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Angelica Liddell sans demi-mesure

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Répétition du spectacle d'Angelica Liddell
Répétition du spectacle d'Angelica Liddell
© AFP - Anne-Chrisitine Poujoulat

Avignon 2016. La représentation radicale, traversée par les mots de Nietzche, Cioran ou Holderlin, dui spectacle de l'auteur metteur en scène espagnole Angelica Liddell « Que ferai-je, moi, de cette épée ? (Approche de la loi et du problème de la beauté) » a secoué le public, comme souvent avec la performeuse.

Angelica Liddell sans demi-mesure

1 min

Les grands artistes étrangers invités par Olivier Py sont entrés en piste. Parmi eux, l’auteur metteur en scène espagnole Angelica Liddell et son spectacle au titre énigmatique : « Que ferai-je, moi, de cette épée ? (Approche de la loi et du problème de la beauté) ». Une représentation radicale, traversée par les mots de Nietzche, Cioran ou Holderlin qui, comme souvent avec la performeuse, a secoué le public.

Pourquoi aime-t-on tellement Angelica Liddell alors même qu’elle nous exaspère avec ses diatribes qui n’en finissent pas ? Sans doute parce qu’elle-même se déteste à un point peu concevable et que de cette détestation, elle fait un uppercut artistique dont l’exigence convoque ce qu’il y a de plus vigilant en chacun de nous.

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Pendant près de 4 heures, l’artiste espagnole nous emmène au cœur de l’abjection. Son spectacle en trois parties s’ouvre par un cérémonial autour d’un japonais, adepte du cannibalisme. Il se prolonge par l’arrivée de l’artiste superstar qui vient, face public, déverser la haine qu’elle se porte et prendre sur elle une faute terrible : si les attentats du 13 novembre ont eu lieu à Paris, c’est à cause de ce qu’elle est, elle, Angelica Liddell, soit un rebut de l’humanité qui ne peut qu’engendrer le mal.

Narcissique et mégalomane

A la fin du spectacle, c’est nous qui sommes pris à partie, nous, notre mollesse, notre paresse d’esprit, nos petits arrangements avec la vérité. Sur un plateau étoilé de bleu, de très belles jeunes filles blondes dénudées et des acteurs japonais participent aux rituels, nombreux, que déploie l’auteur. Ils mangent du poisson cru, ils dansent jusqu’à l’épuisement. Un homme vient uriner sur le corps allongé de cette performeuse sans limite. De sublimes musiques apparaissent, disparaissent.

On pourrait dire de ce spectacle qu’il est d’un narcissisme insupportable et c’est vrai. Mais il ne faut pas en douter, c’est justement parce qu’elle est narcissique et mégalomane qu’Angelica Liddell, artiste de la tête au pied, met ses tripes sur la table comme personne, sauf elle, n’ose le faire.