Annie Londonderry, première femme à avoir fait le tour du monde à vélo

Annie Londonderry a remporté son pari : elle a fait le tour du monde à vélo en moins de 15 mois
Annie Londonderry a remporté son pari : elle a fait le tour du monde à vélo en moins de 15 mois

Annie Londonderry, la première femme à avoir fait le tour du monde en vélo

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Annie Londonderry, première femme à avoir fait le tour du monde à vélo

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Première femme à faire le tour du monde à vélo, Annie Londonderry n’a pas seulement réalisé un exploit sportif…Elle a aussi bouleversé les normes de genres en agissant selon sa devise : “Une femme peut faire tout ce dont un homme est capable”.

Annie Londonderry ou Cohen Kopchovsky de son vrai nom, fait partie de ces femmes qui ont marqué l'histoire du féminisme par leur détermination.  "Au moment où elle a décidé de faire ce tour du monde à vélo, elle n'était jamais montée sur un vélo", souligne Peter Zeuthlin, son arrière-petit neveu et biographe.

Un gros coup de bluff

En 1894, à 24 ans et déjà mère de trois enfant, sa vie change sur un coup de bluff. Elle raconte avoir été choisie pour départager deux hommes d’affaires qui auraient parié qu’une femme ne peut pas faire un tour du monde en vélo. Ce dont Peter Zeuthlin doute fortement : "Ça semble assez improbable, et comment aurait-elle été choisie ? Je suis arrivé à la conclusion qu’elle avait inventé cette histoire de pari pour rendre encore plus sensationnel son voyage. Elle voulait vraiment faire de ce voyage un succès financier pour améliorer la situation de sa famille."

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Annie Londonderry pose en 1894, avant son départ pour le tour du monde. On voit le panneau publicitaire Londonderry sur son vélo.
Annie Londonderry pose en 1894, avant son départ pour le tour du monde. On voit le panneau publicitaire Londonderry sur son vélo.

Selon les termes du “pari”, elle doit faire ce voyage en 15 mois sans argent. Brillante commerciale, elle utilise son image pour trouver des sponsors, "des pharmacies, fabriques de vélos, peu importe, elle s’est littéralement parée d’annonces publicitaires et roulait dans les rues. C’était tout un spectacle. Elle était quasiment un panneau publicitaire roulant", détaille son arrière-petit-neveu. Elle prend d’ailleurs le nom de Londonderry, d’après l'un de ses sponsors, vendeur d'eau minérale.

Un matériel peu adapté...

Le 25 juin 1894, elle quitte Boston avec peu de vêtements ... et un pistolet. "Je pense que ça aussi, ça fait partie de son génie marketing. Porter un revolver - ce qu’elle a vraiment fait, c’est documenté parce qu’elle le montrait à tous les journalistes à qui elle parlait - ça renforçait le côté dangereux : une femme seule qui voyage à l’étranger sans autre protection qu’elle même", explique Peter Zeuthlin.

Annie roule avec un Columbia, un vélo pour femme de plus de 20kg, et porte la jupe longue comme le veut la tradition. Sans entraînement et avec un matériel peu adapté elle met trois mois pour rejoindre Chicago. Elle était sur le point d’abandonner, découragée par le temps qu’elle a mis. Elle fait finalement demi-tour car elle décide d'embarquer pour Le Havre.

Annie troque sa jupe pour un bloomer, une sorte de pantacourt bien plus pratique pour pédaler.
Annie troque sa jupe pour un bloomer, une sorte de pantacourt bien plus pratique pour pédaler.

Mais à Chicago, elle se procure un vélo d’homme, deux fois plus léger, et troque sa jupe pour un bloomer. "C’était la première étape d’une évolution vers une apparence plus masculine, analyse Peter Zeuthlin, elle est sur un vélo d’homme, elle porte ce qui ressemble à un pantalon, et grâce à l’exercice devient plus musclée. La façon dont elle est décrite dans les médias français est très différente des médias américains. Dans les médias français elle est décrite comme masculine, garçonne, musclée. Et il y a même un journal à Lyon qui dit qu’elle n’était ni homme ni femme mais qu’elle appartenait à un troisième sexe."

...et des histoires rocambolesques.

Admirée ou moquée, elle réussit à faire parler d’elle. Partout où elle passe, elle donne des conférences sur son aventure souvent enjolivée : "Ses lectures étaient pleines d’histoires à propos de dangereuses escapades, de chasse au tigre avec la famille royale indienne, d’elle qui se jette d’un train au-dessus d’une rivière avec son vélo à la main, d’attaques de bandits…" Elle fait le tour du monde en moins de 15 mois, bien qu’elle ait beaucoup utilisé le bateau ou le train, elle arrive à destination victorieuse.

On parle d'elle dans les journaux, elle devient célèbre, "The Bearings" 1895.
On parle d'elle dans les journaux, elle devient célèbre, "The Bearings" 1895.

"Elle a eu son quart d’heure de gloire mais ensuite elle est morte en anonyme. Elle a continué à travailler toute sa vie et est restée mariée avec son époux qu’elle avait quitté pour 15 mois, elle a eu un quatrième enfant… Elle a accédé à la notoriété aussi vite qu’elle l’a perdue", analyse son biographe. Avec ses frasques et sa détermination, Annie Londonderry donne raison à une de ses contemporaines, Suzan B. Anthony qui écrit en 1896 : “La bicyclette a fait plus pour l'émancipation des femmes que n'importe quelle chose au monde”.