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A Calais, dans l'école de la jungle

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Une école ouverte à tous, dans toutes les langues
Une école ouverte à tous, dans toutes les langues
© Radio France - Louise Tourret

Dans le camp de migrants de Calais, au milieu d'une zone destinée à être rasée, se trouve l'école laïque du chemin des Dunes. Rencontre avec les bénévoles, enseignants et élèves qui témoignent tous du rôle précieux de cette école de fortune.

L’école laïque du chemin des Dunes s’est installée l’été dernier dans la partie sud du camp de migrants de Calais. Une zone qui, justement, devrait être bientôt rasée. Les lieux vont être préservés, les autorités s’y sont engagées, mais que va devenir cette petite installation au milieu d’une zone rasée? En prélude à l'émission "Rue des écoles" de dimanche sur l'éducation d'urgence, rencontre avec les bénévoles, enseignants et élèves qui témoignent tous du rôle précieux de cette école de fortune.

Calais, 17 février 2016. Ce mercredi il fait froid mais un grand soleil éclaire la « jungle sud », il y a du monde dehors, des migrants mais aussi quelques visiteurs. Les allées sont boueuses et les cabanes semblent bien fragiles pour résister à l’hiver du Nord-Pas-de-Calais mais le décor parait un peu moins triste quand nous traversons des allées bordées de petites échoppes (on trouve même un coiffeur ), de restaurants ou quand nous arrivons devant le théâtre, impressionnant bâtiment en forme de bulle. Nous suivons Virginie Tiberghien qui parcourt la jungle avec un sourire pour chacun, salue tout le monde :

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« Hello ! School ? Do you want to go to school ?»

Virginie Tiberghien est bénévole, orthophoniste de profession et coordinatrice de l’école laïque du chemin des Dunes, une école pour adulte qui existe depuis l’été dernier et qui s’est ouverte aux enfants en novembre, puisque désormais, il y a des familles ici, dans la jungle :

Histoire de l'école

1 min

Quand la bénévole croise un enfant, nous nous arrêtons, il s’agit de bien faire passer le message : l’école, laïque, accueille tout le monde, de vrais enseignants viennent et y font la classe. Les parents sont invités à venir voir et à rencontrer l’équipe.

Au détour d’un chemin nous apercevons une petite fille érythréenne dont nous ne connaissons pas le prénom mais que nous avons vue le matin dans le cours animés par des bénévoles britanniques. Nous nous faisons comprendre par les adultes qui l’entourent et repartons en la tenant par la main pour l’emmener à la classe de 14h30.

Le chemin de l'école est indiqué en plusieurs langues
Le chemin de l'école est indiqué en plusieurs langues
© Radio France - Louise Tourret
L’école est laïque.Pour les bénévoles cela signifie qu’elle est "ouverte à tous"
L’école est laïque.Pour les bénévoles cela signifie qu’elle est "ouverte à tous"
© Radio France - Louise Tourret

Cet après-midi comme tous les mercredis ce sont des enseignantes d’école primaire de la région qui prennent sur leur temps libre pour venir faire la classe ici. L’école est à la fois très différente d’une école traditionnelle avec sa charpente de bois apparent, ses murs de toile plastique et son vieux poêle de récup’. Mais les petites chaises et le coin jeu, pas très en ordre ce jour-là rappellent les classes de maternelle.

Un espace pour apprendre, mais aussi pour jouer.
Un espace pour apprendre, mais aussi pour jouer.
© Radio France - Louise Tourret

Et surtout, quand ces maîtresses bénévoles font la classe, elles utilisent leurs compétences et leur connaissance d’enseignantes, comme l'explique Sandrine:

Sandrine et la façon de faire la classse

2 min

Ainsi, cet après-midi le cours des enfants, dont la plupart sont Kurdes ce jour-là, comportera comme à chaque fois « une séquence de repérage dans l’espace, un travail sur la numération, une séquence de lecture et d’écriture pour s’achever sur un temps consacré à l’art visuel » (c’est le nom que l’on donne au dessin et à l’art plastique dans les écoles aujourd’hui).

Bien qu’il y ait un espace de jeux extérieur, les professeures n’aiment pas trop faire sortir les enfants car il fait trop froid en hiver, il y a beaucoup de vent et l’air et très humide -nous sommes à quelques mètres de la mer et d’un lac- et  l’espace n’est pas clos donc difficile à surveiller.

