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Après le Brexit, paroles d'intellectuels

Par
Julia kristeva, Anish Kapoor, Hanif Kureishi et Erri De Luca
Julia kristeva, Anish Kapoor, Hanif Kureishi et Erri De Luca
- Maxppp et Reuters

Les réactions d'Anish Kapoor, Hanif Kureishi, Julia Kristeva et Erri de Luca suite au vote britannique en faveur d'une sortie de l'Union Européenne.

Les Matins de France Culture consacraient ce matin une émission spéciale sur le résultat très attendu, et craint, du référendum au Royaume-Uni. Les Britanniques ont voté jeudi en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne. Quelques intellectuels ont exprimé, au micro d'Amélie Perrot et Guillaume Erner, leur analyse, leur émotion à l'annonce de ce résultat.

Anish Kapoor, artiste britannique

© Maxppp

"Soudain nous voici jetés dans l'étroitesse d'esprit, la peur et les divisions entre nous-mêmes"

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Anish Kapoor : "je suis horrifié"

1 min

"Je suis horrifié. Nous sommes tous horrifiés, je crois. Depuis la guerre, il y a eu l'idée que nous pourrions avoir un projet cosmopolite en Europe, et la Grande-Bretagne a toujours été un leader dans le dialogue concernant l'Europe, et là on vient de reculer d'un grand pas vers la xénophobie, vers l'extrême droite qui donne une voix à cette droite là dans toute l'Europe et qui signifie que notre projet d'unité, de vivre ensemble peut se terminer. La Grande-Bretagne semble tombée dans l'abysse.

Je crois que l'autre résultat de cette discussion et de cette perte de temps depuis trois, quatre mois en Grande Bretagne, c'est que c'est une discussion qui a divisé notre société entre ceux qui peut-être sont allés à l'université et ont une culture et une vision cosmopolite, et ceux qui en général, se voient eux-mêmes comme la base de ce qu'est la nationalité et l'identité britannique. Mais c'est une fausse discrimination. La Grande-Bretagne est un pays profondément libéral, mais soudain nous voici jetés dans l'étroitesse d'esprit, la peur et les divisions entre nous-mêmes".

Hanif Kureishi, écrivain, scénariste et dramaturge britannique

Hanif Kureishi, écrivain, scénariste et dramaturge britannique
Hanif Kureishi, écrivain, scénariste et dramaturge britannique
© Maxppp - MARTA PEREZ

"Une campagne très sale"

Hanif Kureishi : "La campagne du Brexit a été très sale"

1 min

"Ça a été une campagne très sale et j’ai été très choqué par le langage qui a été utilisé, particulièrement les propos racistes et presque fascistes qui ont été tenus envers les immigrés et envers l’immigration. Je pense qu’il est essentiel de se rappeler que la richesse du Royaume-Uni dépend presque entièrement du travail des immigrés arrivés au Royaume-Uni depuis la Seconde guerre mondiale. Mon père est venu d’Inde pour travailler ici, je suis un enfant d’immigré et j’ai été choqué du manque de gratitude de la part de certaines personnes envers tout ce que nous avons fait pour ce pays. Je ne suis pas un grand fan des politiques économiques européennes, particulièrement de la façon dont l’Allemagne a traité la Grèce, qui était terrible. Mais partout en Europe, en Pologne, en Hongrie, en France avec Marine Le Pen, une droite dure se développe. Donc je crois qu’il est fondamental qu’un pays progressiste et éclairé comme le Royaume-Uni reste en Europe, pour que nous puissions continuer à nous battre pour les Lumières, pour des valeurs, pour les droits des homosexuels, contre le racisme, contre le fascisme et pour l’égalité et la liberté de tous".

Hanif Kureishi : la culture, un rempart contre la crise européenne

1 min

"Je suis Britannique, je suis Anglais, je suis un artiste et je fais partie de l’Europe, je me sens connecté à l’Europe, à l’immense culture française, à l’immense culture italienne. En Hongrie, en Pologne, il y a de grands artistes, de grands réalisateurs. Et je crois que nous devons nous rassembler pour nous battre contre la montée de la droite en Europe. Je crois que dans ces débats, la culture est très importante, je le pense vraiment. Je crois qu’une des choses importantes que nous faisons en tant qu’artistes, et particulièrement en tant qu’écrivains, c’est d’avoir pour sujet la langue, le débat, la discussion. Et il est fondamental que nous surveillions la façon dont la langue est utilisée dans ces débats en Europe. J’ai été très préoccupé et effrayé par la langage particulièrement agressif de la droite dans le débat sur l’Europe au Royaume-Uni. Et je crois qu’en tant qu’artistes, nous devons être attentifs à la façon dont la langue est utilisée dans ces débats".

Erri De Luca, écrivain, poète et traducteur italien

© Maxppp -

"Il faut maintenant relancer l’Europe, la faire bondir"

Réaction d'Erri De Luca à la sortie du Royaume-Uni de l'Europe

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"L’idéal européen n’est pas une liaison entre des monnaies mais c’est une liaison qui est née de la destruction de l’Europe au cours de la première moitié du XXe siècle sur les débris de la seconde Guerre mondiale, pour empêcher le retour d’une guerre et former une Europe de démocratie contre les fascismes et les nationalismes. Il faut admettre cette perte et ajouter de la vitesse à des nations qui vont poursuivre et faire un pas en avant dans l’union, vers une fédération. C’est le moment où il faut maigrir un peu. Les nations qui souhaiteraient rester à l’écart de ce deuxième pas, peuvent rester à l’écart et attendre un peu, mais il faut maintenant relancer l’Europe, la faire bondir mais pas la diminuer. Je suis méditerranéen, et je sais qu’il n'y aura jamais une possibilité de bâtir des 'Etats-Unis' de la méditerranée. C’est pour ça que je regarde vers l’Europe, qui elle seule a la possibilité de construire une grande fédération des nations."

Julia Kristeva, écrivain et psychanalyste

Julia Kristeva, écrivain et psychanalyste
Julia Kristeva, écrivain et psychanalyste
© Maxppp - Sergio Goya

"La nécessité de ne pas dénigrer les identités nationales"

Réaction de julia kristeva à la sortie du Royaume-Uni de l'Europe

1 min

"La question est de repenser l'identité européenne et je pense que la première chose que fait apparaître ce référendum c'est la nécessité de ne pas dénigrer les identités nationales. Je pense qu'on a trop vite fait, en France, à partir de notre version de l'universalisme de considérer que l'identité nationale est un archaïsme dangereux. Je pense que l'identité nationale est un antidépresseur qu'il faut prendre au sérieux car il ne faut pas le pousser à l'extrême comme tous les antidépresseurs il peut devenir maniaque et conduire à la guerre contre les autres et à l'intégrisme religieux, mais c'est une dimension absolument nécessaire de l'identité personnelle et des identités collectives. Mais l'Europe, parmi les autres cultures qui se partagent la globalisation, est une tradition culturelle unique par rapport aux autres car chez nous une philosophie s'est créée pour laquelle l'identité n'est pas un culte mais une interrogation. Une mise en question. Toute cette dimension de la culture européenne est extrêmement importante : problématiser les identités. Et ça nous n'arrivons pas encore à le faire parce que nous, les intellectuels et les politiques et les intervenants autour de l'identité européenne et de la politique européenne, avons oublié la dimension culturelle."