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Antigone, F(l)ammes et les Fralibs : esprits de résistance

Par
F(l)ammes • 1336 (Paroles de Fralibs) • Antigone
F(l)ammes • 1336 (Paroles de Fralibs) • Antigone
- François Louis Athenas • Stéphane Burlot • Christophe Raynaud De Lage

AVIGNON 2017 . Résister contre l'ordre établi : cette thématique, éminemment politique, a fortement résonné en cette 71ème édition du Festival d'Avignon. Décryptage de ces esprits de résistance, avec trois spectacles du IN et du OFF.

Résister contre l'ordre établi et lutter pour ce que l'on croit juste : une thématique qui a fortement résonné dans cette 71ème édition du festival d'Avignon, avec la figure d'Antigone dans la Cour d'honneur du Palais des Papes. Dans le IN et dans le OFF, grâce à trois spectacles, décryptage des esprits et des postures de résistance, de l'Antiquité grecque à nos jours.

Antigone de Satoshi Miyagi : A la vie, à la mort

Antigone, interprétée par l'actrice japonaise Micari, dans la mise en scène de Satoshi Miyagi
Antigone, interprétée par l'actrice japonaise Micari, dans la mise en scène de Satoshi Miyagi
© Radio France - Anne-Christine Poujoulat

Antigone, la figure du grand non qui a traversé les siècles, est arrivée jusqu'à la Cour d'honneur du Palais des Papes. Lorsque le public entre dans la Cour d'Honneur, les acteurs, tout de blanc vêtus, se déplacent à pas lents sur un sol rempli d'eau. L'atmosphère est mystique.

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Avant de démarrer la tragédie, un épisode aussi pédagogique que drôle. Les acteurs du SPAC (Shizuoka Performing Arts Center) situé aux environs du mont Fuji, entrent en scène. Avec une énergie qui n'est sans rappeler celle d'un manga, ils résument l'intrigue. Alors qu'Etéocle et Polynice se sont entre-tués au combat, Créon refuse la sépulture à Polynice, menaçant de mort quiconque s'approcherait du défunt. Antigone brave la loi de Créon, et résiste, jusqu'à la mort. Une fois ces éléments dramaturgiques posés, le spectacle peut commencer.

Dans une forme qui emprunte volontiers au bunraku (théâtre de marionnette japonais) et au (forme théâtrale japonaise traditionnelle), les personnages se dédoublent, l'un interprétant le texte, et l'autre le corps du personnage. "Deux acteur pour un rôle", le tendance n'est pas nouvelle dans l'oeuvre de Satoshi Miyagi, mais cette division est ici plus périlleuse, dans cette esthétique qui joue avec les ombres.

Antigone de Satoshi Miyagi
Antigone de Satoshi Miyagi
- Christophe Raynaud De Lage

Savamment orchestré pour la Cour d'Honneur, ce jeu sur les lumières confère à la tragédie toute sa dimension sacrée, lorsque le cri final de Créon accompagne son ombre qui grandit jusqu'à rejoindre les astres. Rarement l'on vit si belle utilisation de la Cour d'Honneur.

Bien qu'étant des plus fidèles à l'oeuvre de Sophocle, Satoshi Miyagi propose une dernière scène pour remettre de la lumière au coeur de la tragédie."Nous allons présenter cette pièce non pas comme une "pièce tragique et triste", mais comme une fête pour apaiser les esprits", affirme le metteur en scène. Et pour cela, il s'inspire un rituel issu du bouddhisme japonais, le shôrô-nagashi, consistant à faire flotter des bouges sur une rivière. Lorsque la lumière progressivement s'éteint, en silence, les âmes des morts restent lumineuses, bel et bien là. Antigone est entrée dans la nuit, mais résiste aux ténèbres.

Antigone de Satoshi Miyagi
Antigone de Satoshi Miyagi
- Christophe Raynaud De Lage

F(l)ammes : "Personne n'aura raison de ma joie"

F(l)ammes
F(l)ammes
- François Louis Athenas

11h du matin, au Théâtre des Halles, dix femmes sur scène. Elles ont entre 20 et 30 ans. Leur point commun ? Elles sont nées de parents immigrés, habitent dans des quartiers soit-disant dits "sensibles" et n'ont, pour la plupart, pas d'expérience théâtrale.

À réécouter : Récits de vie avec le metteur en scène Ahmed Madani et deux de ses comédiennes: Haby N'Diaye et Yasmina Ghemzi

Tour à tour, elles viennent partager sur le plateau un morceau de leurs histoires. Leurs origines, leurs joies, mais aussi leurs peines, leurs luttes. L'air de rien, aux détours de quelques phrases, on nous rappelle aussi que, depuis 1909 seulement, porter un pantalon pour une femme n'est plus un délit.

