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République tchèque : Andrej Babiš, milliardaire, homme d'affaires, Premier ministre et… fraudeur ?

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Andrej Babis, à l'ouverture de son procès, le 12 septembre 2022 à Prague
Andrej Babis, à l'ouverture de son procès, le 12 septembre 2022 à Prague
© AFP

L’ancien Premier ministre tchèque Andrej Babiš est jugé à Prague pour accusation de fraude et d'atteinte aux intérêts de l’Union européenne. Il aurait détourné 2 millions d’euros de subventions.

Le Parquet tchèque accuse Andrej Babiš d’avoir illégalement utilisé des fonds européens pour faire construire, près de Prague, un centre de conférence, un complexe hôtelier, une ferme et un zoo. Un projet baptisé le Nid de Cigogne. Le 27 décembre 2017, l’Office européen de lutte antifraude avait ouvert une enquête. Ce lundi 12 septembre 2022, le procès Babiš a donc débuté.

Des opposants de Babiš se sont placés sur le trottoir en face du Tribunal de Prague pour toute la durée du procès. Ils ont reproduit une cellule de prison pour l’ancien Premier ministre, et certains brandissent un portrait d'Andrej Babiš grimé en prisonnier.

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De l’autre côté du trottoir, Andrej Babiš se défend devant la presse de toutes les accusations contre lui : "Je suis heureux qu’on puisse voir tout cela, mes arguments contre cette fausse accusation. il s’agit, bien sûr, d’une enquête criminelle à motivation politique." Les Tchèques (et aussi les Slovaques...) sont passionnés par ce feuilleton judicaire

Andrej Babiš est né il y a 68 ans, à Bratislava, en Slovaquie. Il est d'origine slovaque. Son père était un diplomate à Bratislava à l'époque de la Tchécoslovaquie communiste. Il a étudié l'économie à la Faculté de Bratislava, il a eu son diplômé en 1978. Au début de sa carrière, il travaille pour la compagnie internationale slovaque, contrôlée par le Parti communiste. Il partira pour cette compagnie au Maroc.

Aparatchik

Comme il se doit, Andrej Babiš adhère au Parti communiste tchécoslovaque en 1980, neuf ans avant la chute du régime. Il est accusé, à la fois en République tchèque et en Slovaquie, d’avoir été un agent de la police politique tchécoslovaque communiste, la Sécurité d’État (StB) et du KGB soviétique. Andrej Babiš réfute toutes ces accusations.

Après la chute du régime en 1989, lors de la Révolution de Velours de Havel, Babiš s’installe en Tchéquie. Il utilise ses contacts et ses amitiés issue de l'époque communiste pour prendre le contrôle de la société d'état d’agrochimie et rachète d’autres sociétés d’état pour une bouchée de pain. Un business qui remonte directement à des anciens membres du PC et une « bourgeoisie rouge ». Agrofert, ancienne gloire du ministère de l’Agriculture, sera le nom de sa nouvelle société, spécialisée dans la chimie, l’agroalimentaire, l'élevage et aussi les médias.

Très important, car Andrej Babiš souhaite faire une carrière politique. En 2011, il crée son parti "Oui" (ANO), pour Action des citoyens mécontents. Un mouvement populiste, à la fois de gauche et de droite, qui surfe sur la colère des "simples" citoyens.

Le 25 et 26 octobre 2013, pour ses premières élections législatives, ANO fait un excellent 19%. Un an plus tard, le 24 et 25 mai 2014, aux élections européennes, ANO termine premier avec 16%. Et en 2017, Babiš prend la première place (30%) des élections législatives.

Opportuniste

Pour gouverner, ANO s’allie avec le Parti social-démocrate (CSSD) et il obtient le soutien sans participation du Parti Communiste de Bohême-Moravie (KSCM). Mais éclaboussé par l’affaire du "Nid de Cigogne", Babiš perd les élections des 8 et 9 octobre 2021.

Désormais, le pouvoir est partagé par deux coalitions : la première, plutôt à droite, "Ensemble" (Spolu), 27,78 %, avec le Parti démocratique civique (ODS), l’Union chrétienne démocrate-Parti populaire tchécoslovaque (KDU-CSL) et Tradition, Responsabilité, Prospérité 09 (TOP09), et la seconde, plus à gauche ; composée des Pirates et les Maires et les Indépendants, avec 16 %.

Aujourd’hui, néanmoins, ANO recueille de bonnes intentions de vote, à près de 30%. Andrej Babiš ne le dit pas encore, mais il attend le résultat de son procès pour annoncer sa candidature à la présidentielle, où les sondages lui promettent un bon score.

Donc soit Andrej Babiš est condamné à de la prison ferme, et il aura du mal à revenir au pouvoir, soit il est condamné à de la prison avec du sursis, ou même innocenté, et alors rien ne pourra l'arrêter dans son pari de revenir au pouvoir. Sauf, peut-être, si le Parquet national financier français, qui a ouvert une procédure contre lui pour blanchiment de fraude fiscale lors de l’acquisition de villas à Mougins, vient le chercher.