Louis Pasteur, l'inventeur du vaccin contre la rage, a été un des premiers à faire les frais des accusations antivaccins.
Louis Pasteur, l'inventeur du vaccin contre la rage, a été un des premiers à faire les frais des accusations antivaccins.

Les arguments récurrents des antivax

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Antivax : quatre arguments récurrents depuis deux siècles

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Rumeurs de stérilisation, spéculation financière des laboratoires... : certains arguments antivaccination contre le Covid-19 ressemblent à ceux déjà employés, notamment à l’encontre de Pasteur ou de la vaccination anti-variole, au XIXe siècle.

Des laboratoires accusés de se livrer à la spéculation et un homme développant des vaccins traité de “chimiste-financier” : vous pensiez à Bill Gates ? En réalité, cet argument a un siècle et demi, et c’est Louis Pasteur qui en a fait les frais en premier. L’argument économique n’est d’ailleurs pas le seul à être encore repris pas les opposants au vaccin contre le Covid-19.

  • Effets secondaires : un large répertoire de fantasmes

La rumeur était que les femmes allaient être stérilisées par le vaccin, ce qui signifiait l’extinction de la race arabe, précise l’historien Laurent-Henri Vignaud, qui en mentionne une autre : le remède contiendrait du sang de Juifs, de manière à désislamiser les populations.

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Au tout début du XVIIIe siècle, une crainte similaire émerge en Angleterre, celle de la minotaurisation. Le médecin anglais Edward Jenner invente le vaccin contre la variole en utilisant une maladie bovine, la “variola vaccina”. La vaccine, du nom de cette injection, ferait pousser des visages difformes et des membres de vaches sur les corps humains.

En 1802, le caricaturiste anglais James Gillray s'empare de la rumeur de la minotaurisation des vaccinés.
En 1802, le caricaturiste anglais James Gillray s'empare de la rumeur de la minotaurisation des vaccinés.
- James Gillray
  • Le procès en cupidité des laboratoires

Lors de l’invention des premiers vaccins, on fait encore fabriquer ses médicaments chez l’apothicaire. Le vaccin étant un des premiers qui ne peut être fabriqué qu’avec un procédé précis, il est commercialisé par une firme pharmaceutique. On entre donc dans une ère plus industrielle de la médecine, où ses fabricants peuvent en retirer des profits. On allègue donc les pires pensées aux médecins vaccinateurs de l’époque.

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Henri Rochefort, journaliste et polémiste anti-vaccin, qualifie Louis Pasteur de “chimiste-financier” dans les années 1880. Ces critiques redoublent lorsque l’inventeur du vaccin contre la rage demande et obtient des subventions des pouvoirs publics. “Les flots du vaccin deviendront le Pactole des vaccinateurs”, ose le docteur Maurice Deutsch dans un mémoire sur la vaccination en 1881.

  • Une protection naturelle

Autre argument intemporel : le principe même de la vaccination serait contre-nature et le corps humain, qui dispose de défenses immunitaires, n’en aurait pas besoin pour se défendre contre des maladies. Pendant longtemps, on a cru que la variole était une maladie “atmosphérique”, due à l’air impur de certaines zones urbaines et pauvres. Elle pouvait, selon les tenants des théories holistiques, être due à de mauvais comportements, pathogènes en eux-mêmes. “Quand une personne tombe malade, c’est qu’elle s’est mal alimentée, qu’elle vit dans un environnement dégradé, illustre Laurent-Henri Vignaud, qui a co-signé avec Françoise Salvadori l'ouvrage " Antivax: la résistance aux vaccins du XVIIIe siècle à nos jours".

Dans cette conception, la fatalité est le meilleur des remèdes et soigner revient à corrompre le corps humain. “La vaccine est un délit commis contre la nature”, plante le médecin français Villette de Terzé en 1857. L’argument a redoublé de force à la fin du XIXe siècle, lorsque les médecines alternatives sont apparues, comme l’homéopathie, la naturopathie ou l’hydrothérapie.

  • La non-vaccination assimilée à une liberté

La vaccination obligatoire est aujourd’hui au cœur des protestations. Et là non plus, rien de neuf. En 1853, l’Angleterre se dote de sa première loi de vaccination obligatoire contre la variole. Cet événement politise inévitablement le débat. Les premières ligues anti-vaccin sont créées, comme la National Anti-Vaccination League ou la London Society for the Abolition of Compulsory Vaccination. Des manifestations éclatent, notamment dans des villes ouvrières du nord : Leicester, Manchester ou Gloucester. Des villes loin du pouvoir central, comme une résistance à l’État.La principale différence, finalement, réside dans la multiplication des canaux d’information. Car avec les réseaux sociaux, les théories du complot circulent plus vite, rendant difficile l’explication rationnelle face à la peur.

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