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Après le Covid, le retour des années folles ?

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Après le Covid, le retour des années folles ?
Après le Covid, le retour des années folles ?
© Getty - Fabian Krause / EyeEm

Le retour à la vie « normale » va bien finir par arriver. La « sortie » du Covid se fera-t-elle dans la fête sans limites ou la frugalité ? Une re-libération sexuelle ou une longue dépression ? Le souci de soi et le souci de la planète ? Un renouveau artistique ? Enquête.

Les « années folles » ont duré à peine dix ans. Entre la fin de la Première Guerre mondiale et la Grande crise de 1929, elles furent brèves. Elles font suite à l’un des conflits les plus meurtriers de l’histoire et précèdent la « grande dépression » qui allait engendrer la montée du nazisme puis la Seconde Guerre mondiale. On ne peut donc guère se réjouir, ou prendre en exemple, les « années folles ». 

Et pourtant, quel bouillonnement ! Quelle effervescence ! 

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L’armistice signé, les Français font la fête. « Joie éclatante de la paix retrouvée », écrivent les historiens Jean-Jacques Becker et Serge Bernstein. Cette « fureur de vivre » se décline dans tous les aspects de la vie sociale et de la culture. 

« Les années folles, c’est d’abord une réinterprétation, une reconstruction a posteriori. Comme souvent en histoire, on a envie d’avoir des années folles mais, dans les années 1920, on ne les a pas appelées comme ça. On ne savait pas qu’on était dans les années folles. C’est par la suite, rétrospectivement, dans les années 1960, qu’on a employé l’expression », explique l’historienne Emmanuelle Loyer, professeure des universités à Sciences Po-Paris, spécialiste d’histoire culturelle et autrice de la biographie de référence de Claude Lévi-Strauss.  

En fait, les « années folles » sont un « chrononyme ». C’est-à-dire une période à laquelle on choisit de donner un nom, comme les « Trente glorieuses » ou les « années de plomb ». 

Les années folles des années 1920

La fête, la danse, la nuit : les « années folles » survivent jusqu’à nous à travers le charleston du Bœuf sur le toit, les nuits arrosées dans les grandes brasseries de Montparnasse (La Coupole, Le Dôme et La Rotonde). Et puis, surtout, La Revue nègre de Josephine Baker dans la salle des Champs-Elysées – Baker qui devient en quelque sorte la figure emblématique des « années folles » (et dont on dit que le président Emmanuel Macron pourrait choisir de la faire entrer au Panthéon).

« Joséphine Baker fait le lien entre les États-Unis et la France. Elle fuit la ségrégation et elle devient une sorte de porte-étendard des années 1920 », résume Emmanuelle Loyer. Qui ajoute : « Les années folles et Joséphine Baker portent avec elles un désir puissant de vie, une ivresse, et aussi la vitesse. Les années 1920 ont ainsi une bande-son : Josephine Baker, le jazz et une certaine “négrophilie”, pour utiliser les termes de l’époque ». 

Josephine Baker photographiée le 27 mai 1959 lors d'une répétition d'une revue à l'Olympia, Paris.
Josephine Baker photographiée le 27 mai 1959 lors d'une répétition d'une revue à l'Olympia, Paris.
© AFP - UPI

La musique jazz est à ce point importante durant les années 1920 qu’elle en vient à définir, outre-Atlantique, la décennie. On parle de « The Jazz Age » même si d’autres expressions cohabitent en américain pour définir la période : « the Roaring Twenties » (les années « rugissantes » ou « flambantes », ou peut-être même « saoules ») ou « The Prohibition era », à cause de la prohibition de l’alcool qui a aussi marqué la période. 

En France, en revanche, on s’est saoulé sans entraves ! Jouir de la vie, et en jouir jusqu’à l’excès : tel est le leitmotiv des élites dans les grandes villes. Le Paris des années 1920 redevient une ville de fêtes et de plaisir. Les cabarets, les dancings, les bals se multiplient. On chante Dédé avec Maurice Chevalier ou Moi, j’en ai marre avec Mistinguett. 

