Eugène Poubelle, une révolution hygiéniste

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À l'origine de la poubelle : une révolution hygiéniste à Paris grâce à un préfet

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À grand renfort d’images d’immondices dans les rues de la capitale, le mouvement #SaccageParis a vu le jour sur Twitter. Pourtant, c'est dans cette même ville qu'a eu lieu une révolution hygiéniste à la fin du XIXe siècle grâce à un préfet dont le nom est passé à la postérité : Eugène Poubelle.

Paris ville sale ? C’est pourtant là qu’a été inventé un objet salutaire pour l’hygiène publique grâce à un préfet qui a laissé son nom à sa trouvaille : Eugène Poubelle et qui a donné lieu à une véritable révolution sanitaire et urbaine.

24 novembre 1883, le préfet de la Seine fait passer un arrêté à Paris qui oblige les propriétaires à prévoir "un récipient de bois garni à l'intérieur de fer blanc" pour les ordures ménagères. La poubelle vient de naître, mais la bataille pour l’adopter a été rude.

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L’homme qui signe ce décret est Eugène Poubelle, tout juste nommé préfet de la Seine, à une époque où ce dernier fait également office de maire de Paris. Né à Caen en 1831, Poubelle est un républicain acquis aux thèses hygiénistes qui placent l’assainissement des conditions de vie au cœur d’une nouvelle politique urbaine.

Paris et ses mauvaises odeurs

Souvent moqué et malmené par la presse, notamment en raison de sa barbe fournie, il a devant lui une lourde tâche : assainir Paris. Il faut dire qu’à cette époque, la capitale a mauvaise réputation à l’étranger. Les épidémies de choléra et de fièvre typhoïde y font encore des milliers de morts. Les 2 millions de Parisiens pratiquent le “tout-à-la rue” avec leurs restes de nourriture qui pourrissent sur la chaussée, créant des tas d’immondices et une boue malodorante.

Stéphane Frioux, historien de la santé : "Au XIXe siècle, on est dans une économie du recyclage, on n'a pas du tout la même notion du déchet qu'actuellement. Les agriculteurs payent pour ramasser les ordures des villes. La croissance de celles-ci et l'arrivée d'engrais chimiques plus efficaces vont mettre ce système en crise. D'où la nécessité pour les villes de payer pour se débarrasser de leurs déchets. " 

Certaines rues deviennent impraticables, et sont abandonnées aux chiffonniers, prolétaires marginaux qui récupèrent dans les tas d’ordures ce qui peut être revendu. Depuis l'achèvement des grands travaux d'Haussmann, le conseil de Paris cherche à enrayer ce fléau. Les Parisiens regardent du côté de Lyon, où un système de ramassage des ordures avec des paniers et des seaux est en place depuis 1800.

Eugène Poubelle n’est pas à l’origine du décret du 24 novembre 1883, mais c’est lui qui le défend face à la levée de boucliers des propriétaires et des concierges, désormais chargés de fournir les boîtes et de les sortir avant le ramassage.

Le sort des chiffonniers en question

L’opinion y voit une intrusion insupportable des autorités dans leur intimité ménagère. Les journalistes soupçonnent les autorités de collusion avec les fabricants des boîtes et s’inquiètent du sort des chiffonniers, privés de leur gagne-pain.  

Le Figaro raille le préfet et utilise l’antonomase, cette figure de style qui va transformer Poubelle en nom commun.

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Mais malgré la bataille médiatique et politique, les critiques se taisent bien vite. Les déchets qui faisaient partie du décor disparaissent progressivement puis sont acheminés hors de Paris pour y être incinérés.  

Eugène Poubelle sort renforcé de ce bras de fer et entame bientôt un autre chantier, celui de l’évacuation des eaux usées. En 1894, il oblige les propriétaires d'immeuble à se raccorder au système de collecte des eaux usées.

Stéphane Frioux : "L'idée a été d'imposer, comme ça se faisait déjà dans d'autres pays, notamment à Londres, un raccordement de chaque immeuble au tout-à-l'égout pour éviter la contamination possible du sol, et donc des nappes phréatiques, pas les fosses d'aisance."

Après avoir passé 13 ans à la préfecture de la Seine, Poubelle devient diplomate et ambassadeur au Vatican, avant de mourir à Paris, en 1907.

Son action contre l'insalubrité éveille aussi les consciences à un nouvel enjeu sanitaire : la pollution de l'air par les usines.

Stéphane Frioux : "C'est à Paris aussi que l'on commence à faire des essais de dispositifs qui sont censés réduire les fumées. C'est en 1898, deux ans après son départ de la préfecture qu'un premier arrêté est pris pour interdire de produire des fumées noires épaisses et prolongées."

Après son passage à Rome, il compare l'antonomase dont il a fait l'objet à celle de l'empereur Vespasien : “Je voudrais que [ma renommée] vécût longtemps encore, et qu’elle perpétue mon souvenir ainsi que les vespasiennes rappellent un nom célèbre à Rome.”