Ainsi parlait Jacques Chirac : retour sur dix déclarations marquantes

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Ainsi parlait Jacques Chirac : retour sur dix déclarations marquantes

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Le candidat RPR à l'élection présidentielle prononce un discours, en mars 1981, pendant un meeting électoral à Laval.
Le candidat RPR à l'élection présidentielle prononce un discours, en mars 1981, pendant un meeting électoral à Laval.
© AFP - André Durand

De son coup d’éclat à son départ de Matignon jusqu’à son recadrage de Nicolas Sarkozy, en passant par ses réactions aux affaires à l'état de la planète ou à des policiers israéliens trop pressants. Retour sur dix déclarations marquantes de l'élu corrézien devenu Président, mort ce jeudi à 86 ans.

L'ancien président de la République Jacques Chirac est mort ce jeudi matin à l'âge de 86 ans, a annoncé son gendre Frédéric Salat-Baroux à l'AFP. "Le président Jacques Chirac s'est éteint ce matin au milieu des siens. Paisiblement", a déclaré M. Salat-Baroux, époux de Claude Chirac.

"Le bulldozer", comme le surnommait Georges Pompidou, était réputé pour son verbe et son franc-parler. Retour sur dix de ses déclarations.

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"Je ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre."

Jacques Chirac claque la porte de Matignon le 25 août 1976, après deux ans de cohabitation houleuse avec Valéry Giscard d'Estaing. Un président omniprésent politiquement et médiatiquement, qui lui aura laissé très peu de marge de manœuvre. Cette démission est inédite dans l'histoire de la Ve République et marque un divorce affirmé entre une droite sociale démocrate, centriste, et celle du futur maire de Paris et créateur du RPR.

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"Ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n'êtes pas le président de la République, nous sommes deux candidats…"

C'est l'une des joutes politiques publiques les plus célèbres de Jacques Chirac. Au cours du débat de l'entre deux tours de la présidentielle de 1988, depuis la Maison de la radio, il tente de qualifier François Mitterrand de candidat, comme lui. Mais la répartie est cinglante, dans les mots comme dans le ton : "Mais vous avez tout à fait raison Monsieur le Premier ministre !"

"Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou !"

Le président du Rassemblement pour la République et maire de Paris participe en juin 1991 à un dîner débat à Orléans. Devant un millier de militants et de sympathisants, il est particulièrement virulent au sujet de l'immigration. Tout en soulignant que "ce n'est pas raciste que de dire ça." Cette déclaration, au-delà des remous politiques, marquera des générations de musiciens, de rap notamment, avec une célèbre chanson éponyme du groupe Zebda.

"Comment voulez-vous que le travailleur français qui habite à la Goutte-d'or, où je me promenais avec Alain Juppé il y a trois ou quatre jours, qui travaille avec sa femme et qui, ensemble, gagnent environ 15 000 francs, et qui voit sur le palier à côté de son HLM, entassée, une famille avec un père de famille, trois ou quatre épouses, et une vingtaine de gosses, et qui gagne 50 000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler ! Si vous ajoutez à cela le bruit et l'odeur, eh bien le travailleur français sur le palier, il devient fou !"

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"Oui, la folie criminelle de l’occupant a été, chacun le sait, secondé par des Français, secondé par l’État français."

En juillet 1995, deux mois après son arrivée à l’Élysée, Jacques Chirac est le premier président de la République à reconnaître la responsabilité de l’État français dans la déportation et l'extermination de juifs pendant la seconde guerre mondiale. Un discours historique dans un lieu historique, celui de la rafle du Vel d'hiv.

"Reconnaître les fautes du passé, et les fautes commises par l'État. Ne rien occulter des heures sombres de notre histoire, c'est tout simplement défendre une idée de l'homme, de sa liberté et de sa dignité."

"Qu'est-ce qu'il y a encore comme problème ? Je commence à en avoir assez ! What do you want ? Me to go back to my plane, and go back to France ?

La visite de la vieille ville de Jérusalem est des plus pénibles pour Jacques Chirac en ce mois d'octobre 1996. Les militaires et services de sécurité israéliens sont beaucoup trop présents à son goût, l'empêche d'approcher la population et les journalistes et les accrochages se multiplient. Jusqu'à ce que le président, qui réalise alors sa première grande tournée à l'étranger, fasse éclater sa colère : "This is not a method. This is provocation. That is provocation. Please you stop now !", lance-t-il à bout de nerfs. Une protestation officielle sera aussitôt envoyée à Benyamin Netanyahou.