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Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig décrit les années 1920 comme un « cadeau inattendu » : il fallait « rattraper » le temps perdu que les années terribles de guerre « nous avaient volé : le bonheur, la liberté, la possibilité de s’intéresser aux choses de la pensée ». 

Et dans sa biographie merveilleuse d’André Malraux, Jean Lacouture décrit pour sa part le jeune dandy qui se cherche une vie d’écrivain et d’aventures dans les années 1920 et qui, pour cela, « se rue dans le mouvement du temps du Bœuf sur le toit au point d’en paraître parfois caricatural » : l’exposition de Dada ; l’épanouissement du jazz ; la poésie cubiste héritière de Rimbaud, Lautréamont et, déjà, Max Jacob ; les peintres de la rigueur, Braque et Derain ; l’apparition de Radiguet et le règne de Jean Cocteau.  

À réécouter : Dada, Duchamp, Breton ou le grand dégoût de l’art

Les témoignages de l’époque montrent eux aussi ce sentiment d’accélération de l’histoire qui semble emporter les contemporains : les moyens de transport s’accélèrent, la radio accélère, le jazz accélère – c’est L’Homme pressé de Paul Morand, ce héros des années 1920 qui veut mener sa vie à toute allure (le livre paraîtra en 1941). 

Au-delà de cette vie festive et populaire, les années 1920 furent celles aussi de l’innovation artistique et de l’expérimentation littéraire. Dans la musique, cette innovation passe par le « groupe des Six » : Darius Milhaud, Francis Poulenc et Arthur Honegger, parmi d’autres. 

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« Ce qui est intéressant dans cette période, par exemple avec le groupe des Six, c’est que la musique savante s’hybride avec les nouveaux rythmes jazz qui arrivent. La musique savante et populaire s’interpénètrent », résume Emmanuelle Loyer. Une analyse qui vaut aussi pour l’art et la littérature. 

Dans l’art, l’architecture et le design, c’est l’ « Art déco » qui triomphe à partir de l’exposition des arts décoratifs de 1925 et résume la période. Dans la littérature, surtout, c’est le dadaïsme et bientôt le surréalisme de Breton et Aragon (le dadaïsme a été imaginé à Zurich dans les années 1910 autour du Cabaret Voltaire et de Tristan Tzara, mais ce dernier arrive à Paris en 1920 ; l’influence du dadaïsme sera moins forte en France qu’ailleurs car le surréalisme, qui en est issu, mâtiné de rimbaldisme et de communisme, le dépassera rapidement dès la « révolution surréaliste » de 1922). Une ruée vers l’art qui fut donc à la fois populaire et expérimentale. 

Nihilistes parfois, refusant le raisonnable souvent, les « années folles » voient également la consécration de trois grands auteurs « gais » – Gide, Cocteau et Proust. Le premier connaît un immense succès avec La Symphonie pastorale, Les Faux Monnayeurs et, plus confidentiel, pour l’un de ses livres les plus courageux : Corydon. Le deuxième est omniprésent au Bœuf sur le toit et à la Revue Nègre et séduit le grand public avec Les Enfants terribles ainsi que les initiés avec ses livres codés : Plain-Chant et Le Livre Blanc (initialement publié anonymement). Marcel Proust, enfin, reçoit le prix Goncourt en 1919 pour A l’ombre des jeunes filles en fleur

Photo prise le 27 Septembre 1957 de l'écrivain, poète, cinéaste, peintre et dessinateur Jean Cocteau, posant devant la fresque qu'il a peinte à l'intérieur de la salle de mariage de Menton.
Photo prise le 27 Septembre 1957 de l'écrivain, poète, cinéaste, peintre et dessinateur Jean Cocteau, posant devant la fresque qu'il a peinte à l'intérieur de la salle de mariage de Menton.
© AFP - INTERCONTINENTALE

Mais ces audaces artistiques et littéraires, si décisives en France, s’inscrivent également dans un mouvement international. Les « Roaring Twenties » accompagnent la montée en puissance de la culture de masse américaine. Révolution culturelle mais aussi technologique avec la généralisation de la radio – qui est vraiment le média des années 1920 en France comme aux États-Unis – et la consécration du cinéma muet (le cinéma « parlant » débute avec Le Chanteur de Jazz, mais ne sera décisif que dans les années 1930). 