La cour de l'école des Dunes
La cour de l'école des Dunes
© Radio France - Louise Tourret

Quand un élève doit aller aux toilettes, il faut sortir de la salle pour aller demander une clé et l’emmener dans un des WC de fortune installés à coté et ne pas oublier de bien refermer le cadenas. Un microscopique aperçu du quotidien compliqué des individus et des familles qui vivent dans de telles conditions. Mais ce qui étonne les professionnelles comme Sandrine, c’est surtout d'avoir à "combler un manque" alors  que l’école est  -en théorie- un droit pour tous les enfants qui se trouvent sur le sol français

"Combler un manque"

38 sec

La France a pourtant bien ratifié la Convention internationale des droits de l’enfant, un texte qui stipule que tous ont droit à une scolarité.

Le non-respect du droit et le non-respect des individus c’est bien ce qui ne cesse de désoler les associations présentent dans les campements de Calais, comme MSF, le Secours Catholique, le Secours Islamique France, ATD quart monde, CCFD – Terre Solidaire ou la FNARS qui ont envoyé un courrier collectif à Bernard Cazeneuve ce jeudi 18 octobre:

« Les exilés ont occupé cette lande, il y a moins d’un an, à la demande voire sous la contrainte des forces de l’ordre (..) nous regrettons de devoir vous faire part de notre profonde opposition à ce projet qui ne s’accompagne pas, à ce jour, de véritables solutions alternatives. Il ne fera qu’ajouter des tensions aux tensions, et fragiliser encore un peu plus les quelques milliers d’exilés que la France et la Grande-Bretagne se montrent incapables d’accueillir convenablement. »

Les associatifs croisés ce jour s’alarment en particulier de la situation des mineurs isolés. Les chiffres ne sont pas officiels mais les bénévoles en dénombreraient environ 291 sur le camp… où vont-ils aller alors que la partie sud de la jungle va être rasée ? Personne ne répond à cette question à ce jour.

Malgré ces incertitudes, la section adulte du chemin des Dunes ne désemplit pas. Nous y croisons quelques migrantes mais surtout des hommes, installés en petits groupe de 2, 3 ou 4 avec des volontaires Français ou Britanniques. Ici, ils apprennent les rudiments du français comme les conjugaisons de bases et des phrases utiles :

Les volontaires viennent de partout, certains sont également enseignants. Parmi les élèves, Syed, un afghan à l’anglais très fluide nous confie qu’il était lui-même… enseignant de mathématiques dans son pays ! Aujourd’hui, alors que sa vie est à reconstruire, sa priorité est d’apprendre le Français, et donc d’aller à l’école. Et il pousse ses amis à le suivre.

En passant du temps avec les migrants et les bénévoles, nous comprenons bien que, au-delà des apprentissages, l’école du chemin des Dunes est un espace d’échanges, extraordinairement ouvert et unique. Nous y croiserons d’ailleurs aussi des visiteurs, des étudiante venues de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, des documentaristes retraités et une étudiante de la Sorbonne nouvelle en sciences du langage qui souhaite faire un stage ici ! Cela n’est pas un hasard car faire de l’école un lieu de vie c’est bien le souhait et l’ambition de ses créateurs et animateurs Zimako et Virginie qui souhaitent faire de l’école un véritable lieu de vie:

« Ici, on organise des rencontres, on fait des petites fêtes comme les anniversaires. »

Mais alors que la nouvelle d’une destruction prochaine se répand dans le campement et qu'une réunion est organisée ce soir-là sur le sujet, Virginie Tiberghien se demande comment les élèves qui iront vivre dans un campement de containers, dont l’accès est fermé par des grilles, viendront dans sa petite école

L'avenir de l'école des Dunes?

58 sec

La nuit tombe sur la jungle et il fait de plus en plus froid. L’idée que de si petits enfants dorment dans de telles conditions semble terrifiante, pourtant Marsa, Sava, Dania ou Masen retourneront demain en cours avant de devoir déménager... Avant de nous quitter, Virginie Tiberghien, dont l’énergie semble indestructible, résume son engagement auprès des réfugiés et pour leur éducation, élément fondamental de leur dignité :

Virginie: l'éducation et l'engagement

41 sec