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A quand la fin du monde ? Cinq scénarios d'apocalypse à venir

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Le Hamadela en éruption, en Ethiopie.
Le Hamadela en éruption, en Ethiopie.
© Getty - Johnny Haglund

Une fiction sous-marine, sur une Terre submergée par les eaux, à cause du changement climatique... c'est ce que propose le podcast natif "L'Appel des Abysses". Mais est-ce une fin du monde crédible ? Des super-volcans aux éruptions solaires, quelle apocalypse l'espèce humaine devrait-elle redouter ?

Le podcast natif L’Appel des Abysses est sorti ces derniers jours sur France Culture, une fiction en 10 épisodes à écouter en son binaural. Les auteurs y racontent un monde né d’un cauchemar : celui d’une Terre qui porte mieux encore son nom de planète bleue, à force de réchauffement climatique et de fonte des pôles. Ce scénario littéralement en “immersion”, puisqu’il se déroule en profondeur, prend ses racines dans l’hypothèse d’une apocalypse maintes fois envisagée : celui du changement climatique et de ses conséquences sur la topographie de la Terre. Une fin du monde qui s’ajoute à la liste des possibles apocalypses déjà envisagées très sérieusement par les scientifiques. Petit tour d’horizon des fins de l’humanité. 

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Le changement climatique, menace la plus imminente 

Des personnes patientent à l'extérieur de leur maison inondée, après le passage de l'ouragan Irma, en Floride.
Des personnes patientent à l'extérieur de leur maison inondée, après le passage de l'ouragan Irma, en Floride.
© Getty - Jabin Botsford/The Washington Post

Dans L’Appel des Abysses, l’océan a recouvert les continents et l’air est devenu irrespirable. Le poditeur n’en saura guère plus, a minima au début. Mais ce futur est-il crédible ? Malheureusement oui, à en croire les scénarios envisagés par le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), d'autant que l’enrayement de l’augmentation de la température est mal engagé. 

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D'après une étude publiée en février dernier dans la revue Nature, l'élévation du niveau de l’eau sera de 0,55 m d’ici la fin du siècle… dans les prévisions les plus optimistes. Elle sera probablement plus proche de 0,80 m. A l'horizon 2300, le niveau de l’eau aura au mieux augmenté de 0,70 m à 1,20 m. Mais si les politiques de stabilisation de l'élévation de la température par la diminution des gaz à effets de serre échouent, à ce rythme, l'élévation du niveau des océans sera plutôt de l’ordre d’1,6 m. 

Plus récemment, une étude d’une équipe internationale de climatologues, publiée dans la revue Nature et basée sur les archives paléo-climatiques, précise que les différents modèles climatiques pourraient bel et bien sous estimer l’impact d’un réchauffement de 2°C et qu’“une fonte substantielle du Groenland et de l'Antarctique à long terme, [pourrait] engendrer une hausse du niveau de la mer de plus de 6 mètres qui persistera des milliers d'années”. 

Si on est encore loin d’imaginer l'être humain contraint de migrer sous l’eau, faute de place sur le plancher des vaches, ce bouleversement climatique n’en risque pas moins d’entraîner des exodes massifs de population avec les conflits afférents : près de 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes. 

En mars dernier, l'émission Cultures Monde revenait sur les premières conséquences de ces variations climatiques : 

A cause des inondations, on estime que plus de 20% du territoire pourrait disparaître sous les eaux dans les années à venir. Ce qui entraînerait la migration de 60 millions de personnes d’ici à 2050.

Moussons, inondations, montée de la mer : les deltas face aux aléas du climat (Cultures Monde, 06/03/2018)

59 min

Évidemment, le changement climatique n’a pas pour seule conséquence la montée des eaux : une des autres grandes craintes qu’il apporte avec lui est celle de l’effondrement des écosystèmes terrestres. Entre les phénomènes climatiques, la pollution atmosphérique et l’urbanisation, la mise à mal de l’environnement pourrait avoir un effet boule de neige et provoquer un effondrement systémique. Au rythme où les espèces disparaissent, l’espèce humaine, en détruisant les écosystèmes, pourrait mettre à mal sa propre survie, faute de rester en capacité de se nourrir. 