Décennies des exploits de l’aviation civile et de la montée en puissance (et en altitude) de l’Américain Charles Lindbergh et du Français Jean Mermoz qu’accompagne avec lui le mythe de l’Aérospatiale qui deviendra Air France. « La vie moderne autorise les voyages, mais ne procure pas d’aventure », aurait dit Mermoz, cité dans le beau livre que lui consacre Joseph Kessel.

Les années 1920 sont également la décennie de la « génération perdue » (« the Lost Generation »), notamment Ernest Hemingway et surtout Francis Scott Fitzgerald. Car s’il fallait citer un livre pour résumer la période, ce serait assurément The Great Gatsby, publié en 1925. Ce grand roman de l’opulence médiocre, des mœurs équivoques et des rumeurs les plus folles, sorte de Dolce Vita amère et new-yorkaise, est d’abord une histoire d’amour hors limites. Et l’incipit du livre reste mémorable : « Quand j’étais plus jeune et plus vulnérable, mon père, un jour, m’a donné un conseil que je n'ai pas cessé de retourner dans ma tête : “Chaque fois que tu seras tenté de critiquer quelqu’un, m’a-t-il dit, souviens-toi seulement que tout le monde n’a pas eu les mêmes avantages que toi” ».

À réécouter : Gatsby, etc.

Une « génération perdue » et anglo-saxonne qui passe d’ailleurs une partie de la décennie en France avec James Joyce, Natalie Clifford Barney, Gertrude Stein ou Alice Toklas. 

Au fond, les « années folles » sont des années joyeuses, fêtardes et créatives. On comprend pourquoi tant d’intellectuels, d’artistes et de journalistes espèrent les faire revivre un siècle plus tard. La comparaison est presque trop évidente. Comme si les années 1920 pouvaient renaître avec les années 2020… 

Réécouter notre émission Soft Power sur « l’après-covid : le retour des années folles ? »

Les années 2020 et le retour des jours heureux ?

Peut-on imaginer que les années 2020, post-Covid, deviennent, à leur tour, des « années folles » ? Un siècle après, l’histoire peut-elle se répéter ? La fin de la pandémie sera-t-elle marquée par une libération sexuelle, une période festive et une nouvelle ruée vers l’art ? 

Cette hypothèse a été avancée, ces dernières semaines, notamment dans un long article de Peter Coy pour le magazine américain Bloomberg Businessweek, mais aussi par l’hebdomadaire portugais Visão qui a interviewé le sociologue américain Nicholas Christakis, ou encore le journal suisse Le Temps

« Cette hypothèse nous semblait séduisante parce que nous avions envie d’espérer des lendemains meilleurs », a commenté la rédaction de Courrier International qui a repris ces articles et en a fait sa « une » le 11 mars dernier. 

"Demain, les années folles ?", Courrier international, 11 mars 2021.
"Demain, les années folles ?", Courrier international, 11 mars 2021.
- Courrier international

De son côté, le président Macron a pu prédire, dans l’une de ses interventions télévisées : « Nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les Jours Heureux » (13 avril 2020). 

La comparaison avec les « années folles » a sa raison d’être et, bien sûr, ses limites. Parmi celles-là, il faut noter la révolution technique en cours, autour du numérique, de l’IA, du cloud et de la blockchain, qui peut faire écho à la montée en puissance, il y a un siècle, de la radio et du cinéma. Les vaccins aussi : ils rappellent la découverte de la pénicilline et des antibiotiques qui ont changé la médecine dans les années 1920 (comme, espérons-le, Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen vont permettre de normaliser nos vies en 2021). 

