À Pékin, le stade du "Nid d'oiseau" : sport, art et propagande

Publicité

À Pékin, le stade du "Nid d'oiseau" : sport, art et propagande

Par

Stadium | Son toit ouvert, ses poutres en acier entrelacées et ses Jeux olympiques d'été comme d'hiver ont fait du "Nid d'oiseau" un stade historique. Un monument qui a sacré l'homme le plus rapide du monde, Usain Bolt. Mais dont le conseiller artistique chinois originel, Ai Weiwei, dénonce le détournement.

Le "Nid d’oiseau" rime plus que jamais avec JO. Ce dimanche soir, la cérémonie de clôture des Jeux olympiques d'hiver 2022 se tiendra au stade national de Pékin (en chinois : 北京国家体育场 Běijīng Guójiā Tǐyùchǎng). Après déjà la cérémonie d'ouverture et les Jeux d'été de 2008. Du jamais vu dans un seul et même stade ! Cet édifice de 333 m de long, 294 m de large, 69 m de haut et 80 000 places est peut-être l’un des plus beaux stades du monde. Une chose est sûre, il est au moins le plus original avec ses enchevêtrements alambiqués de poutres en acier qui le font effectivement ressembler à un gigantesque nid. Mais il est aussi devenu une vitrine du régime de Xi Jinping, rejetée par un de ses concepteurs, le Chinois et artiste contemporain majeur : Ai Weiwei.

25 min

Mécanique suisse

Il existe un point commun entre les stades de Bordeaux, de Munich et le "Nid d’oiseau" à Pékin ! Ils ont tous les trois été imaginés par des architectes suisses installés à Bâle, le cabinet Herzog & de Meuron. Jacques Herzog et Pierre de Meuron ont réalisé 3 des stades récents les plus réussis au niveau architectural. Mais pas seulement : Herzog et de Meuron ont aussi dessiné la Tour triangle, dont la construction très polémique vient de débuter à Paris et qui deviendra le troisième bâtiment le plus haut de la capitale, derrière la Tour Eiffel et la tour Montparnasse.

Publicité
Les architectes Jacques Herzog (à gauche) et Pierre de Meuron en 2017 en Allemagne.
Les architectes Jacques Herzog (à gauche) et Pierre de Meuron en 2017 en Allemagne.
© Getty - Daniel Reinhardt / Picture alliance

Dans un autre genre, ils ont inventé la Tate Modern à Londres. Les deux Suisses ont été chargés de transformer une centrale électrique désaffectée en musée, un bâtiment devenu, depuis, l’un des symboles du nouveau Londres.

Un miracle architectural de 45 000 tonnes d’acier

Avec le "Nid d’oiseau", l’objectif du gouvernement chinois était de faire sortir de terre un lieu unique, digne d’accueillir les Jeux olympiques et paralympiques de 2008, susceptible de bluffer le monde du sport et au-delà. Une œuvre d’art et de propagande. 

Un soldat chinois aux abords du stade lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'été de 2008.
Un soldat chinois aux abords du stade lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux d'été de 2008.
© Getty - Lucas Oleniuk / Toronto Star

L’appel d’offres est lancé le 19 décembre 2002. En avril 2003, Herzog et de Meuron sont déclarés vainqueurs et la construction débute le 23 décembre suivant. Avec le concours de l'architecte de leur agence Stefan Marbach et du Chinois Li Xinggang.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

17 000 ouvriers sont mobilisés pour assembler 45 000 tonnes d’acier et en faire un véritable monument. Sculpteur, performer, photographe et architecte, le Chinois Ai Weiwei est engagé comme conseiller artistique. Il est présenté à l’époque comme la caution chinoise du projet. Assez cocasse lorsque l’on sait qu’aujourd’hui, Weiwei, après un séjour en prison en 2011 a quitté le pays pour devenir l’un des symboles de la lutte contre le pouvoir chinois. 

Le dissident et défenseur des droits de l'homme chinois AI Weiwei à Idomeni, en Grèce, en mars 2016.
Le dissident et défenseur des droits de l'homme chinois AI Weiwei à Idomeni, en Grèce, en mars 2016.
© Getty - Carsten Koall

L’artiste vit désormais au Portugal après des séjours en Allemagne et au Royaume-Uni. Dans son récent livre 1 000 ans de joies et de peines, Ai Weiwei a écrit sur la conception du stade, qui s'inspire de l'art de la céramique chinoise. Il "visait à transmettre le message que la liberté était possible", explique-t-il, et "résumait quelque chose d'essentiel sur la démocratie, la transparence et l'équité". Mais dans un entretien à CNN il y a quelques jours, l'artiste exilé confie regretter le sort actuel du bâtiment : "Pour moi, c'est une grande déception, non seulement dans la façon dont il est utilisé, mais aussi dans les directions que la Chine (a prises) au cours des dernières décennies."

