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Addictions et création : récits d'une littérature sous influence

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Le romancier cocaïnomane - Une vieille machine à écrire avec les ustensiles d'un cocaïnomane au premier plan
Le romancier cocaïnomane - Une vieille machine à écrire avec les ustensiles d'un cocaïnomane au premier plan
© Getty - Heinz Baumann Photography

Comment l’écriture a-t-elle esthétisé la toxicomanie ? Ou du moins, la prise de substances. Le 10 février sortait "Récits de la soif" par l'essayiste américaine Leslie Jamison, un texte intime, un témoignage pour déboulonner le mythe de l’ivresse inspirée. Mais quels auteurs ont forgé ce mythe ?

Qu'importe le flacon où tremper sa plume, pourvu qu'on en ait l'ivresse ! Nombre d'écrivains ont tissé avec l'alcool ou les drogues, et parfois même les deux, un lien particulier. Dans Récits de la soif paru le 10 février aux éditions Pauvert, Leslie Jamison s'est intéressée aux rapports entre écriture et toxicomanie, en se livrant sur sa propre expérience. De sa première gorgée à sa rédemption, l'essayiste américaine livre un témoignage sincère qu'elle met en regard avec les trajectoires de femmes et d’hommes de lettres. Se succèdent ainsi dans son récit et au gré de ses errances, Stephen King, Charles Jackson, Jack London, Raymond Carver, Jean Rhys, Marguerite Duras, William Burroughs.... Une galerie d'écrivains et de textes, entre soif créatrice et addiction destructrice, qui forgent l'imaginaire de Jamison et dont nous vous proposons ici quelques extraits pour comprendre cette écriture inspirée... d'une bonne dose d'excès. 

Une quête d’inspiration pour effacer la douleur

Le poète Paul Verlaine dans un bar, dans les années 1880
Le poète Paul Verlaine dans un bar, dans les années 1880
© Getty - Mondadori Portfolio

Si une certaine esthétique de l’auteur sous emprise existe, que cherchent les écrivains par la consommation de substances ? C’est à cette question que répond la longue confession de Leslie Jamison, et elle démarre avec son arrivée à Iowa City.

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Âgée d’à peine vingt-et-un ans, tout juste majeure aux États-Unis, Leslie Jamison se trouve admise à l’Iowa Writers’ Workshop, prestigieux cours de création littéraire. Assez rapidement, écriture et boisson deviennent à ses yeux intimement liées dans cette ville réputée pour sa multitude de "bars à écrivains" où "tout le monde avait l’air de boire". En passant ses nuits sur les tabourets de leurs comptoirs, Leslie Jamison a la sensation de s'inscrire dans une lignée d’auteurs, dont elle suit les traces éthyliques. "Les histoires légendaires sur la boisson dans cette ville s'insinuaient à l’instar de rivières souterraines dans nos propres habitudes de consommation” : de Raymond Carver à Denis Johnson en passant par John Cheever, tous semblaient avoir marqué de leur présence légendaire les gargotes d’Iowa City. 

Et pour cause, n’oublions pas que la figure de l’artiste ou de l’écrivain grand consommateur, à la recherche d’inspiration, est un topique plutôt ancien de la création littéraire. Cette motivation, bien que contestable, marque au moins depuis le XIXe - époque à laquelle on importe en Europe le pavot - les imaginaires collectifs. Et c’est Thomas de Quincey qui, par l’écriture de Confessions d’un mangeur de d’opium anglais en 1822, semble ouvrir la voie à cette création revendiquant explicitement la consommation de drogues. "Comment suis-je devenu mangeur d’opium ?" s’interrogeait de Quincey en 1821. "Je vivais dans l’abattement, la livide désolation, les ténèbres perpétuelles." 

Le diagnostic était posé. Plus encore que l'inspiration, c'est la noirceur qui l'habite que l’écrivain vient alimenter par sa toxicomanie. Une douleur et une souffrance que Leslie Jamison connaît bien et qu’elle décrit dès les premières pages de son ouvrage, se confiant sur sa pratique de la scarification et l’anorexie qu’elle endure depuis l’adolescence. Mais en lui permettant de transcender la réalité, la détresse de l’écrivain devient aussi son moteur. 

