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Abou Dis "capitale de la Palestine" ? Jamais de la vie !

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Depuis les toits d'Abou Dis, derrière le mur israélien, l'on aperçoit Jérusalem-Est où les Palestiniens veulent établir leur capitale
Depuis les toits d'Abou Dis, derrière le mur israélien, l'on aperçoit Jérusalem-Est où les Palestiniens veulent établir leur capitale
© Radio France - Frédéric Métézeau

A Abou Dis, en Cisjordanie, les habitants ne veulent pas que leur commune devienne capitale du futur Etat palestinien, comme l'a proposé mardi soir le "plan de paix" de Donald Trump. Ils souhaitent que cette capitale siège à Jérusalem-Est. Visite guidée.

Appuyé sur sa canne et répondant à l'appel du muezzin, Adel Abou Salman se dépêche d'aller à la mosquée que borde le mur israélien. "Mur de sécurité" pour les Israéliens, "mur de séparation" pour les Palestiniens, l'édifice est noirci et recouvert de graffitis. Adel, un retraité de 64 ans aux beaux yeux bleus, montre Jérusalem du doigt. Il ne souhaite pas qu'Abou Dis devienne capitale du futur Etat palestinien, comme envisagé par le "plan de paix" de Donald Trump qui concède, grand seigneur, à la rebaptiser Al Quds ("la sainte") qui est le nom de Jérusalem en arabe.

C’est comme ça qu’ils présentent les choses mais la vraie capitale de la Palestine est Jérusalem. C’est à 3 kilomètres d’ici, j'étudiais là-bas et j’avais l’habitude d’y aller en marchant. Par là, tout droit.

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Pour Souad, vendeuse dans une librairie, "Jérusalem est une ville à portée religieuse et historique. Il y a la mosquée Al Aqsa. Renoncer à Jérusalem n'est pas la solution. Nous voulons vivre en paix mais il doit y avoir une autre solution que de renoncer à Jérusalem."

Abou Dis est une ville morne et enclavée absolument pas dimensionnée pour devenir capitale d'un Etat
Abou Dis est une ville morne et enclavée absolument pas dimensionnée pour devenir capitale d'un Etat
© Radio France - Frédéric Métézeau

Une ville très politisée

Abou Dis, près de 11 000 habitants, que même les navigateurs GPS ont du mal à situer, compte peu de commerces et de restaurants. Dans ses rues étroites l'on croise des habitants charmants, peu habitués à voir passer des touristes mais ravis de croiser de nombreux journalistes venus ici depuis trois jours. Sur les murs, les slogans politiques en faveur de l'indépendance et des différentes factions (Fatah, Hamas, FDLP...) sont omniprésents.

Sur la place Yasser Arafat figure la carte de la "Grande Palestine" englobant l'actuel Etat d'Israël et le dôme du rocher de Jérusalem
Sur la place Yasser Arafat figure la carte de la "Grande Palestine" englobant l'actuel Etat d'Israël et le dôme du rocher de Jérusalem
© Radio France - Frédéric Métézeau
Devant une maison d'Abou Dis, un slogan favorable au Hamas appelle à "la résistance"
Devant une maison d'Abou Dis, un slogan favorable au Hamas appelle à "la résistance"
© Radio France - Frédéric Métézeau
Les murs d'Abou Dis sont recouverts de slogans politiques
Les murs d'Abou Dis sont recouverts de slogans politiques
© Radio France - Frédéric Métézeau

Après les avoir accueillis dans son bureau, le nouveau maire élu l'année dernière, Ahmed Abou Illel, a l'habitude de conduire ses visiteurs sur un toit. A quelques mètres serpente le mur et juste derrière se situe une colonie juive. Mais surtout, la vue sur Jérusalem et son dôme doré est époustouflante. Monsieur le maire aime sa ville mais il est lucide sur ses limites.

Jérusalem est une capitale économique et commerciale. Nous, nous n’avons pas la place pour mettre une ambassade américaine à Abou Dis. Jérusalem est la ligne rouge, c'est notre droit !

Le maire d'Abou Dis, Ahmed Abou Illel, a fait établir un cadastre par peur de futures annexions ou extensions israéliennes sur sa commune
Le maire d'Abou Dis, Ahmed Abou Illel, a fait établir un cadastre par peur de futures annexions ou extensions israéliennes sur sa commune
© Radio France - Frédéric Métézeau

Depuis le toit, on aperçoit aussi un bâtiment cubique, couleur jaune pâle, totalement vide. Ce devait être le Parlement palestinien sous Yasser Arafat mais il n'a même pas été achevé. Abou Dis ne veut pas être capitale. Ses habitants regardent indéfectiblement vers Jérusalem.

Abandonné, le chantier du parlement palestinien n'a jamais été achevé
Abandonné, le chantier du parlement palestinien n'a jamais été achevé
© Radio France - Frédéric Métézeau