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Abus sexuels dans l'Eglise : des religieuses également victimes de prêtres

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Un premier rapport sur ces abus avait été remis dans les années 1990 au Vatican. Sur cette photo, un groupe de sœurs au Vatican en septembre 2018.
Un premier rapport sur ces abus avait été remis dans les années 1990 au Vatican. Sur cette photo, un groupe de sœurs au Vatican en septembre 2018.
© Getty - Spencer Platt

Quelques jours après un sommet inédit au Vatican contre la pédophilie au sein de l'Eglise, une enquête diffusée ce mardi sur Arte lève le voile sur un autre tabou au sein de l'institution : des religieuses ont elles aussi été victimes d'abus sexuels, y compris en France. Témoignage.

"Aucun abus ne doit jamais être couvert, comme ce fut le cas par le passé, et sous-évalué. Il s'agit de crimes abominables qui doivent disparaître de la face de la Terre". Le pape François a ainsi conclu le sommet inédit consacré aux abus sexuels et aux actes de pédophilie commis au sein de l'Eglise, dimanche 24 février au Vatican. Le chef de l'Eglise catholique a également promis une "lutte à tous les niveaux"

Quelques jours après cette promesse, une enquête glaçante diffusée sur Arte ce mardi dévoile un autre tabou : des religieuses ont également été abusées par des prêtres. Les mineurs ne sont pas les seuls victimes de ces abus. Le documentaire "Religieuses abusées, l'autre scandale de l'Eglise", réalisé par Eric Quitin et Marie-Pierre Raimbaud (co-réalisatrice à écouter ici) et avec la collaboration d'Elizabeth Drévillon, révèle ainsi une omerta empêchant de mesurer l'ampleur du phénomène. Les sœurs agressées seraient pourtant très nombreuses et sur tous les continents, y compris en France, selon le documentaire. Margaux Stive a recueilli le témoignage de l'une d'entre elles pour France Culture.

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"Il a mis ses mains sur mes seins, prétextant que je pouvais guérir ainsi" 

Alors que la parole de personnes abusées par des prêtres lorsqu'elles étaient mineures se libère, d'anciennes religieuses témoignent à leur tour. Laure (nom d'emprunt) a ainsi décidé de parler au printemps 2016. Elle dit avoir été abusée dans une communauté religieuse du centre de la France, en 1986

Laure a 19 ans lorsqu'elle entre dans cette communauté. A l'époque, la jeune femme est fragile, elle compte sur l'Eglise pour réparer son traumatisme après avoir été violée à 14 ans. Elle va alors voir un prêtre pour se confesser : "Je lui ai raconté mon histoire, je lui ai dit que ça n'allait pas, que je ne me sentais pas bien..."

Pratiquement tout de suite, il a mis ses mains sur mes seins prétextant que je pouvais guérir ainsi. Il a ensuite descendu ses mains entre mes cuisses disant que les seules solutions pour être guérie étaient de toucher les points qui avaient été salis. Cela m'a tellement sidérée, ma vie s'est enfoncée encore plus après ce que ce prêtre a fait.

Durant trente ans, Laure ne dénonce pas son agresseur. Le sujet est trop tabou. Selon elle, personne ne l'aurait crue. Mais après un passage dans un autre monastère, elle quitte l'Eglise et décide d'en parler, au printemps 2016. Le prêtre qu'elle accuse passe alors devant la justice canonique. Il reconnaît des gestes déplacés mais la justice ne décide d'aucune sanction officielle pour autant. Selon Laure, l'Eglise a peur aujourd'hui : "Pendant des années, cela a été caché. Maintenant, on parle. Moi, je ne me tairai jamais plus parce que je veux qu'il y en ait d'autres qui parlent."

Laure a finalement décidé d'écrire au procureur de la République ces derniers jours bien que les faits soient désormais prescrits. Elle assure qu'une quinzaine d'autres sœurs auraient subi des abus sexuels de la part de cet homme. 

Un mécanisme similaire aux abus de pédophilie 

L'enquête d'Eric Quitin et Marie-Pierre Raimbaud explique aussi la manière dont ces abus ont eu lieu avant d'être couverts. Ainsi, certains prêtres auraient détourné les textes des Évangiles pour abuser des religieuses

Ces révélations dépassent tout ce que Véronique Margron avait pu imaginer. La présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France se dit atterrée : "Ce qui est montré est effroyable. Je suis comme violentée de l’intérieur de moi même. Le documentaire montre qu'il existe des communautés complices, des supérieurs qui semblent organiser quelque chose qui relève du trafic humain avec leurs propres sœurs, c'est incompréhensible". En effet, d'après l'enquête, des sœurs alors enceintes de leurs agresseurs auraient été exclues de leurs congrégations et même contraintes d'avorter.

N'importe quelle organisation criminelle ne fait pas pire. De plus, voir que ceci est fait sous couvert de la religion, du vœu d'obéissance... L'obéissance dans la vie chrétienne est faite pour rendre libre et non esclave. Il y a un sentiment d’impunité semblable à celui que l'on retrouve dans les crimes commis contre les enfants, c'est effrayant. C'est une sorte de tabou à l'intérieur du tabou, on ne sait même plus à quel niveau du tabou tout cela se trouve.

Sur son site, Arte précise que, dans les années 1990, deux missionnaires américaines ont transmis après des années d'enquête un rapport documenté sur ces abus sexuels au Vatican. Sans réponse. Près de dix ans plus tard, en 2001, le journal américain The National Catholic Reporter publie pour la première fois ces révélations, souligne Arte. Bien que des parlementaires européens ont sommé le Vatican d'agir, aucun pape ne se serait réellement saisi de l'affaire, d'après le documentaire.

Selon François Devaux, président de La Parole Libérée, association de victimes de prêtres pédophiles, ce scandale serait largement plus répandu que celui de la pédophilie au sein de l'Eglise. Mais dans les deux cas, "le premier des abus est un abus spirituel", conclut-il.

"On est vraiment dans l'emprise psychique et la dérive sectaire", François Devaux, président de La parole Libérée.

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On utilise le spirituel pour perpétrer l'abus. L'organisation de l'Institution amène à ça et il est clair que toute l'Eglise est infiltrée par cette problématique. La même situation se répète sans arrêt. Je crois que l'Eglise est face à un terrible constat qu'elle n'a pas voulu voir. Elle a tout fait pour le cacher, on est vraiment dans l'emprise psychique et la dérive sectaire.