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"Alain Delon est la séduction même, il a une séduction absolument polyvalente"

Alain Delon sur le plateau d'Antenne 2 le 16 mai 1984.
Alain Delon sur le plateau d'Antenne 2 le 16 mai 1984.
© AFP - Georges Bendrihem

1986. France Culture proposait en 1986 un portrait sonore d'Alain Delon confectionné de témoignages, d'extraits de films, de musiques et d'archives. On peut y entendre Edwige Feuillère, Bertrand Blier, Jacques Fieschi, apporter leurs pierres à l'immense star qui se plaît à rester une énigme.

Les "Mardis du cinéma" consacraient en 1986 une émission à Alain Delon intitulée, "Alain Delon : le miroir de Tancrède". Le producteur Philippe Garbit tentait de s'approcher du mythe Delon à travers des témoignages et des extraits de ses films.

Le critique de cinéma Jacques Fieschi commence par raconter les débuts de la carrière d'Alain Delon. Le cinéma ne faisait pas partie de son univers, il n'a reçu aucune formation classique, c'est par le hasard des rencontres qu'il s'est retrouvé devant la caméra. La comédienne Edwige Feuillère, qui a tourné dans le premier film d'Alain Delon "Quand la femme s'en mêle" (1957), se souvient de ses essais :

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Il [Alain Delon] a fait son premier film avec Yves Allégret et j'étais la vedette du film. On m'a montré quelques bouts d'essais de trois ou quatre jeunes premiers et immédiatement j'ai eu un choc et j'ai dit : " C'est celui-là et pas un autre !" C'était tellement évident et je dois dire modestement que j'ai souvent eu du flair pour les débutants... Edwige Feuillère

"Alain Delon : le miroir de Tancrède", portrait du comédien dans les "Mardis du cinéma" sur France Culture le 16/12/1986.

1h 27

C'était un jeune acteur très beau, avec ses yeux d'acier qui sont extraordinaires, tellement photogéniques. C'est un être complet, un grand bonhomme, pas seulement une star de cinéma. Edwige Feuillère

Passant en revue les films clés d'Alain Delon, Jacques Fieschi s'arrête sur "Rocco et ses frères" (1961) de Luchino Visconti : "On est dans une sorte de douceur, cette espèce de masque qu'on a pu lui reprocher après, surtout dans la période Jean-Pierre Melville, ça ne s'est pas encore pétrifié. C'est surtout un visage qui voue encore à la mobilité, à l'innocence. Visconti s'applique à le buriner. [...]Visconti porte tout ça à son degré maximal d'intensité et d'expressivité. On n'avait pas encore vu ça chez Delon."

Puis vint "l'adoubement" par Jean Gabin avec le film "Mélodie en sous-sol" (1963) d'Henri Verneuil. "Pour le public et pour une carrière ça a un fort poids symbolique, cette caution gabinesque!"

La séduction d'Alain Delon est fabuleuse et efficace comme "une générosité de fauve" d'après Jacques Fieschi, qui fait "que l'on va marcher et que n'importe qui marchera parce que là il y a quelque chose de très très particulier".

Le réalisateur Bertrand Blier évoque la rencontre entre Alain Delon et le cinéaste Jean-Pierre Melville, "elle a dû être historique" chargée d'"une fascination réciproque", estime-t-il.

"Le Samouraï" était un film complètement bizarre. Il n'y a eu qu'un film fait comme ça en France. Et ça ressemble tellement à Delon, ce film : rôle muet, complètement narcissique, où il ne se passe pratiquement rien, Delon reste une heure devant une glace à rectifier la position de son chapeau ! Ça avait un charme fou, c'était un film fascinant. C'était une analyse extraordinaire de ces deux hommes, un portrait commun de Melville / Delon formidable. Bertrand Blier

Pour conclure ce portrait radiophonique, le critique de cinéma Jacques Fieschi tire un bilan de la carrière d'Alain Delon.

Ce qui sauve Delon complètement, c'est sa pratique de la provocation qui est toujours amusante. C'est jamais ennuyeux, bien-pensant. Chez Delon il y a une sorte de luxe de déplaire, il met une petite perversité galopante à cette volonté de provoquer, pour mieux séduire ensuite. Il prend le risque d'être antipathique, il prend le risque de déplaire, je crois assez sciemment, quitte ensuite à tout rattraper. Jacques Fieschi

  • "Mardis du cinéma" 
  • Première diffusion le 16/12/1986
  • Producteur : Philippe Garbit
  • Réalisation : Claude Giovannetti
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France