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"J'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale"

En avril 1997, un an avant la fin la fin de la législature, Jacques Chirac se laisse convaincre de provoquer des élections. Il croit un nouvel élan possible et ses proches, en particulier Dominique de Villepin et Jean-Pierre Denis, le secrétaire général adjoint de l'Elysée, l'y encouragent. Mais la gauche plurielle l'emportera et Lionel Jospin arrivera à Matignon pour cinq ans.

"Il doit y avoir des limites à la calomnie… Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque."

Quelques heures seulement avant cet entretien avec Élise Lucet depuis Angoulême, une bombe politique a éclaté : la publication par Le Monde d'un verbatim de deux pages de la cassette Méry. Un enregistrement vidéo du défunt Jean-Claude Méry, financier occulte du RPR. "C'est uniquement aux ordres de M. Chirac que nous travaillions", y affirme notamment l'ancien promoteur et ancien membre du comité central du parti de Jacques Chirac. Le président s'emporte donc le soir même, en direct :

"Je suis indigné. Indigné par le procédé, par le mensonge et par l'outrance. Hier, on faisait circuler une rumeur fantaisiste sur une grave maladie qui m'aurait atteint, sous entendu je ne serais plus capable d'assumer mes fonctions. Aujourd'hui, on rapporte une histoire abracadabrantesque. On fait parler un homme mort depuis plus d'un an. On disserte sur des faits invraisemblables qui ont eu lieu il y a plus de quatorze ans."

"Ce n'est pas qu'elles se dégonflent, c'est qu'elles font pschitt"

En fin de mandat, pour sa dernière interview télévisée du 14 juillet (2001), le président est interrogé par Élise Lucet et Patrick Poivre d'Arvor sur ses voyages, ceux de son épouse Bernadette et de sa fille Claude, payés 2,4 millions de francs en liquide entre 1992 et 1995. Trois juges enquêtent et une majorité de Français voudraient y voir plus clair d'après les sondages. Jacques Chirac se lance dans une longue explication et termine ainsi :

"Et puis alors, là où j'ai été stupéfait, c'est quand je me suis aperçu qu'il y avait dans ces voyages des voyages que ni moi, ni ma famille, ni aucun de mes amis n'avaient jamais fait. (…) Et qu'il y avait surtout toute une série de voyages à des noms de gens dont je n'ai jamais entendu parler. Jamais. Donc ces sommes font pschitt, par définition."

"Notre maison brûle, et nous regardons ailleurs. Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas !"

En une formule, le président français créé l'événement au IVe Sommet de la Terre le 2 septembre 2002, en Afrique du Sud. Cette formule de la maison qui brûle a en fait été rédigée par Jean-Paul Deléage (militant et historien de l'écologie), qui s'est lui-même inspiré de la célèbre chanson "Beds are Burning", du groupe australien Midnight Oil (« How do we sleep while our beds are burning »). Accompagné de Nicolas Hulot, Jacques Chirac se révèle sur un terrain jusqu'ici secondaire dans l'itinéraire de celui qui vient d'être réélu face à Jean-Marie Le Pen.

"Prenons garde que le 21e siècle ne devienne pas pour les générations futures celui d'un crime de l'humanité, contre la vie."

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"Notamment s'agissant de la dépense, je décide et il exécute."

Autre rendez-vous traditionnel du 14 juillet (2004) pour "le vieux lion". Opportunité idéale pour recadrer Nicolas Sarkozy. Celui qui l'avait trahi pour Édouard Balladur et qui ne cache absolument plus ses ambitions présidentielles, y compris dans les jardins de l’Élysée avec sa femme Cécilia. D'où cette sentence à l'encontre du plus populaire de ses ministres :

Il n'y a pas de différend entre le ministre des Finances et moi. Pour une raison simple, c'est que notamment s'agissant de la dépense, je décide et il exécute. (…) Je ne laisserai pas les ambitions ou les calculs, des uns ou des autres, ici ou là, venir perturber l'action des trois années à venir."

A lire : "Je décide, il exécute…" et autres ruptures estivales

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