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Airseas remet des voiles aux cargos pour réduire la pollution des océans

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Airseas crée le premier système de propulsion vélique au monde entièrement automatisé qui sera commercialisé en 2021
Airseas crée le premier système de propulsion vélique au monde entièrement automatisé qui sera commercialisé en 2021

Demain l'éco. Une voile de kite géante qui tracterait les cargos pour leur faire économiser 20 à 40% de carburant et diminuerait d’autant les émissions de gaz à effet de serre. Le système Seawing développé par Airseas sera sur le marché en 2021 et il pourrait bien révolutionner les transports maritimes.

Qu’ont en commun les avions et les bateaux, sinon le vent ? Ingénieur dans l’aéronautique et passionné de la mer, l’idée trottait depuis longtemps dans sa tête. Vincent Bernatets a entraîné en 2016 deux anciens collègues d’Airbus pour plancher sur cette idée folle d’inventer une voile de kite pour tracter les cargos. Une société allemande travaillait déjà sur ce projet depuis le début des années 2000 mais leur système s’est avéré trop lourd à manipuler et nécessitait un gros équipage.

Vincent Bernatets, fondateur et président d'Airseas dans ses locaux provisoires à Nantes, janvier 2021
Vincent Bernatets, fondateur et président d'Airseas dans ses locaux provisoires à Nantes, janvier 2021
© Radio France - Annabelle Grelier

Notre innovation vient particulièrement du fait que le kite est piloté de façon complètement automatique et le capitaine n’a qu’à appuyer sur le bouton on/off pour déployer la voile ou la rentrer quand les conditions météo sont favorables.

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On pourrait croire à l’écouter de sa voix calme et posée que rien n’est plus simple que d’appuyer en effet sur le bouton de commande, quatre années de recherche auront pourtant été nécessaires à la start-up dirigée par Vincent Bernatets et composée aujourd’hui d’une soixantaine d’ingénieurs pour mettre au point tous les éléments de cette invention.

Une voile dynamique pilotée par logiciels

Pas moins de 7 brevets ont été déposés sur le seul système pour plier et déplier la voile. Une voile de 1 000 mètres carrés hissée en haut d’un mât de 30 à 35 mètres. La voile Seawing reliée par des câbles évolue à 150 mètres dans les airs en dessinant des 8 afin d’augmenter par 5 à 10 sa puissance de traction qui peut aller jusqu’à 100 tonnes et tirer des navires qui font 200 000 tonnes et 300 mètres de long. 

Le système Airwing promet jusqu'à 45% d'économie de carburant
Le système Airwing promet jusqu'à 45% d'économie de carburant

Une voile dynamique pilotée grâce à un système de navigation inspirée de l’aéronautique. Concrètement sur le pont du bateau, le système une fois rétracté ne prend pas plus de place qu’un container de 5 mètres sur 5 et se déploie automatiquement en 15 minutes grâce aux informations fournies par le logiciel d’aide à la décision, qui indique les meilleures conditions météorologiques. Truffé de capteurs et de logiciels, le système sait prévoir la tempête et s’arrêtera automatiquement, il a été conçu pour naviguer sous des vents jusqu’à 75 kilomètres heures. 

À lire aussi : Transport maritime : une mondialisation conteneurisée qui rime encore avec pollution

Révolutionner les transports maritimes 

Airseas assure que chaque navire équipé du système Seawing peut économiser de 20 à 45 % de carburant. L’économie pour les armateurs est au minimum d’un à deux millions d’euros par bateau. Une économie financière qui se conjugue à une réduction des émissions de gaz à effet de serre d’autant plus capitale que l’Organisation maritime internationale a affiché en 2018 l’objectif de réduire de 40% les émissions de carbone des navires en 2030. Le transport maritime mondial est aujourd’hui responsable de 3% des rejets de CO2, des rejets qui si rien n’est fait seront en constante augmentation pour tripler à l’horizon 2050.

Avec ce système de propulsion vélique innovant, c’est tout le transport maritime mondial qui pourrait changer. Changer ses usages et ses routes pour mieux tirer profit du vent.  

Le prix du système Seawing est gardé confidentiel mais s’élève de toute évidence à plusieurs millions d’euros par voile que les armateurs pourraient amortir en 4 à 5 ans. 

Le japonais K Line, cinquième flotte mondial a signé une commande pour équiper ses 50 vraquiers.
Le japonais K Line, cinquième flotte mondial a signé une commande pour équiper ses 50 vraquiers.

Le potentiel pour Airseas est énorme. En ayant réussi à développer son système avant la concurrence étrangère et d'autres start-up françaises qui planchent aussi sur un système de propulsion vélique comme Beyond the Sea de l'ingénieur et navigateur Yves Parlier, Airseas devient ainsi le premier à pouvoir le commercialiser et en passe de devenir leader mondial dans son domaine. L'entreprise souhaite produire 1 000 voiles par an pour équiper 15 % de la flotte mondiale.    

Nés dans le giron d’Airbus, les premiers tests menés par Airseas ont été réalisés sur un navire de l’armateur Louis Dreyfus et affrété par l’avionneur. Une liaison transatlantique reliant Saint-Nazaire à Mobile, en Alabama, pour transporter des tronçons d’avions a été concluante. Airbus est donc le premier client et investisseur dans la start-up qui en 2021 va passer au stade de l’entreprise industrielle pour produire en nombre et répondre à la demande.  

En effet, l’armateur japonais K Line, 5ème flotte mondiale a déjà passé commande pour équiper cinquante de ses vraquiers. 

La France et la finance bleue 

L’industrialisation est toutefois une étape toujours difficile pour les entreprises françaises. "Les aides financières sont plus faciles à obtenir pour les phases de recherche" relève Vincent Bernatets, dans sa phase de développement de projet, Airseas a pu bénéficier des aides de l’Ademe, de la BPI et des régions à hauteur de 15 millions d’euros mais nous nous retrouvons aujourd’hui un peu seuls dans notre phase de commercialisation" regrette-t-il.

"Dieu a donné à la France l’empire des mers" disait Richelieu mais il faut reconnaître que souvent elle lui tourne le dos en ignorant la force de l’économie maritime. Pourtant, le pays possède de nombreux atouts et compétences que ce soit dans la construction navale, la navigation et la course au large et ses armateurs sont souvent très innovants tels TOWT, Neoline, Zephir&Borée, ou encore LDreyfus. 

L'équipe d'Airseas compte aujourd'hui soixante collaborateurs entre Toulouse et Nantes.
L'équipe d'Airseas compte aujourd'hui soixante collaborateurs entre Toulouse et Nantes.

70 % des sociétés fournissant des solutions de propulsions véliques sont françaises, au moment où le transport maritime mondial amorce sa transition ne serait-il pas temps que la France ait un plan stratégique ? Elle a tout pour devenir leader mondiale, estime Vincent Bernatets

Au gouvernement, la ministre de la Mer Annick Girardin assure que le plan existe. Un plan de finance bleue qui comporte trois axes : la transition écologique, le développement de l’emploi et le rayonnement international. Une commission nommée en fin d’année dernière devra déterminer les besoins et le rapport est attendu sur le bureau de la ministre le 1er mars prochain. 

En attendant, Airseas, né à Toulouse, déménagera d’ici quelques semaines à Nantes dans un bâtiment de 5 000 mètres carrés puis viendra une usine. D’ici une dizaine d’années, l’entreprise compte créer 200 à 300 salariés et générer quelque 2 000 emplois indirects parmi ses fournisseurs, comme le constructeur de voile Nervures ou le fabricant de logiciel MaxSea avec lesquels elle travaille actuellement.