Au jeu des comparaisons, on peut encore ajouter la montée en puissance de l’automobile dans les années 1920 et la généralisation probable de la voiture électrique dans les années 2020 (avec peut-être l’arrivée de la voiture autonome). Sans oublier, et plus symboliquement, le succès actuel de la série française Lupin sur Netflix qui fait également écho au succès des livres d’Arsène Lupin dans les années 1920. 

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Mais le jeu des comparaisons et la concordance des temps s’arrêtent là. On ne peut guère comparer la pandémie de Covid, aussi meurtrière soit-elle, à la Première Guerre mondiale qui a fait environ dix millions de morts et presque autant d’invalides. (Sans oublier la grippe dite « espagnole » qui a fait 100 millions de morts dans le monde en 1918-1920).

« La grande différence entre une guerre et une pandémie est que l’on sait exactement quand une guerre s’achève, mais pas une pandémie. La guerre de 14-18 s’est terminée officiellement le 11 novembre à 11 heures. Mais sait-on quand sera officiellement terminée la pandémie », prévient d’ailleurs Stéphane Garelli dans Le Temps

A ce stade, les programmateurs culturels, les artistes, les écrivains et les philosophes que nous avons interrogés offrent des analyses et des points de vue complémentaires et contradictoires. Tous font des scénarios et prédisent des évolutions mais, si ces nombreuses hypothèses sont possibles, nul ne peut vraiment prédire les formes que prendra la fin du Covid, entre « années folles » ou « années sobres ». Sans exclure que les « variants » et leurs clones ne nous maintiennent durablement dans la pandémie… 

Le pire n’étant jamais sûr, on peut espérer une lente sortie de crise à l’été 2021, avant un retour à la normale à l’automne ou, plus définitif, début 2022. Voici nos six hypothèses :  

1. Le retour à la vie « comme avant »

La première hypothèse, c’est tout simplement le retour à la vie « comme avant ». Dans l’Obs, le sociologue Antoine Bristielle expliquait ce week-end : « La crise sanitaire change la donne. Au moment du premier confinement, tout le monde voulait imaginer le monde d’après. Cela pouvait influencer de telles initiatives, pour rêver d’un autre futur. Mais l’ambiance n’est plus la même : là, les Français veulent surtout revenir au monde d’avant, à la situation qu’ils connaissaient avant le Covid. »

Si cette hypothèse est vraie, toutes les projections d’un « autre monde » post-Covid s’avèreraient prématurées. La fin du Covid se traduirait simplement par une grande décompression affective, la reprise des voyages, peut-être une certaine sexualité débridée, mais, en gros, on reviendrait à la vie « d’avant ». 

2. Comme avant – en mieux

On peut être plus optimiste et, deuxième hypothèse, imaginer une vie un peu meilleure. Récemment le président Joe Biden a twitté : « On ne peut pas reconstruire les choses comme elles étaient avant l’épidémie. Nous devons ré-imaginer et construire une nouvelle économie américaine ». 

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Dans ce cadre, et à mesure que les vaccins feront leur effet, et si de nouveaux variants non maitrisés ne surgissent pas, la crise du Covid pourrait disparaître. Un certain optimisme pourrait donc redevenir de mise, notamment grâce au symbole fort que constitue justement la politique économique spectaculaire de Joe Biden, une sorte de néo-Rooseveltisme, ou de néo-New Deal, qui semble déjà séduire les Français. 

À lire aussi : La grande dépression culturelle

En quoi pourrait consister cette hypothèse « comme avant, en mieux » ? 

Il s’agirait de garder le meilleur du confinement et d’abandonner ses contraintes : le télétravail serait possible, lorsqu’on le souhaite ; les achats pourraient se faire en ligne quand on le veut ; la médecine pourrait se perpétuer à distance lorsque ce serait plus facile. Sur le plan des voyages, qui vont également repartir en grand nombre, il serait possible de « voyager moins, mais de voyager mieux ». 

