Publicité

A l'EHESS, un colloque sur l'histoire de la Pologne perturbé par des nationalistes

Par
Publications de la nouvelle école polonaise d'histoire de la Shoah, violemment contestée par une mouvance nationaliste
Publications de la nouvelle école polonaise d'histoire de la Shoah, violemment contestée par une mouvance nationaliste

La tenue d'un colloque sur l'histoire de la Pologne pendant la Seconde guerre mondiale a été profondément perturbée, avant et pendant les échanges à l'EHESS. L'historien Christophe Prochasson est venu alerter sur des faits qui interrogent la capacité même à analyser certains pans de mémoire.

L’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) organisait jeudi 21 et vendredi 22 février à Paris un colloque international sur la nouvelle école polonaise d’histoire de la Shoah, qui a été marqué par des interruptions, des insultes, des questions à préjugés antisémites. Des enregistrements intempestifs, aussi, ensuite détournés à destination des réseaux sociaux. Ce colloque visait à faire connaître les travaux conduits depuis une vingtaine d’années par des historiens polonais pour éclairer la question des rapports judéo-polonais pendant la Seconde guerre mondiale. 

52 min

Depuis plusieurs semaines déjà, des pressions avaient été exercées pour empêcher la tenue du colloque, comme le racontait l'historien Christophe Prochasson, le président de l’EHESS, dans La Fabrique de l’Histoire ce 25 février. 

Publicité

Christophe Prochasson, directeur de l'EHESS, dans La Fabrique de l'Histoire (25/02/2019)

6 min

Désagréments est un mot un peu faible qui ne trahit pas l’indignation qui est la mienne : nous avons reçu avant le colloque de très nombreux mails, coups de téléphone, courriers papiers qui nous demandaient l’annulation, purement et simplement, de ce colloque. Ces tentatives d’intimidations venaient de groupes nationalistes polonais qui pensaient que le colloque international dont vous avez rappelé la qualité scientifique (…), ces gens considéraient qu’il s’agissait d’un meeting anti-polonais, ce qui n’était évidemment pas le cas.

Les deux journées de ce colloque, comme le précise un communiqué de l’EHESS, ont été marquées "par des interventions intempestives visant à perturber son déroulement normal. La barrière de l’intolérable a été franchie avec la profération de propos antisémites". 

"Il y a une trentaine de personnes qui sont venues troubler par divers incidents, tout au long de ces deux journées, des troubles manifestement concertés, dans le prolongement direct des intimidations évoquées", regrettait ce matin Christophe Prochasson. "C’était des prises de paroles intempestives, du chahut, rien de grave en termes de choc physique. Mais ça a rendu le travail extrêmement difficile, tendu. (…) Ces conditions ont été le fait de groupes nationalistes polonais qui mettent en cause le travail scientifique de grands savants".

Et l'historien d'ajouter : 

Je dois dire que l’arène scientifique n’est pas à l’abri malheureusement de ce genre de sentiment [de haine].  Lorsque l’on confond l’arène scientifique et l’arène politique, l’arène de production des savoirs et l’arène du règlement de comptes politique, on est conduit à s’inquiéter pour l’avenir des libertés académiques. Lorsqu’à la place de l’argument c’est l’insulte, (...) et l’insulte antisémite, parce qu’il y a eu des propos antisémites formulés par ces perturbateurs, on voit le grand danger qui menace, particulièrement nos savoirs en sciences humaines et sociales, et l’histoire évidemment qui s’empare de sujets qu’il est normal de discuter, mais qu’il n’est pas normal de renverser ou de faire taire.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.