Matières à penser avec Dominique Rousset
44 min

L’éruption d’un super-volcan suivie d'un hiver volcanique

Illustration de l'éruption d'un super volcan : elle pourrait atteindre jusqu'à 10 km de hauteur.
Illustration de l'éruption d'un super volcan : elle pourrait atteindre jusqu'à 10 km de hauteur.
© Getty - MARK GARLICK/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Au rang des fictions qui exposent un cataclysme dont on ignore précisément les origines, le roman La Route, de Cormac McCarty, dépeint un monde post-apocalyptique où les protagonistes marchent dans un environnement sans cesse recouvert par des cendres tombant du ciel. L’ouvrage ne précise jamais comment cette fin du monde s’est déroulée : il pourrait s’agir d’un hiver nucléaire comme des conséquences de l’éruption d’un super-volcan.

Si la menace ne semble pas imminente, ces gigantesques cheminées naturelles sont surveillées de près. Et pour cause : les éruptions des super-volcans sont classées 8 sur l’échelle de l’indice d’explosivité volcanique, le grade le plus élevé connu. En comparaison, l'éruption du volcan Krakatoa en 1883, en Indonésie, n'atteignit "que" un indice de 6 sur la même échelle, l'équivalent de 13 000 bombes d'Hiroshima et fit plus de 36 000 victimes.

Les éruptions de super-volcans connues ont quant à elles plusieurs milliers d'années. Ainsi, il y a 73 000 ans, l'éruption du volcan Toba, au sud de l’Indonésie, a projeté tant de cendres dans l’atmosphère qu’il a déclenché un hiver volcanique d’une durée de 6 à 10 ans. Selon une théorie, cet hiver volcanique a été responsable de rien de moins que la disparition de plusieurs espèces d’hominidés, ne laissant qu’une population de quelques milliers d’individus en Afrique. 

On compte de nombreux super-volcans dans le monde, mais le plus connu est sans doute Yellowstone, dont la caldeira est le plus grand système volcanique au monde. Son dernier réveil remonte à 640 000 ans et, selon l’institut de géologie américain, les chances annuelles d’une éruption sont pour le moment d’une sur 730 000. Très faibles donc, mais avec une chambre magmatique de 90 km de long sur 20 km de large, et un réservoir plus grand encore à plus de 20 km de profondeur, l’éruption de ce géant volcanique entraînerait sans doute possible un hiver volcanique. 

En janvier 2017, La Méthode scientifique revenait sur le volcanisme, et consacrait un passage à la question des super-volcans. Jacques-Marie Bardintzeff, volcanologue et professeur à l’université Paris-Sud Orsay, décrivait les conséquences apocalyptiques de ce genre d'éruptions :

A partir d'1 km3 de matériaux solides, de laves ou de cendres, une éruption est importante. une éruption comme le Vésuve a fait peut-être 10 ou 20 km3. [...] Une super éruption fera 1000 à 3000 km3... Heureusement, comme elle est mille fois plus importante, elle est aussi 1000 fois moins fréquente. [...] Si une éruption comme celle du Yellowstone se reproduisait aujourd'hui, ce serait les Etats-Unis sous la cendre, les moyens de transports bloqués, ce serait une destruction de type nucléaire à 100 km à la ronde autour de Yellowstone, des modifications climatiques sur l'hémisphère nord et les ports d'Hambourg et d'Anvers pris dans la glace... C'est apocalyptique, on ne pourrait rien y faire. Peut-être que dans les siècles à venir on trouvera une solution ?  

Volcans : ces éternels imprévisibles ? (La Méthode scientifique, 24/01/2017)

58 min

Une tempête solaire et la fin du réseau électrique  

  Une éruption solaire survenue le 31 août 2012. En bas à gauche, la Terre mise à l'échelle.
Une éruption solaire survenue le 31 août 2012. En bas à gauche, la Terre mise à l'échelle.
- NASA

Le nom a de quoi inquiéter, et pourtant il ne s’agit pas d’être plongé dans les traînées de feu incandescentes en provenance directe du soleil. Non, une tempête solaire serait plutôt le synonyme d’un blackout électrique : internet hors service, électricité coupée. Une éruption solaire pourrait mettre sérieusement à mal notre civilisation alimentée au tout électrique. 

