Aimer ou ne pas haïr : la litote en question dans les nouvelles historiques et galantes

Publicité

Aimer ou ne pas haïr : la litote en question dans les nouvelles historiques et galantes

Par
Emily Lombardero au CCIC, juillet 2019
Emily Lombardero au CCIC, juillet 2019
- CCIC Cerisy

« — Va, je ne te hais point ! » est une litote souvent citée. Elle se trouve dans un vers célèbre prononcé par Chimène dans Le Cid de Corneille (1636). Chimène avoue à Rodrigue qu’elle l’aime encore, bien qu’il ait tué son père en duel, suite à l’affront de ce dernier.

Cette communication a été prononcée  dans le cadre du colloque intitulé « La négation à l’œuvre dans les textes »  qui s’est tenu au Centre Culturel International de Cerisy du 22 au 29  juillet 2019, sous la direction d’Agnès FONTVIEILLE-CORDANI et Nicolas  LAURENT.

Comment la négation opère-t-elle dans les textes littéraires ? La  négation, qui traverse toutes les disciplines des sciences humaines, a  donné lieu à des travaux considérables en logique, en philosophie, en  psychanalyse ou en linguistique. Mais son fonctionnement dans les œuvres  n'a pas encore fait l'objet d'une approche stylistique générale tant  les mots grammaticaux — plus instructionnels que conceptuels — peuvent  passer inaperçus. L'objet du présent colloque est d'examiner le  "travail" en contexte des formes négatives, dans le sillon desquelles  seront aussi considérés la négation lexicale et ce qui relève, plus  largement, de la négation sémantique, voire de la "négativité"...

Publicité

Emily Lombardero est attachée temporaire d'enseignement et de  recherche (ATER) à l'université Lumière Lyon 2 ; elle prépare  actuellement, sous la direction de Claire Badiou-Monferran, une thèse de  doctorat sur la langue de la fiction dans les nouvelles historiques et  galantes de la fin du XVIIe siècle.

Aimer ou ne pas haïr : la litote en question dans les nouvelles historiques et galantes, par Emily Lombardero

44 min

Au XVIIe siècle, Chimène n'est pas seule à "ne pas haïr"  celui qu'elle aime : au contraire, la litote occupe une place de choix  parmi les codes du discours galant, qui imposent leur joug rigoureux à  la représentation littéraire des passions. Dans les nouvelles  historiques et galantes de la fin du XVIIe siècle, les  discours des personnages aussi bien que le récit lui-même semblent  parfois saturés par les marques de la négation syntaxique, liées à la  présence de nombreuses litotes fortement lexicalisées. En étudiant les  emplois de la litote dans les nouvelles de la fin du XVIIe  siècle, nous souhaitons, d'une part, interroger le lien qui unit cette  figure à la négation, et, d'autre part, évaluer son rendement  stylistique dans le corpus des nouvelles de la fin du XVIIe  siècle. Nous ferons l'hypothèse que, loin d'être un poncif ininterrogé  du discours galant, la litote vaut pour symbole des normes sociales et  littéraires qui s'imposent à l'expression (notamment féminine) des  passions, normes dont certains personnages — mais aussi certains auteurs  — tendent à s'affranchir dans l'exercice singulier d'une parole, voire  d'un style.

Téléchargez l'exemplier attaché à cette conférence