En référence à un article de huit pages intitulé “Du whisky et de l’encre, du whisky et de l’encre” consacré au poète et essayiste américain John Berryman dans le magazine Life en 1967, Leslie Jamison constate : 

Le whisky n’ouvrait pas les yeux de Berryman, mais l’aidait à supporter ce qu’il voyait. Le portrait esquissait toutefois ce lien scintillant entre boisson et ténèbres, entre boisson et savoir. Leslie Jamison

Il y a ainsi une véritable fascination à l’égard des dysfonctionnements de l’âme, inséparables du génie de l’écrivain. En découle un lien entre souffrance et sensibilité en ce que la souffrance comme état exceptionnel, présente un intérêt certain pour la création. 

Au tout début, quand je buvais – dans les ombres de tous ces alcooliques légendaires d’Iowa City, et dans celles encore plus grandes de Faulkner, Fitzgerald et Hemingway, Poe et Baudelaire, Burroughs et ses junkies, de Quincey et son opium, un canon dont je n’avais pas encore perçu les frontières comme foncièrement limitées –, la dépendance paraissait créatrice. Leslie Jamison

Ainsi se poursuit le mythe de l’écrivain inspiré. L’ivresse est un moyen de voir le monde avec honnêteté, les ténèbres permettant de deviner ce qui se situe par-delà sa surface. Dans son essai, Jamison convoque la romancière américaine Patricia Highsmith selon laquelle l'alcool permettrait à l’artiste de "distinguer encore une fois la vérité, la simplicité et les émotions premières". La boisson est alors ce qui permet non seulement de découvrir ce qui donne à voir, mais aussi ce qui en rend la vision acceptable. 

L’intérêt ne résidait pas seulement dans l’ivresse – en tant que portail d’accès, ou pansement –, mais aussi dans la séduisante relation entre créativité et addiction elle-même : son emprise, son caractère extrême. Leslie Jamison 

L'alcoolisme au féminin 

Dans son texte bouleversant, la jeune essayiste passe au scanner ses périodes de dépendance et leurs effets sociaux. De cette narration émerge l'image pesante et empreinte de clichés qui est celle des femmes alcooliques. Une pathologie contemporaine, passée sous silence dans une société qui condamne plus que leurs pendants masculins, celles pourtant toujours plus nombreuses qui plongent solitaires et honteuses dans les méandres de la boisson. 

Leslie Jamison le rappelle, la figure du poète maudit, le mythe de l’écrivain sous substances ne semble se conjuguer qu’au masculin. “Mais pourquoi était-ce toujours lui ? Les vieux alcooliques légendaires étaient tous des hommes”, note l’écrivaine. Elle relève toutefois, non sans ironie, que dans son roman Au-dessous du volcan (1947), l'auteur britannique Malcolm Lowry nous donne par la voix de son héros, le Consul, une réponse sans détours.... : "Une femme ne pouvait pas savoir les périls, les complications, oui, l’importance d’une vie d’ivrogne." Voilà qui a de quoi interpeller jusqu'aux esprits les plus avinés !

Pour Laurance Ouellet Tremblay, professeure de création littéraire à l’Université McGill de Montréal et spécialiste de l'usage des drogues et de l'alcool en littérature, on se situe face à une série de monstres sacrés qui, de Poe à Kerouac, conviennent aux grands canons de la créativité et qui sont ce qu’elle appelle “les témoins garants d’un surplus de réel”. “L’ivresse est finalement une chose qui s'apprend”, rappelle-t-elle, “ce que le côté épique de l’écrivain soûl et créatif ne laisse pas réellement transparaître. Or, quand on lit Jamison, il y a un prix à payer. Bien sûr, l’alcoolisme au féminin nous apprend qu’il y a des états altérés, et en même temps, jamais l’on ne sort de là indemnes, tout comme avec la drogue.” 