15 min

5 000 ans d'histoire de la Chine

Le stade national de Pékin est officiellement inauguré le 28 juin 2008, mais sa véritable date de naissance reste le 8 août 2008, à 20 heures 08, avec le début de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’été. Une manière de mettre toutes les chances de son côté, puisque le 8 est un chiffre porte-bonheur en République populaire de Chine. C’est le cinéaste Zhang Yimou, le réalisateur du Sorgo Rouge ou d’Épouses et concubines, qui conçoit et dirige cette cérémonie, en compagnie du chorégraphe Zhang Jigang, mondialement connu pour avoir créé la danse des milles mains. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Cette cérémonie restera comme celle de la démesure avec ses 14 000 figurants, la plus chère de l’histoire olympique aussi, avec ses 100 millions de dollars de budget, un minimum après tout, pour raconter 5 000 ans d’histoire de la Chine aux 91 000 spectateurs du "Nid d’oiseau" et à plus de 4 milliards de téléspectateurs à travers le monde.

Usain Bolt dans son nid, à la vitesse de l'éclair

Pour bien comprendre le "Nid d’oiseau", il ne faut pas passer à côté de sa dimension symbolique. Les Chinois veulent imaginer leur pays comme un magnifique oiseau. Et le stade national serait le nid fantasmé depuis lequel le monde regarderait la Chine s’envoler. 

Mais au-delà d’un pays, c’est un athlète que la planète sport a vu s’envoler au "Nid d’oiseau" : le Jamaïcain Usain Bolt, triple champion olympique à Pékin. D’abord sur 100 mètres, avec un record du monde à la clef, en 9 secondes 69. Puis sur 200 mètres avec un autre record du monde en 19 secondes 30 et enfin avec ses collègues du relais 4 fois 100 mètres jamaïcain en 37 secondes 10. Neuf ans plus tard, en janvier 2017, le comité international olympique retirera cette dernière médaille d’or et ce record à Usain Bolt après une nouvelle analyse des échantillons et le contrôle positif de Nesta Carter, l’un des relayeurs jamaïcains. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Un record du monde pour un funambule ouïghour

Après les JO de 2008, le "Nid d’oiseau" connait une période assez triste. Sans club résident, le stade, à peine entretenu, tombe un peu en déshérence. Le problème de sa reconversion se pose :  Relativement excentrée, au Nord de la capitale Chinoise, sans club résident, pas forcément très bien desservi par les transports en commun, le "Nid d’oiseau" doit se contenter d’accueillir quelques concerts, une Supercoupe d’Italie de football délocalisée ou un meeting d’athlétisme par an. Le funambule Adili Wuxor a même le loisir d’exercer son art dans le ciel du "Nid d’oiseau", à tel point que "le prince (ouïghour) de la marche sur corde raide" y bat en juillet 2010 un record du monde en l'air de plus de cinq heures par jour pendant deux mois. 

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Et l’hiver, le stade et ses abords se transforment en station de sports d’hiver. C’est beau, mais c’est peu pour un équipement, dont le coût de fonctionnement annuel se situe tout de même aux alentours de 6 millions et demi d’euros. 

Gros sentiment de gâchis jusqu’aux championnats du monde d’athlétisme en 2015. Pour l’occasion, la Chine offre une jolie toilette à son "Nid d’oiseau". Après les Jeux de 2008, la taille de l’enceinte avait été réduite de 11 000 places pour passer de 91 000 à 80 000 spectateurs. Mais le stade revit et l’homme providentiel se nomme encore Usain Bolt. Le drôle d’oiseau jamaïcain est décidément chez lui au stade national et comme en 2008, il repousse les limites et réussit son 3e triplé aux championnats du monde après ceux de 2009 à Berlin et de 2013 à Moscou : à Pékin, il remporte encore le 100 mètres, le 200 mètres et le relais 4 fois 100 mètres. Le roi Bolt devient empereur de Chine.

Usain Bolt dans son "Nid d'oiseau" le 29 août 2015, après une nouvelle victoire jamaïcaine au relais 4 x 100 m.
Usain Bolt dans son "Nid d'oiseau" le 29 août 2015, après une nouvelle victoire jamaïcaine au relais 4 x 100 m.
© AFP - Franck Fife

Été comme hiver

Le "Nid d’oiseau" restera comme le seul stade au monde à avoir accueilli la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques d’été et la cérémonie d’ouverture des jeux d’hiver. L’été en 2008 et l’hiver en février 2022. Un constat s’impose : le "Nid d’oiseau" est beau toute l’année… et il serait vraiment dommage que le sport mondial se prive trop longtemps de cet incroyable écrin qui en seulement quatorze ans et déjà devenu l’un des plus importants et des plus remarquables temples du sport.

Avec la collaboration de Chadi Romanos

Le stade national de Pékin le 27 janvier 2022.
Le stade national de Pékin le 27 janvier 2022.
© Getty - VCG
23 min

> Le Madison Square Garden, Wimbledon ou la Bombonera de Buenos Aires, découvrez "Stadium", une histoire des temples du sport