Sur le plan culturel, on peut faire une autre hypothèse avec Jean Blaise, fondateur et directeur du Voyage à Nantes (une manifestation artistique de grande ampleur qui devrait avoir bien lieu cet été, du 3 juillet au 12 septembre) : et si on commençait à questionner notre rapport et notre fréquentation de l’art ? « Qu’est-ce qui a de la valeur aujourd’hui ?, me dit Jean Blaise. Par exemple au niveau de la consommation, y compris de la consommation de spectacles, je pense que ça va changer. Je crois qu’on va repenser les lieux de représentation de l’art. Est-ce qu’on doit toujours aller dans des lieux voués à l’art, peut-être que non ? La pénétration de la créativité dans la ville est vraiment plus qu’importante. Et cela pourrait tout changer. On l’expérimente, par exemple, à Nantes dans tout ce qui touche à la transformation de la ville, concerne le souci du durable, mais traverse aussi notre souci de la créativité, de la représentation du génie de l’homme, que l’on peut représenter dans la ville, et cette sensation qu’on doit être libre, dehors, qu’on doit être déconfinés, pas les uns sur les autres – déconfinés pour de vrai ». 

Œuvre de Philippe Ramette présentée lors de l'édition 2018 du Voyage à Nantes.
Œuvre de Philippe Ramette présentée lors de l'édition 2018 du Voyage à Nantes.
© AFP - LOIC VENANCE

Un nouveau tourisme est également possible : le projet du musée des Offices à Florence qui vise à accueillir moins de public et à se décentraliser est de ce point de vue intéressant.

Enfin, l’art pourrait confirmer qu’il est, finalement, un bien essentiel. Devant le lieu culturel « le 104 » à Paris, le street artiste Rero a revisité la façade de ce lieu culturel emblématique avec, écrits en grandes lettres barrées : « Pas essentiel ».

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Faisons ici une proposition : les voies sur berge à Paris, qui ont été libérées de la voiture, pourraient être étendues jusqu’à la maison de la radio et enfin aménagées. Pour l’instant, c’est une route goudronnée inhospitalière : pourquoi ne pas dégoudronner les voies sur berge, les végétaliser, y ouvrir des guinguettes et multiplier les bateaux-fêtes. On pourrait imaginer de nouveaux escaliers pour descendre sur les voies sur berge à partir de chaque pont et aménager enfin le tunnel des Tuileries (actuellement effrayant, glauque et « unsafe » pour les piétons). Chaque pont pourrait avoir son bar, ses fêtes, et ses guinguettes. Libérer les voies sur berge de l’automobile, c’est bien ; les faire vivre ce serait mieux ! 

3. Comme avant – en pire

Notre troisième hypothèse est plus pessimiste. A la fin du Covid succéderait le retour de la consommation sans limites, l’insouciance, le gaspillage et les chem-sex parties !

Si ce scénario se vérifiait, on n’aurait tiré aucune leçon du confinement et rien appris du Covid. L’open space reviendrait dans les entreprises, sans cloisons et sans remise en cause ; et sur les lèvres on reverrait du rouge à lèvres dont tout le monde a noté la disparition à cause des masques. Mais après tout, pourquoi pas. Il n’y a rien de mal à se mettre du rouge à lèvres !  

Pire aussi pourrait être notre nourriture ! Dans un article fabuleux dont il a le secret, le New Yorker vient de décrire une évolution passée sous les radars en France : la généralisation des « tacos » et leur francisation ! Selon la journaliste américaine qui signe cette enquête épicée, les fameux tacos mexicains seraient aujourd’hui brandis dans les quartiers populaires en France comme un symbole « halal » et de diversité ! On n’entrerait donc pas dans les années folles, mais dans les années « tacos » !

