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À Sciences Po, le numérique en débat

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Les représentants numériques des principaux candidats réunis à Sciences Po par le Médialab et l'institut McCourt
Les représentants numériques des principaux candidats réunis à Sciences Po par le Médialab et l'institut McCourt
© Radio France - Grégory Philipps

Le médialab de Sciences Po organisait cette semaine un grand débat sur le numérique, auxquels ont participé les représentants des principaux candidats et partis politiques. Où il a été question de souveraineté numérique, d’égalité des citoyens face à internet ou d’open data.

Pendant un peu plus d’une heure et demi, ils sont six à passer ce grand oral de Sciences Po consacré au numérique. Le débat a été organisé par le médialab (laboratoire interdisciplinaire qui interroge les relations entre le numérique et nos sociétés) et l’institut McCourt (institut de recherche américain créé par l’entrepreneur Frank McCourt). Le numérique occupe une place de plus en plus importante dans le quotidien des citoyens français et européens. Et pour reprendre les termes de l’invitation lancée par Sciences Po, "une attente croissante s’exprime envers les responsables politiques pour qu’ils agissent en faveur d’une plus grande transparence et d’un meilleur respect de la vie privée dans ce domaine du numérique". À l’approche de l’élection présidentielle, les conseillers en charge du numérique des candidats ont donc tous été invités à participer ce débat. Étaient présents : Éric Bothorel, député des Côtes-d’Armor et membre de la majorité LREM ; le sénateur socialiste de la Somme Rémi Cardon, conseiller numérique d’Anne Hidalgo ; Nelly Garnier, élue Les Républicains de Paris et conseillère numérique de Valérie Pécresse ; Samuel Lafont, conseiller numérique d’Éric Zemmour ; l’élu de Paris EELV Sylvain Raifaud, conseiller numérique de Yannick Jadot et Jill-Maud Royer, conseillère numérique de Jean-Luc Mélenchon. Le Rassemblement national a fait faux bond. Tous ont pu partager les points de vue de leurs candidats et discuter de leurs propositions en matière de politique numérique et de gouvernance d’Internet. C’est le directeur du médialab, Dominique Cardon, qui est à l’origine de cette initiative : 

Je pense qu’on aurait besoin de plus politiser le numérique. Nous sommes à un stade où nous devons choisir entre différentes options, qui sont importantes. Et elles sont au cœur du débat que nous avons animé ici ce soir. Il y a un enjeu central : que souhaite-t-on comme modèle d’innovation et de progrès ? Est-ce qu’il faut aller vers le web 3.0, le web 4.0, de manière quasi inéluctable ? Ou bien faut-il choisir une autre orientation ? Certains prônent par exemple une sobriété numérique, et là ça serait une toute autre trajectoire, une autre manière d’imaginer et de réguler Internet. Le numérique pourrait être un formidable thème de la campagne électorale. Mais on sent bien que ça n’est pas vraiment le cas.

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Pourtant, le numérique est un sujet majeur aux yeux de la conseillère de Valérie Pécresse, Nelly Garnier : 

Ceux qui pensent que c’est un sous-sujet de l’économie, qui concernerait uniquement les urbains, sont dans l’erreur. Au moins symboliquement, on a exclu une partie de la population. À mon avis, le numérique doit avoir droit à un ministère plein, qui ne serait pas dépendant du ministère de l’Économie. Un ministère qui serait central au contraire et qui viendrait irriguer toutes les politiques publiques.

Le sénateur socialiste Rémi Cardon partage d’ailleurs à peu près le même constat : "Je considère que la gouvernance du numérique n’a pas été réfléchie par le gouvernement actuel. Cédric O (NDLR : Secrétaire d’État en charge de la transition numérique et des communications électroniques) le dit lui-même : il manque de moyens et de collaborateurs pour travailler sur ces sujets. Force est de constater que l’appareil de l’État ne s’est pas bien préparé à cette transition numérique. Pour toutes ces raisons, il faut un vrai ministère du numérique". 

À l’estrade, le député Éric Bothorel est le représentant de cette "startup nation" dont le modèle avait été défendu par Emmanuel Macron lors sa campagne présidentielle de 2017 : "J’assume ce côté startup nation. Le numérique, c’est un million d’emplois directs ou indirects. La souveraineté passe aussi par-là. La capacité d’avoir d’excellentes filières de formation, et aussi des débouchés pour les uns et pour les autres". 

La souveraineté numérique de la France

Évidemment, face à la domination des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), la question de la souveraineté numérique française (ou européenne) occupe une place centrale dans ces débats. L’idée est défendue par plusieurs représentants des candidats, et notamment par le conseiller numérique d’Éric Zemmour, Samuel Lafont : 

Que veut-on pour la France de 2030, 2040, 2050 ? Veut-on une France puissante ou impuissante ? Veut-on s’inscrire dans le web 3.0 ? Ou au contraire veut-on une France à la ramasse des États-Unis ou de la Chine ? C’est une vraie question, un véritable enjeu. On peut, si la volonté est là, faire de notre pays un champion, une grande puissance numérique. Mais on doit le faire maintenant. Car demain sera trop tard.

Le même Samuel Lafont qui jure que son candidat luttera contre la fracture numérique : "Ici à Paris, nous avons de bonnes connexions. Mais chaque Français sur le territoire doit y avoir aussi droit. Y compris dans les zones rurales. Car les Français de la campagne ne sont pas moins créatifs que ceux des grandes métropoles". 

Internet, un droit constitutionnel

Jill-Maud Royer, conseillère numérique du candidat La France insoumise Jean-Luc Mélenchon, prône elle une inscription dans la Constitution du droit à un accès à Internet pour tous : 

Cela signifie par exemple repasser sous contrôle public un certain nombre d’infrastructures de télécommunications. Cela signifie aussi la mise en place avec les opérateurs de forfaits accessibles à tous, avec une garantie de très haut débit. Il y a des biens communs (énergie, eau) qui doivent être gratuits. On considère qu’Internet fait partie de cette même catégorie.

La conseillère LFI est également favorable au développement du logiciel libre. Elle prône la création d’un cloud français, hébergé par des serveurs de droit français. Il serait disponible pour les entreprises qui le souhaitent, et obligatoire pour les services publics ainsi que pour certain nombre de secteurs stratégiques. 

Chez Europe Écologie - Les Verts, on rappelle enfin qu’en 2019, le numérique a été à l’origine de 3,5% des émissions des gaz à effet de serre. "Une trajectoire insoutenable" estime le conseiller de Yannick Jadot Sylvain Raifaud, qui milite pour un numérique propre et respectueux de l’environnement. Et aussi pour l’Open Code : 

Je rappelle qu’il a fallu que le gouvernement soit condamné pour que le code de Parcours Sup soit ouvert, et qu’enfin on puisse comprendre comment nos enfants étaient orientés à l’université. L’Open Code, c’est un droit. On doit pouvoir savoir à quelle sauce on est mangé quand une décision importante qui nous concerne est prise par un algorithme.

Pour les spectateurs du débat organisé par Sciences Po, "créer une souveraineté numérique européenne" est la priorité.
Pour les spectateurs du débat organisé par Sciences Po, "créer une souveraineté numérique européenne" est la priorité.
© Radio France - Grégory Philipps

À l’issue du débat, le public composé d’une centaine de personnes est invité à dire quelle devrait être la priorité du prochain quinquennat : la réponse "créer les conditions d’une souveraineté numérique européenne" est arrivée largement en tête. 

L'intégralité de ces débats est à retrouver ici. 

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