La femme alcoolique serait ainsi le tabou suprême. Dans sa pratique même :

Les femmes, c’est souvent l’alcool seule à la maison, alors que l’homme est plus dans le social. Pour entrer dans de gros clichés, sans pour autant enfermer dans le genre, chez les écrivaines, il y a beaucoup de récits de vulnérabilité. Mais affronter la vulnérabilité dans la sauvagerie du monde présent c’est encore plus fort que d’aller à la guerre. Il n’y a pas de conquête, c’est une pratique du corps, il n'y a pas de mythe, on a atteint quelque chose de supérieur certes, mais il y a un coût, c’est ça qui est mis en avant. Laurance Ouellet Tremblay

On retiendra avec Leslie Jamison l'œuvre de la britannique Jean Rhys qui, dans les années 1930, écrit sur l’alcoolisme avec la précision de celle qui n’a jamais pu se libérer de son emprise. Dans quatre de ses romans, celle-ci dissèque les dynamiques émotionnelles de sa propre consommation, son héroïne récurrente étant une femme ivre exhibant ses larmes. L’autrice fait alors face à cette femme dont la vie est non seulement un gâchis, mais un gâchis repoussant : elle fait mal à voir, toujours cramponnée à la pitié des autres et elle s’avilit à s'y attacher ainsi constamment.

59 min

La création sous emprise ou comment la toxicomanie altère l'œuvre 

Bougies et verre d'alcool sur un bureau
Bougies et verre d'alcool sur un bureau
© Getty - Jan Hakan Dahlstrom

Je n’utilisais pas le terme "alcoolique" avec les autres, je ne décrivais pas ainsi mon penchant pour l’alcool, mais c’est à cette époque que je commençai à écrire sur le sujet dans mon journal, en secret, souvent pendant des trous noirs, passant outre toute syntaxe : est-ce que c’est quoi un alcoolique [sic] ? Ces mots griffonnés sous l’emprise de l’alcool semblaient à la fois prophétiques et absurdes, ou, pour citer Lowry : "en partie tordus, en partie généreux, et totalement imbibés", avec des "t" esseulés "telles des croix abandonnées, vestiges de mots crucifiés". Leslie Jamison

Jusqu’où va la créativité et quelle œuvre sort de cette inspiration alcoolisée ? L’écriture, comme son créateur, s’en trouvent imbibés. Parfois, tant sur le fond que dans sa forme. L'autrice des Récits de la soif démontre que dans les poèmes les plus célèbres de The Dream Songs, écrits par l'américain John Berryman en 1969, les paysages évoqués sont des terres imprégnées d’alcool qui se font le reflet d'une âme torturée :

"Je suis, dehors", annonce celui qui parle. "Une incroyable panique gouverne... Les verres bouillonnent. Les verres / frappés bouillonnent." Même les boissons glacées bouillonnent. Voilà où il en est... Henry, l’alter ego de John Berryman, s’exprime souvent avec une voix de pochtron qui transpire abondamment sur la page et se pose certaines questions : "Est-ce que tu es radioactif, mon pote ? – Radioactif, vieux. – Est-ce que tu as des bouffées de chaleur la nuit, et le jour, mon pote ? – Oui, vieux.

L'écrivain américain George Cain aussi, nous donne selon Leslie Jamison une bonne leçon de création sous influence. Durant toute la rédaction de son livre Blueschild Baby (1970), qui parle pourtant d’un héroïnomane du même nom que l’écrivain mais qui lui, décroche de son addiction, l’auteur se shoote à l’héroïne. L’œuvre mêle ainsi dépendance et rébellion et expose par là divers aspects de la toxicomanie : la réalité physique - nerfs à vif et peau desséchée, corps décharnés et en sueur, sensation de n’être plus qu'"un sac d’os"-  mais aussi son rôle en tant que levier de rhétorique politique. 

Au fil du roman, le point de vue de Cain évolue : si son addiction au début du récit est une façon de combattre la société, il finit par refuser de résumer son addiction à une attitude contestataire. Et lorsque George voit dans la rue une foule de "junkies à moitié endormis", écoutant un homme qui appelle à soutenir les "victimes de la rébellion à Newark", il ne les considère plus comme "des élus poussés vers la destruction à cause de leur conscience et de leur frustration, mais uniquement comme des victimes égarées, trop faibles pour lutter".