Une proposition : on pourrait imaginer le Covid à l’envers. Depuis plus d’une année, la vie culturelle « live » est devenue digitale. Pourquoi le mouvement ne s’inverserait-il pas en 2021-2022 où tout ce qui était numérique pourrait tenter, autant que faire se peut, de devenir physique !

4. Les années folles

Notre quatrième hypothèse est donc celle des années folles : les années 2020 renoueraient avec la folie, les fêtes et les plaisirs des années 1920.  

« Toutes les sociabilités festives se sont arrêtées depuis mars 2020, et même le Nouvel an chinois », constate l’anthropologue Emmanuelle Lallemand. Mais il n’en sera pas toujours ainsi. « La fête est un invariant de l’humanité, ajoute-t-elle. La fête peut être religieuse, économique, laïque, transgressive, mais elle existe partout. C’est une forme de continuité de l’ordre social, ce n’est pas le chaos. C’est un rituel, un dispositif organisé. » 

Pour l’anthropologue, deux scénarios se dessinent aujourd’hui : « Il y a d’abord un scénario libératoire, d’ivresse, comme dans l’après premier confinement, en mai-juin, où l’on se retrouverait et ranimerait nos vies sociales dans l’effervescence. Et un second scénario, le temps passant, qui serait plus prudent, plus timide : une manière de faire la fête de façon plus organisée, une fête plus professionnelle avec des consignes sanitaires mieux respectées. Comme si on allait tous devenir des professionnels de la fête qui privilégierons une fête sans danger, un dispositif finalement assez contraint, peu spontané dans lequel le débordement n’est plus vraiment à l’œuvre ». Autant dire qu’on ne sait pas trop ce qui va se passer… 

Il me semble plutôt qu’on pourrait voir se concrétiser le rêve d’une sorte de modèle « Burning Man », la fête créative mais, comme je l’ai vécu sur place, dans un dispositif codé, mixte et finalement assez structuré. 

Deux hommes en costume au festival Burning Man de Black Rock City, dans le Nevada, le 4 septembre 1999.
Deux hommes en costume au festival Burning Man de Black Rock City, dans le Nevada, le 4 septembre 1999.
© AFP - HECTOR MATA

C’est un peu ce que pense, la DJ Leslie Butch, figure de la nuit queer parisienne. Elle est en train d’imaginer ses soirées mixtes, à la fois en présentiel et online. Pendant le confinement, elle a créé ses soirées Zoom « L’appart chez moi », payantes et en ligne, dont le succès ne s’est pas démenti. Elle pense aujourd’hui que ce modèle mixte pourrait perdurer dans l’apres-confinement, notamment pour permettre à tous ceux et celles qui se sentent exclus de continuer à « sortir ».

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D’autres hypothèses existent. Le chercheur en « night studies », Will Straw, qui est professeur au département d’histoire de l’art et des études en communication à l’Université McGill au Québec, pense qu’une remise en cause du monde de la nuit est possible : « La tendance ces dernières années, c’était des clubs et des boîtes de plus en plus grands surtout dans le genre EDM (Electronic Dance Music). On va être obligé d’avoir des endroits plus petits, avec moins de public. Il va y avoir plus d’endroits, donc une dispersion ; et des niches musicales vont peut-être émerger ».

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Une proposition : le plein air. Avant un déconfinement total, l’été 2021 pourrait être celui des fêtes à l’air libre. Renouer avec la nuit sous les étoiles, les clubs de plein air, les clubs à l’extérieur. Réinventons le Drive-in en 2021 ! Déjà, les villes préparent l’été en misant sur les spectacles en plein air, comme c’est le cas à Paris. 

5. Le souci de soi et de la planète

Cinquième hypothèse, assez contradictoire avec les précédentes : l’après-Covid pourrait se traduire par un retour vers soi, vers sa famille. Le souci de soi – et peut-être de la planète – dominerait alors. 

