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Affaire Adèle Haenel : le réalisateur Christophe Ruggia reconnaît une "erreur", la justice ouvre une enquête

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Adèle Haenel au Festival du film francophone à Angoulême (Charente), en août 2019. Christophe Ruggia sur le tournage du film La tourmente, en septembre 2010
Adèle Haenel au Festival du film francophone à Angoulême (Charente), en août 2019. Christophe Ruggia sur le tournage du film La tourmente, en septembre 2010
© Maxppp - Franck Castel - Serge Gueroult / La Provence

Le fil culture. Accusé par l'actrice Adèle Haenel d'agression sexuelle lorsqu'elle était adolescente, le réalisateur Christophe Ruggia a reconnu mercredi l'"erreur" d'avoir joué "les pygmalions". Mais il a réfuté toute violence alors que la justice s'est saisie de cette affaire choc pour le cinéma français.

Le réalisateur Christophe Ruggia a répondu ce mercredi aux accusations d'"attouchements" et de "harcèlement sexuel" de l'actrice Adèle Haenel, alors qu'elle était âgée de 12 à 15 ans. Le parquet de Paris a dans le même temps annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel". Deux ans après #MeToo, cette affaire suscite de nombreuses réactions, dont celle de la garde des Sceaux Nicole Belloubet, qui conseille à l'actrice de "saisir la justice". 

Christophe Ruggia nie toute agression, admet "l'erreur" d'avoir "joué les pygmalions" et demande pardon

Le réalisateur des Diables (premier long métrage de la comédienne) s'est à nouveau défendu ce mercredi via cette fois un droit de réponse publié par Mediapart. Sur le site qui a révélé l'affaire, celui qui est aujourd'hui âgé de 54 ans continue de nier toute agression, mais il concède avoir "commis l'erreur de jouer les pygmalions avec les malentendus et les entraves qu'une telle posture suscite". Il ajoute : 

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À l’époque, je n’avais pas vu que mon adulation et les espoirs que je plaçais en elle avaient pu lui apparaître, compte tenu de son jeune âge, comme pénibles à certains moments. Si c’est le cas et si elle le peut, je lui demande de me pardonner.

Et de poursuivre : "Mon exclusion sociale est en cours et je ne peux rien faire pour y échapper, déplore le cinéaste. Le Moyen Âge avait inventé la peine du pilori mais c'était la sanction d'un coupable qui avait été condamné par la justice. Maintenant, on dresse, hors de tout procès, des piloris médiatiques tout autant crucifiants et douloureux."

Lundi, le réalisateur avait déjà répondu par le biais de ses avocats qu'il "réfutait catégoriquement avoir exercé un harcèlement quelconque ou toute espèce d'attouchement sur cette jeune fille alors mineure".  "Qu'il y ait une emprise involontaire de l'adulte, metteur en scène, c'est probable", mais "il nie catégoriquement les attouchements et le harcèlement sexuel", avait alors réaffirmé son avocat Jean-Pierre Versini.

"Je suis choquée qu'il démente", a déclaré Adèle Haenel lundi soir dans une émission en direct diffusée par Mediapart. "Je suis encore plus choquée par le fait qu'il dise qu'il m'a 'découverte' (comme actrice NDLR), parce qu'en fait, il m'a surtout détruite", a-t-elle notamment ajouté.

Une enquête confiée à l'Office central de la répression de la violence faite aux personnes

Toujours ce mercredi, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête préliminaire pour "agressions sexuelles sur mineure de 15 ans par personne ayant autorité" et "harcèlement sexuel". L'enquête a été confiée à l'Office central de répression de la violence faite aux personnes. Le parquet de Paris s'est saisi de lui-même, comme il en a la possibilité lorsque des faits délictuels sont portés à sa connaissance, en l'occurrence par voie de presse. C'est assez rare mais pas exceptionnel. Le parquet national financier était intervenu de la même manière par exemple lors de la révélation de l'affaire Fillon.

Alors que l'actrice aujourd'hui âgée de 30 ans a choisi de ne pas porter plainte, la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a estimé ce mercredi matin sur France Inter que la comédienne avait "tort de penser que la justice ne peut pas répondre à ce type de situations". "J'ai entendu ce qu'elle a dit et j'ai trouvé que c'était très courageux. J'ai été choquée parce qu'elle a dit sur la justice, choquée pas au sens critique, mais au sens où elle l'a formulé ainsi", a poursuivi la garde des Sceaux. Et de conclure : "L'ensemble des mesures que nous développons, à la fois dans le texte de lois, en cours de discussion au Parlement, ce soir [mercredi] au Sénat et par les mesures qui sortiront du Grenelle des violences conjugales, c'est aussi une manière de mieux prendre en compte la parole des femmes qui ont été victimes de ce type de situation".