Dans sa pratique d’écrivaine, Laurance Ouellet Tremblay nous confie avoir beaucoup bu : 

J’ai aussi pris de la drogue mais une chose est certaine, je ne pense pas que l’on crée mieux sous influence, pour être honnête quand j’écris des bribes dans mes carnets c’est de la merde ! Mais parce que j’ai visité Ivresse et Drogues, comme on visite des pays, j’ai des choses à écrire, ça amène du dérangement dans le cours des jours. Freud par exemple, en parle comme d’"un briseur de souci". Mais je crois que si les gens fréquentent ces substances-là, c’est une arme à double tranchant d’un point de vue créatif, ça ouvre des mondes de perception certes, mais il faut quand même que la forme artistique demeure, et cela demande de l’intellect et un travail de sobriété. Laurance Ouellet Tremblay

Mais alors, que penser des artistes dont on dit que les œuvres ont entièrement été produites sous les effets de l’ivresse ou de la drogue ?

Il y en a qui ont échappé à cette règle, Kerouac par exemple, écrivain soûl et complètement alcoolique qui tapait sur sa machine à écrire pendant quarante jours. Là on est dans des performances alcooliques. Mais c’était un monstre Kerouac, il n’était pas fréquentable, de cela on parle peu, on est surtout dans l’accession à une réalité supérieure, mais ce n’est pas si simple ! 

Bien sûr, j’ai trouvé le titre de mon dernier livre en fumant un joint, je dialogue avec mon esprit intoxiqué mais ce n’est pas lui qui est le maître à bord, disons-le comme ça ! Laurance Ouellet Tremblay

58 min

Quand la sobriété n’éteint pas nécessairement la créativité

Écrire sur le vide - Deux verres vides et un stylo
Écrire sur le vide - Deux verres vides et un stylo
© Getty - Margarita Komine

L’abstinence prenait précisément le goût insipide que j’avais redouté qu’elle ne prît. Leslie Jamison

Si bien des auteurs ont posé leur bouteille sans nécessairement délaisser leur plume, pour Leslie Jamison, comme pour tant d’autres, de la fin de l’addiction naît une crainte : que la source d’inspiration ne tarisse en même temps que le verre. Il est en cela délicat pour les écrivains, mais aussi chez les toxicomanes de façon générale, d’avoir simplement quelque chose à dire. 

Dans Junky (1953) du membre de la Beat generation William S. Burroughs, Jamison repère que la Narcotic Farm, destinée à la désintoxication, regorge de patients qui ne parlent que de drogues, "pareils à des hommes affamés qui ne pensent qu’à manger".  

Pour l'écrivaine, cette peur de l’auteur face à la sobriété transparaît de façon explicite dans l'œuvre du romancier et maître de l'horreur Stephen King, notamment son texte de 1977, Shining. Que ce soit dans le roman ou l'adaptation de Stanley Kubrick (1980), la relation entre sobriété et créativité est en effet associée à une vision sinistre. 

Au cinéma, Jack l’écrivain est d’abord sobre, sans névrose particulière. Son esprit cherche, erre quelque peu et il écrit inlassablement les mêmes mots. Dans le roman, Stephen King a imaginé un auteur qui se laisse prendre par l’histoire de l’Overlook Hotel lui-même et son passé scandaleux : meurtres et suicides, lieu de débauche. Un jour, Jack tombe sur un album plein de coupures de presse racontant le passé mystérieux de l’établissement. Leslie Jamison voit là un lien entre la fascination du personnage et sa rechute tandis qu’il examine l’album "avec une certaine culpabilité, comme s’il avait bu en secret", dont l’une des préoccupations est que sa femme "sente les vapeurs sur lui". Si bien que lorsque Jack songe à écrire l’histoire de l’hôtel, ce qu’il perçoit est ce qu’il "ressent d’ordinaire (...) après trois verres".

