À l'origine de la poignée de main - #CulturePrime

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À l'origine de la poignée de main

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Mesures de précaution obligent, il est déconseillé de se serrer la main ces derniers temps. Mais si on s'inspirait d'autres cultures pour se saluer autrement ?

En Europe, vous avez l'habitude de vous saluer en vous serrant la main ? Pourtant, dans d'autres cultures, on a appris à se saluer sans se toucher.
 

On trouve les premières poignées de main dans l’Antiquité grecque, sur des stèles du Ve siècle avant J-C. Homère en faisait déjà mention dans L’Iliade.

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Ils mettent pied à terre, et, joyeux,        
tous les accueillent avec les mains droites et de douces paroles

La poignée de main est alors une manière de sceller une alliance, de montrer qu'on vient en paix ou de prêter allégeance.

Selon une légende érudite, on pratiquait ce geste pour montrer que l’on venait sans arme dans la main et vérifier que l'autre ne cachait pas un poignard dans sa manche.

Un usage beaucoup plus récent

Pendant des siècles, ce geste est réservé à la politique et à la diplomatie, ce n'est pas encore un geste de salutation populaire.

C'est au XIXe siècle, dans le monde rural que la poignée de main se démocratise vraiment. Les paysans prennent l'habitude de "toper" dans la main de l'autre après une transaction, durant les foires ou les marchés.

Emmanuel Désveaux, anthropologue : "En se serrant la main, on se met en position d'égaux à égaux. C'est le signe d'un accord et d'une confiance et en même temps une manière de se congratuler d'avoir fait affaire. C'est au XIXe siècle que ce contractualisme se met en place, avec peut-être l'idée républicaine d'égalité entre les sujets qui se se substitue à des systèmes de révérence dans une hiérarchie."

Avec la mondialisation et le commerce, la poignée de main s'est imposée dans les échanges. Mais cette forme de contact n'est pas évidente dans de nombreuses cultures.

Emmanuel Désveaux : "Je pense qu'il y a des civilisations du contact entre individus et des civilisations de la distance. Une civilisation de la distance, ce sont par exemple les Amérindiens du Nord ou du Sud, ce sont des gens qui prennent toujours leurs distances. Chez eux, la parole prime toujours sur le contact humain. Le serrage demain est en fait une formule intermédiaire, parce qu'on garde quand même une distance, on est à 80 cm, ou un 1 mètre de l'autre mais on a quand même un contact physique avec l'autre, même s'il est ponctuel et limité à une partie du corps."

Dans de nombreuses cultures asiatiques, les salutations se font sans aucun contact. Au Tibet, par exemple,  le salut traditionnel se fait en tirant la langue, une manière de montrer qu'on n'est pas une réincarnation d'un roi maudit du IXe siècle, qui avait la langue noire selon la légende.

Des usages différenciés dans le monde

En Inde, le namasté ("je m'incline devant toi" en sanskrit) se fait les deux mains jointes au niveau de la poitrine. En Thaïlande, le wai se fait autant pour saluer que pour remercier. Plus les mains sont hautes, plus le respect témoigné est grand.

Au Japon, c'est "l'ojigi", une courbette qui varie selon le statut de l’interlocuteur.

Emmanuel Désveaux : "Il y a tout un degré d'inclinaison entre celui qui se penche le plus et celui qui se penche le moins. Avec soit une surenchère comme au Japon, pour être le plus poli possible, soit des systèmes, comme en Inde ou en Chine où les gens s'inclinent face à l'autre, tout en gardant conscience de leur position sociale les uns vis-à-vis des autres. La poignée de main, elle abolit tout ça. Elle crée une véritable fiction d'égalité entre les partenaires.

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