Au sujet de ces faits qui ne sont pas prescrits (depuis 2014, une victime mineure d'agressions sexuelles peut porter plainte jusqu'à 20 ans après sa majorité), Adèle Haenel avait précisé dans l'émission de Mediapart : 

Je n'ai jamais vraiment envisagé la justice. J'avais pensé à des procédures internes au cinéma. (...) Je n'ai jamais pensé à la justice car il y a une violence systémique qui est faite aux femmes dans le système judiciaire. C'est aussi de ça dont il faut parler. (...) Je crois en la justice mais elle doit se remettre en question pour être représentative de la société.

Et de contester l'efficacité de la justice en une formule : "La justice nous ignore, on ignore la justice."

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Les révélations d'Adèle Haenel et de Mediapart

Dans une enquête d'une dizaine de pages de la journaliste Marine Turchi, publiée dimanche soir par Mediapart, l'actrice raconte les attouchements et abus sexuels subis de la part du réalisateur âgé de 36 ans alors qu'elle n'avait que 12 ans. Des faits qui auraient lieu de 2001 à 2004. Adèle Haenel évoque le long cheminement qui lui a fait prendre conscience, notamment à la suite d'un documentaire sur la pédocriminalité du chanteur Michael Jackson que la relation d'amour que le réalisateur Christophe Ruggia lui vantait était une relation de pédophilie. 

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Elle dénonce la loi du silence du milieu du cinéma et Mediapart est allé à la rencontre des adultes présents lors du tournage et des voyages de promotion. Une trentaine de personnes dénoncent ainsi une relation d'emprise du réalisateur sur les enfants troublante et gênante, car ces attouchement était connus. "Entre nous, on se disait que quelque chose n’était pas normal, qu’il y avait un souci", raconte un technicien de régie. "On dit souvent des metteurs en scène qu’ils doivent être amoureux de leurs actrices, mais Adèle avait 12 ans."

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Les réactions dans le monde du cinéma

Dès lundi, la Société des réalisateurs de films (SRF) a annoncé avoir décidé de radier de ses membres le réalisateur Christophe Ruggia. "Suite à l'enquête parue dans Mediapart, la SRF exprime son soutien total, son admiration et sa reconnaissance à la comédienne Adèle Haenel, qui a eu le courage de s'exprimer après tant d'années de silence. Nous tenons à lui dire que nous la croyons et que nous en prenons acte immédiatement, sans nous dérober à notre propre responsabilité", a indiqué cette association professionnelle de cinéastes, qui compte quelque 300 adhérents. Christophe Ruggia en a été plusieurs fois le co-président ou vice-président entre 2003 et 2019.

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UniFrance, l'organisme en charge de la promotion du cinéma français dans le monde, a publié ce mardi une "déclaration de soutien à Adèle Haenel dans sa démarche". "Ce témoignage est d’un grand courage, après des années de silence et de manque de réactions au moment des faits", précise le communiqué d'UniFrance, qui "condamne sans réserve tout fait de violence ou de comportement inapproprié". Serge Toubiana, président d’UniFrance, et Daniela Elstner, directrice générale, annoncent "l’élaboration prochaine d’une charte à l’attention des artistes et professionnels amenés à participer aux manifestions organisées ou initiées par UniFrance."

Et toujours ce mardi, l'actrice Marion Cotillard a exprimé une "gratitude infinie" envers sa consoeur sur Instagram :

Adèle, ton courage est un cadeau d'une générosité sans pareil pour les femmes et les hommes, pour les jeunes actrices et acteurs, pour tous les êtres abîmés qui savent maintenant grâce à toi qu'ils n'ont pas à subir cette violence. Et pour ceux qui l'ont subie, qu'ils peuvent parler, ils seront écoutés et entendus

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Omar Sy, Marina Foïs, Géraldine Nakache ou encore Manu Payet ont également manifesté leur soutien à celle qui avait été distinguée par deux César, en 2014 et 2015.

Avec AFP et la collaboration de Florence Sturm