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Albert Cohen parle de "Belle du Seigneur" : "Une espèce de toboggan de la passion"

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Albert Cohen chez lui à Genève le 2 juin 1981.
Albert Cohen chez lui à Genève le 2 juin 1981.
© Getty - Ulf Andersen

En 1968, Albert Cohen publie "Belle du Seigneur", récompensé par le Grand prix du roman de l'Académie française. Ce roman est resté comme une œuvre essentielle sur la passion amoureuse et ses pièges. Nous vous proposons d'entendre la voix d'Albert Cohen commenter cette grande histoire d'amour.

Au micro de Jean-Pierre Colas dans l'émission "Un livre, des voix" diffusée en 1968, Albert Cohen évoque son roman Belle du Seigneur publié la même année. Ce roman fleuve de 850 pages conte l'histoire d'amour passionnelle entre Ariane et Solal. Conquise seulement en trois heures par son "cavalier", ils connaissent le bonheur passionnel des premiers temps, "la marche triomphale de l'amour" mais leur couple s'assèche et l'ennui s'installe jusqu'à ce qu'ils décident de leur suicide.

Albert Cohen explique dans cette émission d'abord en quoi son livre est en fait un éloge de ce qu'il appelle "l'amour nuptial".

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On pourrait appeler ce livre, le livre de l'amour. Je crois que ce livre où, entre autres, les splendeurs de l'amour à ses débuts sont longuement contées, est en réalité un hommage secret non pas à l'amour passion, [...] dont j'ai horreur, mais en réalité un hommage secret à l'amour nuptial, au véritable amour humain.

Extrait de "Un livre, des voix" avec Albert Cohen qui parle de "Belle du Seigneur"sur France Culture le 04/12/1968.

7 min

Durée : 7 minutes 20''

Par la suite, l'écrivain parle cet "amour qui s'use", de "ce cadavre qu'est devenu leur amour" ou encore de "cet amour passion sans cesse moribond" qu'Ariane et Solal ne parviennent pas à ressusciter :

Ils s'adorent toujours, ils s'aiment toujours mais ils s'ennuient. Il n'y a plus la divine surprise du premier "je t'aime", les mots d'amour qu'ils disent sont des mots maintenant qui font penser à une liturgie obligée.

Albert Cohen poursuit en affirmant que "dans une vie d'amour il vaut mieux souffrir que s'ennuyer, parce que souffrir c'est un passe-temps".

En ayant essayer toutes les injections de vie artificielle au cours de ces deux années de passion absolue, et je répète d’amour chimiquement pur, et bien ils sont arrivés à un point où s'aimant toujours, ils sentent que, en même temps, leur amour est mort. Et alors le dernier sacrifice qu'ils font à leur amour c'est au moins de mourir ensemble.

A écouter en intégralité :

"Un livre, des voix" avec Albert Cohen qui parle de "Belle du Seigneur" sur France Culture le 04/12/1968.

35 min

Durée : 35 minutes

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