Ludivine ironise : "je suis sensible, issue d’un quartier sensible". Elle raconte sa trajectoire sociale ascendante, son amour de la lecture – et de l’anthropologie notamment – et tout son parcours pour en être fière, et surtout ne pas en avoir honte. Chirine, elle, a appris les arts martiaux depuis son plus jeune âge pour savoir se défendre en cas d’agression. Mais aussi ne pas avoir peur et ainsi combattre les préjugés. Et dans son histoire, la première personne à qui elle montrera qu'elle n'a pas peur, c'est son père.

L’individualité cède alors la place au collectif, et parfois, les esprits s’échauffent. Ici, pas de langue de bois, la dispute éclate frontalement. Mais qui donc a l'air "la plus française" ? Celle qui est noire, métisse, algérienne, mauritanienne ? Anissa, elle, a trouvé une solution. A qui ne comprend pas son prénom, elle se fait appeler Vanessa.

La diversité, l’immigration, les origines, certes, mais derrière tout cela, ce que nous livrent ces femmes, ce sont des émotions et des fragments de vie, à l’image de ce récit par Yasmina Ghemzi d'une rencontre poétique dans le RER :

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Contre les préjugés, les discriminations, les dominations, elles répondent en dansant et en chantant "Freedom" ! Avec une énergie exaltante, elles vous emportent dans leurs émotions, du rire aux larmes. Avec chaleur, humanité et humour, elles brossent le portrait d’une France diverse et optimiste, dont la devise pourrait être cette phrase de Dana : « Personne n’aura raison de ma joie » !

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Les Fralibs : 1336 jours pour un combat

1336 (Paroles de Fralibs)
1336 (Paroles de Fralibs)
- Stéphane Burlot

20h10, sur la scène du théâtre 11. La scénographie est dépouillée. Une table en bois, une chaise. Philippe Durand entre, s’assoit, et lit méthodiquement le manuscrit posé sur la table. Expérience déconcertante pour l'habitué du théâtre qui s'attend à voir le texte disparaître de la scène.

Dans un entre-deux entre fiction et documentaire, le comédien Philippe Durand nous mène dans ce récit de résistance. Il distribue avant l'entrée en salle une chronologie des différentes étapes de ce combat. 1336, c'est le nombre de jours qu’ont lutté les employés de Fralib contre le géant Unilever, puissante entreprise multinationale qui détient, parmi tant d'autres, la marque "Thé Eléphant" pour laquelle ils travaillent.

À réécouter : Le combat des Fralib, la démocratie au cœur de l’entreprise

Septembre 2010, la décision tombe comme un couperet : la direction décide de stopper la production pour un soi-disant manque de productivité, dans l'optique de délocaliser l'entreprise en Pologne et en Belgique. C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase, et pour cause. En 1998, pour conserver leurs emplois suite à la fermeture d'un site de production, des employés du Havre ont déménagé à Gemenos, dans la région marseillaise. Déjà bien des concessions. Cette fois, c'est un combat digne de celui de David contre Goliath qui s'amorce. Les ouvriers décident d'occuper jour et nuit l'usine l’usine, le temps qu’il faudra pour obtenir gain de cause.

Philippe Durand a suivi la lutte dans les médias. Au lendemain de l'accord de fin de conflit en mai 2014, il frappe à la porte des Fralibs pour comprendre la résistance de l’intérieur. Au printemps 2015, il enregistre leurs témoignages, retranscrit, compose un spectacle d’1h30. Le comédien insiste sur l'attention portée au langage et l'importance de l'oralité, pour ne pas polisser, dit-il, mais au contraire conserver la richesse de la langue, son empreinte locale.

De ces témoignages, on retient l'inventivité dont ils firent preuve pour mener cette bataille. Ils multiplient les actions, parfois débordantes d'imagination in situ dans les magasins pour brouiller l'accès aux produits Unilever. Ils s'opposent aux plans sociaux de la multinationale et refusent tour à tour un chèque de 90 000 euros destiné à leur faire abandonner les poursuites contre le géant. Un seul objectif : conserver leurs emplois.

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1h30 plus tard, c'est l'émotion de l'authenticité qui émerge. Au-delà de la lecture, c'est à une performance de comédien à laquelle nous convie Philippe Durand. A chaque page qui se tourne, il se fait le passeur d'un choeur en lutte. Il est en quelques sorte, lui aussi, devenu un Fralib, par extension.