Une tempête solaire est en réalité une tempête magnétique, envoyée par notre Soleil dans le vide spatial. Lors de gigantesques éruptions, l’étoile éjecte des salves de particules magnétiques. C’est un phénomène très fréquent et ces particules, absorbées par le champ magnétique de la Terre, donnent d’ailleurs naissance aux aurores boréales qu’on peut observer aux pôles. 

Mais si une éjection de masse coronale - pour désigner cette éruption magnétique par son nom scientifique - d’une grande intensité venait à atteindre la Terre, elle pourrait avoir des conséquences désastreuses. La dernière en date est nommée l'événement de Carrington : en 1859, cette éruption solaire a fait griller les réseaux télégraphiques de l’époque, et on a pu apercevoir des aurores boréales jusqu’au Texas ou à Cuba ! En mars 1989, une éruption de moindre intensité avait privé six millions de personnes d’électricité pendant 9 h. 

Si une éruption d’une telle intensité devait survenir aujourd’hui, les dégâts seraient autrement plus considérables. Non seulement les satellites, et donc le réseau télecom, seraient partiellement détruits, mais sur Terre, les transformateurs électriques, indispensables au réseau, risqueraient de surcharger et de griller. Or ils sont extrêmement difficiles à remplacer. 

L’agence spatiale américaine prend ce risque très au sérieux. Dans un rapport consacré aux conséquences économiques et sociales de ce type d’évènements paru en 2009, elle prévoyait un effondrement du système en quelques heures : “La distribution d’eau serait affectée en quelques heures, les denrées périssables et les médicaments seraient perdus en 12 à 24 heures, le chauffage, l’air conditionné, le traitement des eaux usées, les services téléphoniques, la distribution de carburant”, tout ce qui fait notre confort moderne serait hors d’usage. La NASA préconisait donc, dès 2009, d’améliorer les infrastructures afin de résister à ce type de menaces. Un vœu jusqu'ici resté pieu. 

Anticiper les éruptions solaires, c'est "tout le but de la prédiction de l'activité du soleil, c'est tout ce qu'on est en train de faire en terme de préparation de missions futures et en terme de théorie d'analyse des données", expliquait Miho Janvier, chercheuse à l'Institut d'astrophysique spatiale, en novembre 2017 dans La Méthode scientifique :

La raison pour laquelle on n'a pas encore une compréhension complète des éruptions solaires, c'est qu'il nous manque la compréhension du champ magnétique. Sauf que les mesures que l'on a du champ magnétique ne se font que dans la couche surfacique du soleil, voire peut-être les altitudes beaucoup plus basses de l'atmosphère du soleil. On est en train de se demander comment développer des instruments qui permettraient d'avoir une compréhension plus globale des champs magnétiques du soleil.  

Soleil : les derniers mystères de notre étoile (La Méthode scientifique, 13/09/2017)

58 min

La sonde Parker Solar Probe, envoyée en août dernier à destination de notre étoile, devrait permettre une meilleure compréhension des variations du champ magnétique de la couronne solaire et, idéalement, de mieux en anticiper les éruptions. 

66 millions d'années après les dinosaures : l’impact d’un astéroïde

Vue d'artiste de l'impact d'un astéroide sur Terre.
Vue d'artiste de l'impact d'un astéroide sur Terre.
© Getty - MARK GARLICK/SCIENCE PHOTO LIBRARY

En février 2013, une météorite avait explosé au dessus de la ville russe de Tchéliabinsk, en Russie. D’un diamètre d’environ 15 m, elle a explosé en vol en libérant une puissance estimé à 440 kilotonnes de TNT, soit 30 fois la puissance de la bombe Hiroshima. L'onde de choc a détruit des milliers de vitres et fait plus d'un millier de blessés : un rappel que, face aux astéroïdes, l’être humain reste sans ressources.

Déjà en Russie, et plus précisément en Sibérie, en 1908, à Toungouska, une météorite s’était écrasée en détruisant la totalité d’une forêt sur près de 20 km et déracinant 60 millions d’arbres. La déflagration s'était entendue dans un rayon de 1500 km.

