à l'origine des caricatures chez les antivaccins
à l'origine des caricatures chez les antivaccins

à l'origine des caricatures chez les antivaccins

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À l'origine des caricatures chez les antivaccins

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Depuis ses débuts, le vaccin a ses détracteurs. Si aujourd'hui c'est surtout sur les réseaux sociaux qu'ils s'expriment, aux XVIIIe et XIXe siècles, la caricature était le média privilégié des antivaccins.

Des caricatures sur les vaccins inondent les réseaux sociaux et les journaux, mais ce n’est pas un phénomène nouveau. D'après l'historien Steven King, de l'Université de Leicester en Angleterre, de tout temps, "les caricatures ont eu un immense pouvoir".  

Voici comment la caricature est devenue l’arme de prédilection des antivaccins.

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La peur de l'inconnu

Une procession caricaturale de médecins effraie des enfants
Une procession caricaturale de médecins effraie des enfants

En 1796, la création du premier vaccin déclenche une campagne de dénigrement. Elle prend de l’ampleur en France, en Italie et en Espagne… En Angleterre, où est né le vaccin, elle est particulièrement virulente.

Il y a des exemples de docteurs qui se font littéralement jeter hors des villages quand ils viennent faire des vaccinations. Professeur Steven King, historien

C’est Edward Jenner, docteur anglais qui découvre le vaccin. Il inocule à ses patients la variole de la vache, bénigne pour l’homme, ce qui les protège de la vraie variole mortelle dans 1 cas sur 5 et qui tue des centaines de milliers de personnes chaque année.

Nouveau, révolutionnaire, incompréhensible, ce procédé est rejeté par une grande partie de la population, y compris par des médecins, car le principe d’immunologie n’est pas encore connu.

Certains [des opposants] sont des vicaires, des militaires, il y a des personnalités publiques… D’autres sont des hommes et des femmes ordinaires, des ouvriers, des mères qui s’opposent à la vaccination forcée de leurs enfants, etc. Certains d’entre eux brandissent la Bible ou des caricatures comme un symbole de résistance. Steven King

La colère des mères

En 1853, le vaccin devient obligatoire en Angleterre sous peine d’amende. C’est une première dans le pays, décidé suite au succès du vaccin et malgré les opposants qui prônent la liberté individuelle. Les enfants doivent se faire vacciner en premier et des patrons exigent un certificat de vaccination avant embauche.

La colère se transforme en fronde menée par des parents et des ouvriers. Des actes de résistance plus ou moins passifs émergent :

  • Refuser de se vacciner est assez simple car l’État, peu organisé, ne parvient pas à tracer et contraindre les patients ;
  • Des réunions réunissant parfois des milliers de personnes ont lieu dans tout le pays ; 
  • Des rumeurs se propagent : les vaccinés se transformeraient en vache. 
"La variole ou les merveilleux effets de la nouvelle inoculation" 1802
"La variole ou les merveilleux effets de la nouvelle inoculation" 1802
© Getty - J. Gillray

Les caricatures contre la vaccination se multiplient en Europe et correspondent à un même schéma  :

  • Représentation de la mort

Il y a très souvent une allégorie de la mort : la faucheuse, un cercueil, etc.  On cherche à faire peur. Les enfants sont montrés comme particulièrement mis en danger.

  • Représentation du pouvoir

On critique le système et ses représentants. Politiciens et autorités médicales sont peints avec des caractéristiques physiques particulières.  "Il y a souvent un très gros et puissant personnage en arrière-plan", explique Steven King. En comparaison, les autres personnages paraissent plus insignifiants, ce qui laisse supposer qu’il est plus dur pour eux de résister.

  • Représentation de la famille 

C’est le plus souvent par la mère qu’est symbolisée la famille. Les caricatures transmettent le sentiment que le vaccin s’oppose à la famille. D'après le professeur King, "la famille c’est sacro-saint après les années 1850, c’est un idéal."

La vache, symbole des antivaccins

Leur but est d’affaiblir l'autorité médicale, le pouvoir local et la "technologie" vaccinale. Le processus de vaccination qui consiste à inoculer la variole de la vache aux humains effraie la population.

C’est pour cela que des vaches apparaissent sur les caricatures des antivaccins. L’idée est de dire que vous allez être traité comme un animal, avec du sang animal, du produit animal. Steven King

Comme cette caricature où une vache mange des enfants et rejette leurs corps sans vie.

Monstre nourri avec des enfants, symbole de la vaccine -  1802 (?)
Monstre nourri avec des enfants, symbole de la vaccine - 1802 (?)
- C. Williams, @ WellcomeCollection

On retrouve ces caricatures publiées dans des journaux, des brochures. Certaines sont l’œuvre de dessinateurs célèbres comme Isaac Cruikshank ou James Gillray. Elles sont aussi éditées sous forme de tracts et diffusées de main en main, parfois affichées sur les murs. D’autres caricatures étaient exhibées dans la rue, à la sauvette.  

Les caricatures dessinées à la main étaient brandies par les leaders de la rébellion, du mouvement antivaccin, qui disaient : "Regardez ça ! Regardez ça !", puis les jetaient dans la foule. Vous pouviez être poursuivi pour les brandir comme ça, donc la meilleure chose à faire était de les faire disparaître. Steven King

Les arguments développés par les premiers antivaccins perdurent pendant des années et traversent les pays, comme la peur de l’empoisonnement ou celle de contracter d’autres maladies. 

Finalement, après deux siècles de débats, de confrontations et de caricatures, la variole a été éradiquée en 1980. Mais d’autres maladies, comme la rougeole, sont en pleine recrudescence à cause du refus de la vaccination.

58 min