Écrit au milieu des années 1970, Shining est en fait une transcription de ce qu’éprouvait Stephen King au moment du processus créatif. L’auteur affirma "ne s’être même pas rendu compte (...) qu’il écrivait sur lui-même". Pourtant, il se situait là au climax de sa consommation, oscillant entre bières et grande dose de cocaïne. Si bien que, de son propre aveu, sa poubelle débordait de bouteilles et que ses narines saignaient sur sa machine à écrire. Ainsi Leslie Jamison voit dans Shining le cauchemar d’un homme dépendant aux substances et qui n’ose affronter la sobriété, pour lui chose terrible : "J’avais peur, écrivit King quelques décennies plus tard, de ne plus pouvoir travailler si j’arrêtais de boire et de me droguer."

À réécouter : Alcool et autres drogues

Dans sa quête d’un texte pour trouver sa rédemption, Leslie Jamison s’en remet une nouvelle fois à l'auteur américain John Berryman. Avant même l’écriture de son roman inachevé Recovery, l’écrivain comprend qu'il ne lui est pas nécessaire de boire pour écrire. "Tant que je me considérais comme une simple expression – ou arène – de mes pouvoirs, l’abstinence était hors sujet", écrit-il en 1971 dans une note manuscrite dont il se servit plus tard dans le roman. "Le mensonge selon lequel mon art dépendait de ma consommation d’alcool, ou du moins était lié à elle, ne pouvait être remis en cause. Trop ancré en moi. Il fallait faire sauter le verrou."

De même, Marguerite Duras qui écrivait ivre, n’avait pas la moindre illusion sur ce que la boisson pouvait apporter à son travail. "Au lieu de boire du café en me réveillant, je commençais directement au whisky ou au vin. J’étais souvent malade après le vin – le vomissement pituitaire typique des alcooliques." Une approche pragmatique de son mal-être que souligne Leslie Jamison et qui fait voler bien des mythes en éclats : 

L’ivresse ne crée rien... L’illusion est parfaite : vous êtes convaincue que ce que vous dites n’a jamais été formulé auparavant. Mais l’alcool ne peut rien produire de durable. Ce n’est que du vent. Marguerite Duras 

Mais que nous dit la science ? 

Champignon magique, image composite améliorée par ordinateur
Champignon magique, image composite améliorée par ordinateur
© Getty - VICTOR de SCHWANBERG/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Amine Benyamina, psychiatre, addictologue et président de la Fédération française d'addictologie, rejoint en tous points l'analyse de Marguerite Duras. Selon lui, il est certain que la prise de substances n’encourage en rien l’inspiration créative. Bien au contraire : “Consommer certaines drogues de façon excessive affecte les capacités mnésiques et cognitives du consommateur. Le cannabis, par exemple, diminue considérablement les performances de mémorisation et de concentration d’une personne.”

Une exception est néanmoins à noter concernant les psychotropes, parmi lesquels les champignons hallucinogènes et le LSD : 

Au nombre de près de 700, ils peuvent agir comme des formes de stimulants et en cela être perçus comme des moteurs de la création. Or, ils restent tout aussi dangereux pour l’activité cérébrale et mon travail est quotidien quant à lutter contre les clichés liés à ces états seconds perçus comme sources d’inspiration. Je suis allé, avec certains patients, jusqu'à faire le test. Les mettre face à une page blanche après avoir consommé du cannabis. Bien sûr, rien n’en est sorti ! Amine Benyamina

Un avis que ne démentirait pas Leslie Jamison, dont l'enquête pensée comme une réunion des Alcooliques Anonymes (auxquels elle est dédiée), fut menée après quatre ans d'abstinence. La créativité survivrait donc à la toxicomanie, ce que confirme aussi Laurance Ouellet Tremblay, experte de la création littéraire ainsi qu'écrivaine au passé tumultueux  : 

Ayant eu une jeunesse rock’n roll, je n’ai pas envie de vivre la deuxième partie de ma vie dans l’intoxication. Chacun doit avoir un certain bagage de créativité, c’est une question d’écoute et de sensibilité, cesser de consommer ne signifie en rien la fin de la source. Il faut voir les alcools et les drogues comme des excitants de la zone créatrice mais absolument pas comme des conditions essentielles à son existence ! Laurance Ouellet Tremblay

28 min