Face à des événements d’une telle ampleur, avec des objets de quelques mètres à peine, la perspective d’un astéroïde encore plus imposant a de quoi inquiéter. Après tout, ce serait bien la chute d’une météorite sur le Yucatán, il y a 66 millions d’années, qui aurait été, au moins en partie, à l’origine de la disparition des dinosaures.

Les plus petits météores eux ne sont pas une grande menace : l’atmosphère nous en protège en les désintégrant lors de leur arrivée sur Terre. La NASA estime cependant à 110 000 le nombre d’astéroïdes qui représentent une menace pour la planète bleue. L’agence américaine a d’ailleurs recensé 95 % de ceux les plus dangereux, c’est-à-dire d’une taille supérieure à un km de diamètre.

Du côté de l’agence spatiale américaine comme de celui de l’ESA la menace est prise très au sérieux, et des programmes sont régulièrement lancés pour anticiper au mieux les risques. L’Agence spatiale européenne a ainsi créé NEOShield, un programme qui vise à modifier la course d’un astéroïde qui se dirigerait vers la Terre. 

En 2012, prétendues prévisions mayas oblige, l'émission Science publique se demandait si un astéroïde pouvait ou non provoquer la fin du monde :

Le 13 avril 2037 l'astéroïde Apophis doit croiser l'orbite de la Terre avec un risque de collision qui a été évalué au moment de sa découverte à 1 sur 37 : ce qui peut paraître une probabilité faible était considérée comme très inquiétante par les astronomes. Heureusement, cette probabilité a été fortement réduite depuis. Une chance d'autant plus importante que le choc équivaudrait à 58 000 bombes atomiques.

Un astéroïde peut-il provoquer la fin du monde ? (Science publique 26/10/2012)

57 min

Une pandémie

Un exercice testant les protocoles d'intervention en cas de rapatriement sanitaire d'un patient atteint d'Ebola.
Un exercice testant les protocoles d'intervention en cas de rapatriement sanitaire d'un patient atteint d'Ebola.
© Getty - Robert DEYRAIL

La crainte revient à chaque nouvelle crise sanitaire. La dernière en date, l'épidémie d'Ebola qui a éclaté en Afrique de l’Ouest en 2013, avait fait plus de 11 000 victimes. Et chacun de ces épisodes est l’occasion d’évoquer les grandes pandémies qui ont touché le monde au cours de l’Histoire, à commencer par la peste noire, mais aussi en évoquant la grippe espagnole de 1918, qui a fait entre 50 et 100 millions de morts. 

Pour parler de pandémie, il faut qu’une épidémie se répande au niveau mondial. Pour l’OMS, la perspective d’une grippe pandémique est ainsi à prendre très au sérieux. Dans un monde ultra centralisé et connectée, elle pourrait “entraîner des millions de décès et anéantir plus de 1% du PIB mondial”. 

Reste que l’apparition d’un virus capable d’anéantir à lui seul l’espèce humaine reste improbable. Il devrait en effet combiner plusieurs facteurs : être capable de s’adapter à l’homme, les virus étant souvent transmis depuis le règne animal, très mortel et extrêmement facile à transmettre. Pour Berthe-Marie Imbert-Marcille, professeur de virologie à l'Université de Nantes, “le point le plus évident c’est qu’on a une très grande variabilité entre les individus chez les humains. On est une espèce où il y a eu beaucoup d’évolutions, face à une si grande diversité, il est impossible qu’un agent pathogène éradique l’humanité”.

En novembre 2016, La Méthode scientifique se prêtait à l’exercice de la fiction en imaginant quelles seraient les réactions en cas de pandémie mondiale : 

On commence à connaître un peu mieux la nature du virus qui a touché 40  000 personnes et fait près de 30 000 morts, principalement en Amérique du Nord et en Asie au cours des dernières semaines. Il s’agit d’un virus géant de type variolique, certainement remonté à la surface suite à des forages dans le pergélisol canadien. Les autorités sanitaires de tous les pays sont invitées à prendre des dispositions pour éviter les déplacements et endiguer cette première vague épidémique dans l’attente de la synthèse d’un vaccin efficace.

Contamination : le scénario d’une pandémie mondiale (La Méthode scientifique, 18/11/2016)

58 min