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Amazonie : le chef indien Raoni accuse le président brésilien de "crimes contre l'humanité"

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A Bidart le 26 août 2019, le chef Raoni fustigeait déjà l'attitude de Jair Bolsonaro et appelait la communauté internationale à l'aide à l'occasion du G7
A Bidart le 26 août 2019, le chef Raoni fustigeait déjà l'attitude de Jair Bolsonaro et appelait la communauté internationale à l'aide à l'occasion du G7
© Radio France - Rosalie Lafarge

Le cacique Raoni, figure de la lutte contre la déforestation en Amazonie, demande à la Cour pénale internationale d'enquêter sur le président brésilien Jair Bolsonaro, qu'il accuse de "crimes contre l'humanité".

Depuis l'investiture de Jair Bolsonaro au Brésil en janvier 2019, "la destruction de la forêt amazonienne s'est accélérée sans commune mesure", dénonce le cacique Raoni Matuktire dans une plainte déposée le 22 janvier auprès de la Cour pénale internationale. Défenseur depuis 1989 des forêts et des peuples indigènes d'Amazonie, il demande à l'institution d'enquêter pour "crimes contre l'humanité" contre le président brésilien, qu'il accuse de "persécuter" les peuples autochtones en détruisant leur habitat et en bafouant leurs droits fondamentaux, tout en menant une politique qui vise à "piller les richesses de l'Amazonie"

D'après la plainte du chef du peuple Kayapo, "la déforestation de l'Amazonie a augmenté de 34,5% en un an", et "le taux d'assassinat de leaders autochtones est le plus élevé depuis ces onze dernières années", une situation qui résulte "directement de la politique d'Etat développée par le gouvernement de Jair Bolsonaro". La plainte, de 65 pages selon Le Monde qui a pu la consulter, rédigée par l'avocat français William Bourdon, vise également plusieurs ministres et rassemble les accusations portées par des dizaines d'ONG, des institutions internationales et des scientifiques spécialistes du climat. 

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"Une destruction de la forêt amazonienne", indispensable à la régulation du climat et frappée par des incendies record en 2020, "constituerait un danger direct non seulement pour les Brésiliens mais également pour toute l'humanité", soulignent les plaignants, selon l'AFP. Ils estiment que la politique d'Etat mène à des "meurtres", des "transferts forcés de population" et des "persécutions", constitutifs de "crimes contre l'humanité" tels que définis par le Statut de Rome de la CPI. Cependant, la Cour pénale internationale - créée en 2022 et qui siège à La Haye aux Pays-Bas - n'est pas obligée de donner suite aux milliers de requêtes déposées auprès de sa procureure. 

Juke-Box
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En France à l'été 2019, le chef Raoni dénonçait déjà l'attitude de Jair Bolsonaro 

Sans alors parler de "crimes contre l'humanité", le chef Rani portait déjà un message alarmant, lors de sa venue surprise au G7 de Biarritz à l'été 2019. Il avait alors pu échanger avec le Président Emmanuel Macron, à qui il avait demandé de l'aide pour préserver la forêt et les terres, ce qu'il était venu expliquer à la presse à Bidart, dans sa langue traduite en portugais, puis en français. 

La situation est critique". Raoni

L’air grave, sous sa coiffe traditionnelle jaune, le chef du peuple kayapo a, ce jour là, martelé son message le doigt pointé vers les journalistes. "La situation est critique, notre peuple est très inquiet de ce qui se passe en Amazonie. Et cela concerne toute la planète, car nos forêts et nos terres aident le monde entier à respirer, et donc à vivre"

"Notre peuple est très inquiet de ce qui se passe en Amazonie et cela concerne toute la planète." Raoni

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Le président Bolsonaro est un "menteur"

Cet été 2019, le chef indien soulignait que le monde avait déjà beaucoup évolué. "Cela fait longtemps que mon peuple et moi vivons de la chasse, de la pêche, de tout ce que nous offre la nature. Quand on a eu le premier contact avec l’homme blanc, les choses ont changé, mais on doit trouver une façon de cohabiter tous ensemble dans la paix car je n’ai jamais voulu de conflits entre les peuples." 

Issu d’une famille de chefs, il assurait avoir eu affaire à de nombreux dirigeants qui ne lui avaient pas prêté beaucoup d’attention. Mais il soulignait déjà que l’actuel président du Brésil, Jair Bolsonaro, était, pour lui, sans doute l’un des pires. "C’est un menteur, il ment sur ce qui se passe en ce moment au Brésil, insistait-il_, c’est lui qui incite les fermiers et les entreprises minières à mettre le feu en Amazonie."_ 

De cause à effets, le magazine de l'environnement
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Le cacique, satisfait de sa rencontre avec Emmanuel Macron

En revanche, le chef indien était ressorti plutôt satisfait de sa rencontre avec Emmanuel Macron. Il évoquait même une journée "incroyable". "Nous avons parlé de beaucoup de sujets, et nous avons eu de bonnes discussions, je me suis senti écouté et entendu." 

Je crois qu'Emmanuel Macron va tenir sa promesse.  Le chef Raoni

"Je lui ai demandé de nous aider à préserver nos terres et il m’a promis de convaincre les autres chefs d’Etat de nous soutenir dans cette crise. J’ai bien aimé ce qu’il m’a dit et je crois qu’il va tenir sa promesse", détaillait l'inlassable combattant pour le respect des droits des communautés indigènes. 

© Visactu

Une aide internationale d'urgence snobée par le Brésil

Au dernier jour du G7, les dirigeants avaient, à ce sujet, promis de débloquer d’urgence 20 millions de dollars pour envoyer des avions bombardiers d’eau lutter contre les incendies en Amazonie. Ils s'étaient également engagés à élaborer un plan d’aide pour la reforestation, qui devait être finalisé fin septembre, au cours de l’assemblée générale des Nations unies. Présent au G7, le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres avait d'ailleurs demandé à la communauté internationale de se mobiliser plus fortement. 

Cette aide enclenchée au G7 avait toutefois été snobée par le Brésil. Le chef de cabinet du président brésilien Jair Bolsonaro y avait opposé une fin de non-recevoir en affirmant que les incendies, qui progressaient encore alors, étaient "s_ous contrôle"._ Onyx Lorenzoni avait formalisé ce rejet de l’aide d’urgence en précisant que "c_es moyens seront peut-être plus pertinents pour la reforestation de l’Europe"_. 

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Le Journal des sciences
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