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Afghanistan : les talibans, déterminés à montrer qu'ils sont là pour durer

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Dans un marché de Kaboul, un taliban pose au milieu des boutiques de change le 7 septembre.
Dans un marché de Kaboul, un taliban pose au milieu des boutiques de change le 7 septembre.
© AFP - Aamir QURESHI / AFP

Le monde dans le viseur. Un mois après la prise de Kaboul par les talibans, la communauté internationale doit désormais composer avec les nouveaux maîtres du pays, pour acheminer l'aide humanitaire, négocier les évacuations. Les talibans, eux, cherchent à montrer une image de puissance déterminée, inamovible et maîtrisée.

Il occupe toute l'image, sa silhouette découpée par un fin trait de lumière, dans le mouvement sombre d'une rue de Kaboul. La légende de la photo prise par Aamir Qureshi, photographe de l'AFP, en Afghanistan le 7 septembre 2021, le précise : nous sommes dans la venelle d'un marché bordée d'échoppes de change.

L'homme qui pose, arme à la main, est un taliban. Cela fait moins d'un mois que les combattants de ce mouvement islamiste ont pris le pouvoir à Kaboul, mais cette image, troublante par sa densité dit tout, souligne le photographe Michael Zumstein (Agence Vu), impressionné par sa qualité éditoriale et technique. "C'est une pose longue. La photo est prise au 1/60e ou au 1/30e de seconde, ce qui procure cet effet de flou autour du personnage central. Ce choix technique est au service de l'idée que les talibans se font d'eux-mêmes : ils sont là pour longtemps, ils ne vont plus en bouger."

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Le monde, les États-Unis, les ont combattu depuis vingt ans, mais ils sont toujours là. Ce qui est résumé par la force de cette seule image.

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L'homme ne bouge pas. Il occupe calmement l'espace, statique, sûr de sa puissance. Autour de lui, les gens passent, floutés par le mouvement, fondus dans le décor. "L'anonymisation de la foule, avec ce procédé de pose longue, donne aussi une idée de ce que peut-être le pouvoir taliban une fois installé."

La seule chose qui existe, ce sont les talibans et leur vision du monde. Toute forme d'individualisation est gommée. Autour, il n'y a plus que des ombres qui passent.

L'image d'une puissance maîtrisée et inquiétante

Une image de puissance revendiquée, bien éloignée de la vision peu flatteuse des talibans au moment de leur première prise de pouvoir, en 1996, lorsqu'ils ont défait, appuyés par les combattants d'Al-Qaïda, les forces de l'alliance du Nord emmenées par le commandant Massoud. Des étudiants en théologie à peine sortis de leurs madrassas pakistanaises, des "islamistes en sandales", comme ils étaient alors souvent décrits. Dans leur version 2021, les talibans façonnés par l'exil, les réseaux sociaux, les mois de négociation au Qatar avec les responsables américains, cherchent à donner l'image d'une puissance maîtrisée et déterminée, inébranlable.

Le combattant taliban est coiffé d'une casquette, ceinte d'un ruban où est imprimée la shahada, la profession de foi de l'islam.

Ses yeux sont invisibles sous la visière. Un détail qui n'a pas échappé à Michael Zumstein qui reconnaît en avoir été presque soulagé. "Ne pas voir son regard est inquiétant, mais si il nous avait regardé en face, ça aurait été encore plus dur, en renvoyant l'échec total d'un pays en crise."

"Ce que cette image questionne, ce sont les vingt ans qui se sont écoulés entre leur première prise de Kaboul et celle-ci. Comme si rien n'avait servi à rien, comme le souligne cet article du journal Le Monde cet engagement militaire américain inutile et dispersé, avec cette occupation simultanée de deux pays, l'Irak et l'Afghanistan, et tous ces morts, pour un tel résultat ! Car désormais, on le sait, il n'y aura pas de nouvelle intervention pour chasser les talibans."

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En consultant la presse depuis le renversement du pouvoir il y a un mois, Michael Zumstein a également noté à quel point il semblait relativement facile de photographier les talibans, qui ne semblent pas avoir de problème à poser devant l'objectif des photographes dans une volonté de marquer qu'ils sont bien les maîtres du pays.

À lire aussi : Afghanistan : photographier le sel de la vie

Un choix de pose et de cadrage déterminant

Rompu à des situations de guérilla et de fréquentation des groupes armés depuis des décennies de travail en Afrique, Michael Zumstein connaît le poids d'une photo, lorsqu'elle vient appuyer une validation et l’acceptation du pouvoir. "Pour beaucoup de gens que j’ai photographiés dans des mouvements rebelles, se faire photographier, c’est exister, montrer ses armes, ses attributs guerriers est perçu comme une preuve de sa présence, de son opposition marquée et validée face au pouvoir."

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L'importance de la légende (très descriptive et factuelle dans le cas de cette photo), est capitale, reprend-il.

Le choix de la technique et du cadrage est primordial dans l'effet produit par cet image. "On n'est pas dans le cas classique d'une photo de reportage sur le vif. La pose permet au photographe d'avoir le laps de temps nécessaire pour créer le contexte : on peut décider de placer le combattant devant un mur qui a reçu des éclats d'obus par exemple, ou au contraire dans un environnement plus paisible dans lequel son arme va contraster."

Faire ce choix, dans le cas de cette image, "permet de transcender la situation. On n'est pas juste dans une image où un homme en arme pose face à nous. Tout fait sens, et donne à comprendre, bien au-delà de la personne photographiée, l'essentiel de ce qui se passe et de ce qui est en jeu en Afghanistan."

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À réécouter : Afghanistan, quel pouvoir taliban ? Avec Olivier Roy

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