André Gorz en compagnie de son épouse, Dorine Keir
André Gorz en compagnie de son épouse, Dorine Keir

André Gorz et l'écosocialisme

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André Gorz : écosocialiste visionnaire

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Décroissance, revenu universel... Dès les années 1970, André Gorz avait anticipé les débats d'aujourd'hui. Ce philosophe a envisagé l'écologie non comme une défense de la nature, mais bien comme un changement de paradigme social, politique et économique.

Ingénieur, journaliste, philosophe, André Gorz est le premier en France à parler de “décroissance” dans les colonnes du Nouvel Obs en 1972. Grand théoricien de l’écosocialisme, il a vu dans l’écologie une voie de rupture avec le capitalisme.  

Il a anticipé de près de cinquante ans des débats contemporains sur le revenu universel, la réduction du temps de travail, le “consommer moins et mieux”.  

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Né à Vienne en 1923, André Gorz fuit le nazisme pour se réfugier en Suisse. Il s’installe en France dans les années 1950 et écrit dans plusieurs journaux. Ingénieur diplômé en chimie, c’est surtout la philosophie qui l’intéresse et le courant existentialiste de Sartre qu’il côtoie.

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Il cofonde le Nouvel Observateur en 1964 avec Jean Daniel. Grand lecteur marxiste, critique du consumérisme des Trente Glorieuses. Il est marqué par les idées libertaires et anarchistes post-68 et s’oppose de plus en plus à la gauche traditionnelle productiviste.

En 1972, le rapport Meadows, commandé par le club de Rome, alerte sur les limites de la croissance et l’impact sur l’environnement. Gorz critique ce rapport et préconise d’aller plus loin en sortant du capitalisme.  

Il est le premier en France à parler de “décroissance” dans les colonnes du Nouvel Obs.

Pour lui, l’approche écosociale consiste "en premier lieu à se demander pourquoi on est arrivé au point où on en est. Pourquoi notre mode de production et de consommation est destructif. Une politique écologiste est nécessairement anticapitaliste." 

Critique d’une société qui marchandise tout, André Gorz prône l'expérimentation sociale et l’autonomie des individus, l'autogestion, la réappropriation des savoir-faire, la défense des biens communs, les échanges non-marchands et la réduction du temps de travail.

À ce sujet il explique que "la société capitaliste ne sait pas répartir les surcroîts de richesse produite et ne sait pas répartir les économies de temps de travail. Au lieu de faire en sorte que tout le monde puisse travailler, mais travailler moins et de mieux en mieux, nous considérons la diminution annuelle du temps de travail comme une malédiction."

Critique du nucléaire, il encourage le développement des énergies renouvelables et regrette que les Français soient "traditionnellement attachés à des technologies qui laissent à l’État l’initiative de tout faire et qui font du citoyen un consommateur. Le solaire, c’est l’inverse, chacun pourra produire la quantité d’énergie qui lui faudra à un prix dérisoire."

Dans les années 1980, il défend même un revenu universel, non lié à l’activité professionnelle. André Gorz se suicide à 84 ans, avec sa compagne, atteinte d’une maladie incurable. Dans son parcours intellectuel, André Gorz ne s'intéresse pas à la destruction de l’environnement.  

Pour lui l’écologie n’est pas la protection de la nature, c’est un changement profond de paradigme...