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750 millions d'analphabètes dans le monde mais des progrès

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Photo d'illustration
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© Maxppp - Jean-Louis Pradels

Repères. Le taux d'alphabétisation continue de progresser dans le monde mais 750 millions de personnes ne savent toujours ni lire, ni écrire correctement d'après l'Unesco, à l'origine de la journée internationale de l'alphabétisation de ce samedi.

"Une fois que l'on a appris à lire, on est libre pour toujours", écrivait au XIXe siècle l'esclave noir américain Frederick Douglass, l'un des hérauts de la cause abolitionniste. C'est par cette citation que la directrice générale de l'Unesco, Audrey Azoulay, commence son message à l'occasion de la journée internationale de l'alphabétisation ce samedi 8 septembre. L'Unesco mesure des progrès constants dans ce domaine d'année en année mais les chiffres cachent de fortes inégalités : l'Afrique subsaharienne et l'Asie du sud et de l'ouest sont les plus durement touchées et dans deux tiers des cas, les femmes sont concernées.

L'alphabétisation continue de progresser

- Institut de statistiques de l'Unesco

Le monde comptait 750 millions d'analphabètes en 2016 d'après les statistiques les plus récentes de l'Unesco. En chiffres bruts, il s'agit d'un progrès indéniable par rapport aux précédentes mesures : l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco) dénombrait 871 millions de personnes ne sachant ni lire, ni écrire en 1994. Aujourd'hui, on peut ainsi affirmer que 86% des adultes (i.e. âgés de plus de 15 ans) savent lire et écrire dans le monde.

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Les progrès sont visibles dans toutes les zones géographiques : en Asie du sud, le taux d'alphabétisation a progressé de 46% de la population en 1990 à 72% en 2016. En Afrique du Nord et en Asie de l'ouest, le taux est passé de 64 à 81%. En Asie du sud-est et orientale de 82 à 96%, en Afrique subsaharienne de 52 à 65% et en Amérique latine et Caraïbes de 85 à 94%. Dans toutes les sociétés où le taux d'alphabétisation a progressé, l'Unesco a mesuré parallèlement une augmentation de la richesse nationale (du PIB) et une diminution du nombre de personnes vivant en dessous d'un certain seuil de pauvreté.

Ces progrès sont le fruit de politiques nationales et internationales menées sous l'égide de l'Unesco qui a lancé sa première journée internationale de l'alphabétisation en 1966. C'est à cette époque qu'a été introduit le concept d'alphabétisation fonctionnelle, l'alphabétisation étant un moyen de s'insérer (socialement et professionnellement) et non une fin en soi. Et aujourd'hui, les efforts se poursuivent : dans ses objectifs de développement durable pour 2030, l'Unesco a inscrit le droit à l'éducation pour "faire en sorte que toutes les filles et tous les garçons suivent, sur un pied d’égalité, un cycle complet d’enseignement primaire et secondaire gratuit et de qualité, qui débouche sur un apprentissage véritablement utile."

Des chiffres qui cachent beaucoup d'inégalités

L'alphabétisation progresse mais elle peine à effacer les inégalités entre les sexes. Sur les 750 millions de personnes analphabètes dans le monde, 63% sont des femmes ; ainsi en Inde en 2011, le pays comptait 265 millions de personnes ne sachant ni lire, ni écrire dont 171 millions étaient des femmes. On constate les écarts les plus élevés en Asie du sud (77% des hommes sont alphabétisés contre 58% des femmes), en Afrique du nord et Asie de l'ouest (82% des hommes et 66% des femmes) et en Afrique subsaharienne (69% des hommes et 53% des femmes). Mais là aussi, les choses progressent et surtout chez les jeunes : 91% des jeunes femmes (15-24 ans) étaient alphabétisées en 2016 contre seulement 73% dans les années 60. 

Les inégalités sont également géographiques : près de la moitié des personnes analphabètes de la planète vivent en Asie du sud (49%) et 27% demeurent en Afrique subsaharienne. Les régions du globe les moins touchées sont aussi les plus riches : l'Amérique du nord, l'Europe, l'Asie centrale et l'Océanie ne concentre que 2% des Terriens analphabètes. 20 pays ont le triste honneur de compter plus de 50% d'analphabètes dans leur population : l'Afghanistan, le Bénin, le Burkina Faso, la Centrafrique, le Tchad, les Comores, la Côte d'Ivoire, l'Ethiopie, la Gambie, la Guinée Bissau, Haïti, l'Irak, le Liberia, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, la Sierra Leone et le Sud Soudan. 

Le taux d'alphabétisation a tendance à s'améliorer chez les jeunes (15-24 ans) par rapport aux adultes, ce qui signifie un meilleur accès à l'école "mais dans de nombreux pays, la plupart en Afrique subsaharienne, ces taux d'alphabétisation restent trop bas", d'après l'Unesco.

Et en France ? 2,5 millions d'illettrés

© AFP - J.-M. Cornu / S. Moulai

La France n'est pas épargnée par les problèmes d'illettrisme* et d'analphabétisme* (voir définitions et différence en pied de page). D'après l'agence nationale de lutte contre l'illettrisme (Anlci), 2,5 millions de Français ne maîtrisaient pas suffisamment l'écriture, la lecture et le calcul pour être autonomes dans des situations simples de la vie quotidienne en 2012, soit 7% de la population âgée de 18 à 65 ans. Mais là aussi, la situation s'améliore : 3,1 millions de personnes étaient confrontées aux mêmes problèmes en 2006.

Cette année, l'Anlci profite de la journée internationale de l'alphabétisation pour lancer ses propres journées de l'illettrisme du 8 au 15 septembre 2018. La 5e édition de cette opération permet de parler et de faire parler de ce problème rencontré par de nombreux Français qui peuvent ainsi se renseigner et enclencher des démarches pour se former. La lutte contre l'illettrisme a été déclarée grande cause nationale en 2013 par le gouvernement, ce qui a permis la diffusion gratuite de messages sur les antennes des radios et des télévisions publiques (comme la vidéo ci-dessous), la création d'un numéro d'appel gratuit, illettrisme info service (0800 11 10 35) et le lancement d'une nouvelle certification professionnelle (CléA) sur la maîtrise des compétences de base ; il faut savoir que 51% des personnes confrontées à l'illettrisme sont dans l'emploi.

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Aujourd'hui, l'Anlci met aussi l'accent sur l'accès à l'informatique : "l'illettrisme numérique" concerne 15% de la population d'après une étude de 2013 menée par la Délégation aux usages d'Internet alors que la maîtrise de cet outil devient de plus en plus vital pour s'insérer. 

Différence entre analphabétisme et illettrisme

*L’illettrisme concerne un adulte qui a été scolarisé en français mais qui n’a pas acquis une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture et du calcul pour être autonome au quotidien. Il doit réacquérir, consolider ses compétences de base.

*L’analphabétisme concerne un adulte qui n’a jamais été scolarisé et qui doit tout apprendre. Il est en situation d’alphabétisation (définitions données par l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme).