À l'origine du salon de coiffure : Martha Matilda Harper - #CulturePrime

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À l’origine du salon de coiffure : Martha Matilda Harper

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Il vous manque cruellement aujourd'hui ? Voici comment une entrepreneuse à la chevelure extraordinaire a révolutionné les soins du cheveu en ouvrant le premier salon de coiffure au monde.

Martha Matilda Harper ouvre le tout premier salon de coiffure dans la ville américaine de Rochester en 1888. Elle propose une activité révolutionnaire : coiffer les femmes dans une boutique. Jusqu’ici, couper, teindre, coiffer ses cheveux dans un endroit public était jugé indécent pour les femmes. 

Il existait des barbiers pour les hommes mais à l’époque victorienne, il était considéré normal que ce soient les servantes qui entretiennent les cheveux des dames. Donc, c’était un concept totalement nouveau. Jane R. Plitt, historienne

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Mais Martha Matilda Harper n’a pas révolutionné que l’entretien des cheveux. Elle est l’une des plus grandes entrepreneuses de la fin du XIXe siècle.

Un tonique pour cheveux va changer sa vie

Née en 1857 dans un village rural de l’Ontario, la Canadienne connaît une enfance pauvre et difficile. Elle devient servante à l’âge de 7 ans et ne reçoit presque aucune éducation. Mais Martha Matilda Harper est brillante et rêve d’indépendance. Elle comprend que les femmes de l’époque ont une existence limitée et à 25 ans, elle décide de changer de vie en tentant sa chance aux États-Unis.

Je pense qu’elle était désespérée. Son dernier employeur canadien venait de mourir. C'était un docteur éclairé, qui lui a appris des soins pour rendre les cheveux sains. Sur son lit de mort, il lui a donné la composition du tonique pour cheveux qui avait rendu sa chevelure extraordinairement robuste et longue. C’est comme si elle avait désormais une clef. Comme si avec la composition de ce tonique, elle allait pouvoir changer sa vie. Jane R. Plitt, historienne

Martha Matilda Harper avait des cheveux extrêmement longs et robustes.
Martha Matilda Harper avait des cheveux extrêmement longs et robustes.
- Rochester museum

Un flair naturel pour le marketing

À 25 ans, elle emménage sur la côte Est avec seulement 60 dollars en poche et économise son salaire de servante pendant six ans supplémentaires pour réaliser son rêve. À 31 ans, elle ouvre sa première boutique dans le bâtiment le plus luxueux de la ville : le Powers Building de Rochester. Elle crée un rituel de beauté unique : massage du cuir chevelu, shampoing, coupe des cheveux. Elle attire les foules grâce à son flair naturel pour le marketing et décide de promouvoir sa marque avec la photo de ses propres cheveux.

Elle avait des cheveux qui touchaient le plancher. La seule différence c’est que Raiponce avait attendu un prince pour la sauver, alors qu’elle s’est sauvée elle-même. Jane R. Plitt, historienne

Martha Matilda Harper a développé sa propre gamme de produits à base d'extraits naturels.
Martha Matilda Harper a développé sa propre gamme de produits à base d'extraits naturels.
- Rochester museum

Une redoutable commerciale à l'origine de la franchise 

Martha Matilda Harper développe ses propres produits pour cheveux composés d’extraits naturels et refuse de faire des couleurs, qu’elle jugeait toxiques. Mais elle s’impose aussi en commerciale redoutable, à l’origine du concept de la franchise.

À mesure que la demande a explosé, l'idée lui est venue de créer une opération “mère”  avec des “satellites” tout autour du monde. D’abord, c’était une façon pour elle d’utiliser son entreprise pour changer la société. Elle ne plaçait que des femmes pauvres à la direction des boutiques franchisées. Mais c’était aussi une stratégie brillante parce que ces femmes étaient très loyales. Elle a donc ouvert 500 boutiques dans le monde et les gens savaient que le traitement serait identique, peu importe le lieu. Jane R. Plitt, historienne

Martha Matilda Harper a recruté des femmes pauvres pour diriger ses franchises (1891).
Martha Matilda Harper a recruté des femmes pauvres pour diriger ses franchises (1891).
- Rochester museum

La “méthode Harper” de formation et de franchise continue d’être utilisée par les plus grandes multinationales contemporaines. Tout comme sa chaise à shampoing inclinable qui s’est imposée comme un objet central et symbolique du salon de coiffure moderne.

À réécouter : La coiffure, sculpture de soi ?