Publicité

À Prague, les héritiers de Václav Havel à l'assaut des populismes

Par
Petr Fiala, tout juste nommé Premier ministre par le président tchèque Milos Zeman, le 28 novembre 2021 à Prague.
Petr Fiala, tout juste nommé Premier ministre par le président tchèque Milos Zeman, le 28 novembre 2021 à Prague.
© Maxppp - MARTIN DIVISEK/EPA/Newscom

Dix ans après la mort de l’artisan de la Révolution de velours en République tchèque, un héritier de Václav Havel tourne la page sur un épisode difficile de l’histoire du pays. Face aux populistes, Petr Fiala esquisse un espoir de regain démocratique à Prague mais aussi dans toute la région.

Il vient à peine d’être nommé Premier ministre, il n’a pas encore de gouvernement, mais déjà, Petr Fiala est pressé de toute part de lancer une grande lessive. Comme une envie, dans les milieux démocrates de Prague et, plus largement, d’Europe centrale, d’aller de l’avant.

Car depuis 2017 et l’arrivée au pouvoir d’Andrej Babiš, l’exécutif tchèque avait des airs d’ancien régime, avec un président, Milos Zeman, ancien communiste, pro-russe, pro-chinois et populiste, et un Premier ministre, Babiš, accusé par ses opposants d'être un ancien agent de la StB – le KGB tchécoslovaque – et un allié du Parti communiste. Tout l’opposé de l’héritage de la Révolution de velours, que Petr Fiala, à la tête de la coalition Spolu (ODS, KDU-ČSL, TOP 09), peut aisément revendiquer.

Publicité

L’histoire politique du nouveau Premier ministre tchèque est intimement liée à la lutte des dissidents pro-démocratique, au combat des amis de Václav Havel, disparu il y a tout juste dix ans. Petr Fiala porte la mémoire de la lutte contre un régime qui s’est efforcé de museler une élite intellectuelle et bourgeoise attachée aux droits de l’homme : celle du dramaturge Václav Havel, mais aussi des journalistes Jiri Dienstbier et Petr Uhl.

Toute une vie
58 min

Une inspiration commune

L’ODS, le Parti démocratique civique, dont Fiala est le chef, est directement issu du mouvement dirigé par l’artisan de la Révolution de velours. Il est né en 1988 d’une scission au sein du Forum civique entre les libéraux de droite de Václav Klaus (l’ODS) et les plus centristes de Jiri Dienstbier.

Mais au-delà du seul parti de Fiala, la coalition des opposants à Babiš, Spolu, s’inscrit dans le combat pro-démocratique, notamment celui des signataires de la Charte 77, réunissant les dissidents opposés au régime de la République socialiste tchécoslovaque.

L’Union chrétienne démocrate-Parti populaire tchécoslovaque (KDU-ČSL), issue des partis démocrates-chrétiens de l’Empire Habsbourg, sera de tous les gouvernements de la première république de 1921 à 1938 puis de l’exécutif en exil à Londres pendant la guerre. Elle rejoindra naturellement les dissidents face au régime communiste. Issu de KDU-ČSL, le très pro-européen TOP 09, enfin, a été créé par un ancien conseiller du président Havel, compagnon de la Révolution de velours, le prince Karl Johannes Nepumuk Josef Nortbert Friedrich Antonius Wratislav Menz, plus connu sous le nom de Karel Schwarzenberg à Prague.

Un combat régional

Pete Fiala lui-même a fait ses armes politiques dans la dissidence. Étudiant, de 1984 à 89, il a créé à Brno, la deuxième ville de la République tchèque et la « capitale » de la Moravie, une « université clandestine » qui diffuse des « samizdat » – des publications clandestines – comme la Revue 88, sur le principe de la Charte 77. Activisme, civisme et indépendance ont donc rythmé sa jeunesse politique.

Et naturellement, aujourd’hui, nombre de Tchèques veulent voir en lui le fossoyeur des populistes. Sans parler des voisins, des Slovaques aux Hongrois en passant par les Polonais, qui voient en Fiala est une rare opportunité de faire un pas de plus vers l'Europe occidentale. Dans cette voie, son gouvernement, pourra compter sur l’aide des réformistes pro-européens d’Eduard Hegel, en Slovaquie. La promesse d’une nouvelle alliance pour contrer le front populiste formé par Viktor Orbán en Hongrie et Andrzej Duda en Pologne, à l’instar de l’Union des capitales d’Europe centrale, Varsovie, Prague, Bratislava et Budapest, dont les quatre maires centristes font un bloc contre les populistes.

D’ici là, il reste, pour Petr Fiala, à former un gouvernement, en tenant compte notamment d’une composante importante de la nouvelle chambre des députés : le parti Pirates et maires, fort de 37 sièges, sans qui la majorité reste acquise aux populistes de l’ANO.