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Agnès Varda : "Je savoure le plaisir d'avoir fait un film qui est aimé"

Des Glaneuses de Jean-François Millet (1857)
Des Glaneuses de Jean-François Millet (1857)
- C.C.

2000. Agnès Varda est au micro d'Alain Veinstein dans l'émission "Surpris par la nuit" à l'occasion de la sortie de son film "Les glaneurs et la glaneuse". La cinéaste se réjouit du succès de ce documentaire totalement libre qui donne la parole aux démunis et continue une vie depuis sa sortie en salles.

Invitée d'Alain Veinstein dans "Surpris par la nuit" pour parler de son film "Les glaneurs et la glaneuse", Agnès Varda confie que ce film reste étonnamment "vivant" après le tournage. Elle s'émeut de la réaction du public, de sa "jubilation", "pour la première fois j'ai cette sensation de plaire à tout le monde" confie-t-elle avec gaieté. Elle se dit aussi particulièrement heureuse d'avoir eu la patience d'approcher les différents personnages de son film, pour faire apparaître "une lueur", "un charme" en chacun d'eux : "J'ai eu la caméra heureuse". Il lui semble aussi que "c'est très facile d'aimer un documentaire qu'on a fait", alors que les fictions "on les critique, on pourrait toujours les corriger, les refaire".

Il y a le double sentiment tout le temps : la réalité est dure à filmer, elle peut faire mal mais le plaisir de la filmer existe en même temps.

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Agnès Varda affirme que "Les glaneurs et la glaneuse" est son "premier film tout à fait libre". La cinéaste s'indigne car "le petit monde de la France reproduit ce désordre de l'équilibre de distribution, cet égoïsme généralisé, cette idée que tout soit formaté."

Ensuite, à 78 ans Agnès Varda évoque la solitude, "c'est pas inintéressant mais c'est dur". Elle compare l'amour tout autour d'elle à "une muraille". Elle trouve que "ce qui est dur dans la solitude, c'est le manque de commentaire à deux". Seul, "on auto-radote, donc on pense moins."

La cinéaste parle de la lumière et de l'ombre en chacun de nous. Elle confie : "Il m'est assez naturel de repousser de toutes mes forces tout ce qui est mélancolique, tout ce qui est douleur." Elle rajoute que "s'amuser dans la vie c'est un choix moral."

La juxtaposition du mou et du pointu, du charnel et de l'abstrait, du vivant et de la mort, c'est la vie. J'ai ça tout le temps en conscience, en présence.

Agnès Varda dans l'émission "Surpris par la nuit" sur France Culture le 25/09/2000 pour parler de son film "Les glaneurs et la glaneuse"

1h 21

Les Glaneuses de Millet, celles qui sont à Orsay, celles dont on vend des centaines et des centaines de cartes postales aux étrangers qui passent par Paris, et bien , en fait , je les ai mieux regardées qu'avant et elles sont belles, c'est bien peint. On a un peu tendance à ne pas très bien regarder ces tableaux trop connus... Toujours, dès qu'on s'approche un peu, dès qu'on filme de près, dès qu'on prend le temps de regarder, on découvre quand même un peu plus la beauté des choses.

  • "Surpris par la nuit"
  • Première diffusion le 25/09/2000
  • Producteur : Alain Veinstein
  • Réalisation : Bernard Treton
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France