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Agnès Varda : "La psychologie m'embête de plus en plus mais à un point que je ne peux pas dire !"

Agnès Varda pose devant l'affiche de son film "Sans toit ni loi" le 17 janvier 1986.
Agnès Varda pose devant l'affiche de son film "Sans toit ni loi" le 17 janvier 1986.
© AFP - Jean-Loup Gautreau

1985. Agnès Varda est l'invitée de Serge Daney dans "Microfilms" pour parler de "Sans toit ni loi". Elle explique comment elle a abordé ce sujet noir du vagabondage sans aucun souci social ni psychologique et en quoi il lui était intéressant de ne pas tout comprendre du personnage rebelle de Mona.

Au micro de Serge Daney dans son émission "Microfilms", Agnès Varda s'explique sur son film "Sans toit ni loi" et sur son personnage principal, une vagabonde Mona, interprétée par Sandrine Bonnaire. Elle dit d'elle que seul le froid pourrait la "saisir" et qu'elle voulait "sortir de la psychologie". Mona est l'incarnation de la "rébellion" pas de la liberté.

Tous les personnages qu'elle [Mona] rencontre, comme ils ne peuvent pas l'attraper, nous disent plus sur eux que sur elle.

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Agnès Varda et Serge Daney discutent de la spécificité du personnage de Mona qui ne veut rien des autres . Elle est elle-même un cas tellement limite, qu'elle nous met "absolument en face de nos limites" et c'est justement ce qui intéressait la cinéaste.

Ça m'intéressait de faire avec une sorte de passion rageuse le portrait d'une fille que je ne peux pas comprendre.

Agnès Varda explique que l'on est très loin des années Peace and Love, il n'y a plus "aucun côté fleuri" et "la paix dont on parle là, c'est la paix qui mène à la mort [...] la solitude absolue."

Sur l'interprétation de Mona, Agnès Varda a été séduite par le jeu de Sandrine Bonnaire à peine 18 ans au moment du tournage, par "cette très fraîche jeune fille qui allait comme ça en courant vers ce personnage fermé, buté, sale... pas séduisant."

Je me suis vraiment placée quand j'ai fait ce film sur cette impulsion, le froid, la saleté, les espaces, Mona que je ne comprends pas. Et à partir de là j'ai vraiment essayé de travailler comme les peintres font sur le rendu, sur la texture, sur la matière même de cette chose-là que je racontais.

La cinéaste clôt la discussion en s'interrogeant sur la morale dans son cinéma : "Comme filmeuse je suis morale, mais pas comme sociologue, psychologue..."

Agnès Varda dans l'émission de Serge Daney "Microfilms" sur France Culture le 08/12/1985 pour parler de son film "Sans toit ni loi"

48 min

Je suis pour la moralité du cinéma absolue. La moralité de l'objectif, du travelling, du montage, de la rigueur, de ne pas donner mollement. Il faut donner avec rigueur.

  • "Microfilms"
  • Première diffusion le 08/12/1985
  • Producteur : Serge Daney
  • Réalisation : Pierrette Perrono
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France