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A quoi sert votre région - 3/5 : la culture

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Carte. Compétence non obligatoire, le soutien à la culture est le fruit de politiques régionales volontaristes et donc inégalement partagées sur le territoire, comme le montre notre carte, bilan de cinq ans de politiques culturelles.

Suppression de festivals, crise du régime des intermittents, baisse des subventions... Face aux économies de l’Etat, à l'avenir incertain des départements, aux coupes budgétaires de certaines municipalités ( Grenoble, Lyon, Dijon, Orléans...), les régions, confirmées dans leur rôle par la récente loi de décentralisation, apparaissent comme les derniers remparts publics de la vie culturelle.Survolez ou cliquez sur chaque région pour obtenir dans les infobulles des précisions sur les budgets consacrés à la culture depuis 2011, rapportés à la population, et des exemples de mesures significatives prises durant le mandat qui s'achève :

  • Sources : Budgets réalisés des Conseils régionaux 2011, 2012, 2013, 2014 (investissement et fonctionnement, chapitre 3 : "culture, sport et loisirs").*

" culturelle sauvée par les régions ?

Les budgets culturels des régions :

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  1. le spectacle vivant : 36,5% du budget de la culture, avec 267M€ : festivals, infrastructures, subvention de troupes, diffusion de spectacles...
  2. le patrimoine: 17% du budget, avec 125M€ pour des politiques structurantes comme l'inventaire général du patrimoine culturel, dévolu aux régions depuis 2004 : repérage, restauration et valorisation du patrimoine local (industriel, montagnard...), en concertation avec la Recherche (Etat).
  3. le cinéma et l'audiovisuel : 11% du budget. Spécifique aux régions, qui développent l'économie locale et l'attractivité des territoires en organisant tournages ou résidences de cinéastes, via les agences culturelles régionales, comme Ciclic (Centre-Val de Loire) ou Ecla (Aquitaine).
  4. les arts plastiques: co-financement avec l'Etat des Fonds Régionaux d'Art Contemporain, les FRAC, dont on fêtait les 30 ans en 2012, pour lesquels les régions Centre, Auvergne, Corse ou Bretagne ont construit un espace afin d'exposer leurs collections.
  5. le livre et la lecture publique : 32,5M€. En Limousin par ex., aide à l'édition de 201 ouvrages de 2010 à 2015 et chaque année 4 à 6 éditeurs accompagnés (800 000€). 5 à 6 manifestations littéraires aidées chaque année (Foire du Livre de Brive)
  6. les langues régionales : 22,8M€ en Bretagne, Alsace, Picardie ou Corse.

Le monde de la culture est fébrile. Il s'inquiète face au désinvestissement global des acteurs publics : budget du ministère de la Culture en baisse de 4% en 2013 et de 2% en 2014 (même si une légère hausse est prévue en 2016), affaiblissement des subventions des départements et des municipalités de 10 à 30% selon l' Observatoire des politiques culturelles. Les conséquences de la fusion des régions sont également craintes : regroupement d'agences culturelles territoriales, mutualisation d'orchestres, économies d'échelle et donc division de subventions (appréhensions du festival du court-métrage de Clermont-Ferrand pour ne citer que lui, dans la grande région Auvergne-Rhône-Alpes).

Et pourtant, dans les régions, les budgets consacrés à la culture ne cessent d'augmenter depuis la loi de décentralisation de 2004 (+ 11% en moyenne par an jusqu'en 2010 selon l' Association des régions de France), et progressent encore sur le dernier mandat, jusqu'à atteindre aujourd'hui près d'1 milliard d'euros, toutes politiques culturelles régionales confondues.

Aux postes strictement culturels détaillés ci-contre (spectacle vivant au 1e poste de tous les budgets, puis en part variable selon les régions patrimoine, cinéma, arts plastiques...), il faut ajouter le même montant global (environ 450M€), consacré de façon transverse au développement d'emplois culturels (153 emplois associatifs dans 117 structures culturelles en Limousin, pour 2M€ par an), ou à l'éducation artistique dans les lycées (13 "médiateurs artistiques" oeuvrent par exemple dans les lycées d'Ile-de-France, pour 1M€ de budget).

Du chef d'orchestre au chef de file ?

La plus jeune des collectivités locales a mis du temps à rendre lisible sa politique culturelle. La crise des intermittents de 2003 consacre les régions dans leur rôle d'ordonnateur du champ culturel : elles placent autour de la table les différents acteurs du débat, développent une culture commune, prennent davantage de responsabilité en faveur du spectacle vivant, et mettent en cohérence des politiques publiques éparpillées.

*La loi dite Raffarin de 2004 * renforce la décentralisation culturelle en transférant par exemple la compétence d'inventaire général du patrimoine aux régions (identification et valorisation du patrimoine territorial, comme l'art roman en Poitou-Charentes). Les politiques en faveur du cinéma, de la lecture publique et des arts plastiques se structurent, via la généralisation d'"agences régionales", au périmètre variable : le Transfo en Auvergne intervient sur le livre et le spectacle vivant, tandis qu'en Limousin, Oraclim couvre l'ensemble du champ culturel. En Paca, c'est une mission d'observation globale de la vie culturelle que poursuit Arcade, alors qu' Oara en Aquitaine se concentre sur une programmation et l'accueil du public.

Aujourd'hui, les efforts en faveur de la culture ne sont toujours pas obligatoires. Mais ils sont unanimement partagés par les régions. De nombreuses divergences, dues à des politiques plus ou moins volontaristes, sont néanmoins saillantes : montant des financements, types d'aides, secteurs artistiques plus ou moins soutenus, mais surtout "style politique" : les régions Pays de la Loire et Rhône-Alpes ont par exemple anticipé les récentes préconisations de la loi NOTRe de décentralisation (août 2015) pour les appliquer de façon originale à la culture. Ces régions ont mis en place des concertations transversales plutôt que des subventions sectorielles (théâtre, musique...) : le numérique, l'éducation à l'art, les pratiques amateures ou la définition du bien commun porté par la culture sont autant d'axes à partir desquels ces régions font dialoguer aussi bien les acteurs de terrain que leurs compétences : développement économique, aménagement du territoire, formation professionnelle... Cette méthode originale favorise l'innovation et conforte l'assise de cet échelon de collectivité, car sans une identité culturelle forte (Bretagne, Alsace, Nord-Pas-de-Calais...), les régions peinent à peser vis-à-vis des autres acteurs publics, historiquement plus légitimes.

Quelle ambition culturelle pour les régions du futur ? Devenir des laboratoires d’idées, des instances de vision prospective, de moins en moins prise en charge par l’État. Ceci à deux conditions : garantir une marge de manoeuvre financière à nos 13 nouvelles et ambitieuses régions, et réaffirmer l’action culturelle publique comme enjeu politique de premier plan.

*Ce court-métrage réalisé par la région Pays de la Loire est constitué d'extraits de films qui y ont été tournés, aidés ou non par un dispositif régional, et exalte l'attachement au territoire par son traitement cinématographique : *

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"A quoi sert votre région ?", une série en cinq épisodes :

1/5 - Les transports

2/5 - L'économie

4/5 - La formation professionnelle

**5/5 - L’environnement **

**  Et tous nos contenus consacrés aux élections régionales 2015**

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Observatoire des politiques culturelles

Cet organisme national travaille sur l’articulation entre l’innovation artistique et culturelle, les évolutions de la société et les politiques publiques au niveau territorial. En organisant études, séminaires de rencontres, d'informations et de formations continues, l’Observatoire exerce un rôle d’éclaireur pour les professionnels des arts et de la culture, les experts et les élus.

www.observatoire-culture.net