existe des dynamiques communes à la majorité des formations politiques.

La publicité intégrale des noms des "parrains", instaurée en 2016, semble constituer le principal obstacle à l’obtention des 500 signatures. Parce qu’elle dissuade les élus de choisir un candidat ou une candidate, elle pénalise le plus souvent les partis radicaux et les nouveaux partis, qui ne peuvent pas compter sur un réseau de plusieurs milliers d’élus locaux préalablement acquis à leur cause. Laurent Jacobelli, responsable des parrainages pour la campagne de Marine Le Pen, parle d’un "frein énorme". Pour un candidat comme Gilles Lazzarini (P5), la montagne semble d’autant plus infranchissable qu’il lui faut s’insérer dans un paysage politique saturé et propice à l’abstention des potentiels parrains. M. Lazzarini explique qu’il compte par conséquent beaucoup sur son programme pour convaincre les maires de le parrainer et ainsi lui donner accès au premier tour de l’élection présidentielle. 

À cette difficulté structurelle s’ajoute un obstacle conjoncturel, qui émerge progressivement depuis plusieurs années : la division croissante de la classe politique, qui résulte en une multiplication des candidatures. C’est à gauche que le phénomène est le plus visible. Avec sept candidats encore en lice, le groupe d’élus locaux de gauche se scinde entre les partisans des différents prétendants, réduisant finalement les chances de chacun d’obtenir les parrainages nécessaires. Mais la gauche n’a pas le monopole de la division. Le bloc d’extrême-droite, auparavant uni derrière la candidature de Marine Le Pen, fait face cette année à l’irruption d’Éric Zemmour dans le paysage politique. Assez proches, les deux candidatures parlent à la même audience d’élus locaux et bouleverse la stratégie de maillage territorial du RN. Laurent Jacobelli concède que cela "joue sûrement un peu" sur les promesses de parrainages que la candidature de Marine Le Pen parvient à récolter. Par ailleurs, en plus de rendre la recherche de parrainages plus complexe, la division de la classe politique engendre une baisse significative du nombre de parrains. En effet, beaucoup d’élus préfèrent s’abstenir alors que le paysage politique se morcelle, par désintérêt ou afin d’éviter des tensions avec les membres de leur équipe. Entre 2002 et 2017, le nombre de parrains est ainsi passé de 17 815 à 14 296. 

Bien qu’elle ne fasse pas officiellement partie du processus électoral, la récolte des parrainages est donc un processus codifié, de longue haleine et qui implique de très larges équipes. Pendant plusieurs mois, les partis maillent les régions françaises, entre appels téléphoniques et rencontres avec les élus, afin de convaincre au moins 500 d’entre eux de parrainer leur candidat ou candidate. Dans ce contexte, le système de parrainage est un vecteur des inégalités qui existent entre les partis, tant en raison de leur taille que de leur implantation au niveau local et de leur ancienneté. En effet, tous n’ont pas un socle conséquent d’élus qui leur sont fidèles, et tous ne peuvent pas compter sur la même logistique, tant matérielle qu’humaine, pour démarcher ces élus. En résulte une expérience très différenciée de la collecte des parrainages en fonction des partis. Les équipes en difficulté ont cependant jusqu’au 4 mars pour rebattre les cartes et atteindre le seuil requis, afin d’espérer pouvoir présenter leur candidat au premier tour de l’élection présidentielle. Et jusqu’à présent, aucun grand candidat n’en a été empêché…