Le philosophe Frédéric Lenoir, qui vient de publier Juste après la fin du monde (éditions Nil), imagine un « après-Covid » qui renouerait avec le souci de soi, le bien-être et le « wellness » – mot à la mode outre atlantique. Et même si Lenoir n’exclut pas que l’insouciance festive puisse définir initialement l’après-Covid, il suggère que, peu à peu, on pourrait devenir plus responsable, plus sage, plus conscient de l’importance de son corps, du sport et de sa santé. « Tout va dépendre de la manière dont on a vécu l’épidémie et le confinement. On ne peut pas prédire de manière générale les choses. Certains sont très sereins, d’autres sont dans l’anxiété. Mais je pense que certains vont vouloir vivre un peu autrement. Ceux qui ont eu la chance de passer leurs confinements à la campagne, dans la maison d’un ami ou dans leur résidence secondaire par exemple, peuvent avoir envie de ralentir, de vivre au plus près de la nature, de prendre le temps de respirer, peut-être de méditer, de faire une halte et de tenter de retrouver une qualité de vie », m’explique Frédéric Lenoir. 

Le philosophe qui est devenu un auteur de best-seller avec ses livres sur les religions « soft » et les « nouvelles spiritualités », y compris laïques, imagine un monde où la qualité de vie et le bien-être – une sorte de mode du « healing » – pourraient être centraux. 

À réécouter : Frédéric Lenoir : que reste-t-il de sacré ?

Et les faits semblent déjà lui donner raison : selon le New Yorker, l’industrie du « wellness » connait actuellement une progression de 6,4 % par an. (Certains réclament l’autorisation du cannabis récréatif dans l’après-Covid sur le modèle de plusieurs États américains et européens). 

Cette dimension de « souci de soi » peut découler également du deuil. Avec plus de 100 000 victimes du Covid en France, au moins un million de personnes sont en deuil (on considère généralement et en moyenne que dix personnes sont affectées singulièrement par la mort d’une personne). Va-t-on vers un nouveau sens du deuil ? Vers de nouvelles cérémonies rituelles ? Le succès durable du livre de Delphine Horvilleur, Vivre avec nos morts, Petit traité de consolation (Grasset) pourrait en être un indice.

Reste, au-delà du souci de soi, la question du souci de la planète. Martin Guinard, co-curateur avec Bruno Latour de la Biennale d’Art de Taipei, à Taiwan, et curateur à la fondation Luma d’Arles, pense pour sa part que la dimension environnementale va prendre de l’importance dans les mois et les années à venir. Le confinement sanitaire se prolongerait ainsi par un souci des autres, c’est-à-dire aussi de la planète. Ira-t-on vers une société plus frugale et plus sobre ? Il l’espère, tout en insistant sur le fait que ce futur n’est pas incompatible avec l’effervescence festive. 

Au lieu de privilégier par exemple les grandes biennales internationales qui ne servent que l’industrie du tourisme mondialisé, ou ces symposiums qui ont lieu dans des hôtels de l’autre bout du monde où l’on ne reste enfermé que dans un faux luxe l’espace d’un week-end après avoir parcouru 20 000 kms en quatre jours, Martin Guinard aimerait qu’on puisse privilégier le « local plus » (pour reprendre l’expression de Bruno Latour dans Où atterrir ?). En matière culturelle, il pense aux résidences d’artistes à condition qu’elles s’inscrivent sur le long terme, car elles ont l’avantage d’être en « circuit court » et d’offrir des rencontres de proximité sur la durée. 

À lire aussi : Du Covid à l’écologie : "Le confinement est définitif" alerte le penseur Bruno Latour

Dans un autre registre, plus urbain, le sociologue Carlos Moreno a inventé le concept de « la ville du quart d’heure ». Dans cette approche néo-lecorbusienne, Moreno imagine la ville « radieuse » du futur qui pourrait réunir de manière rationnelle les quatre principales fonctions urbaines « à moins de 15 mn de chez soi » : habiter, travailler, prendre soin de son corps ou faire du sport et se cultiver. On vivrait ainsi dans un village – même en ville. 

On a bien sûr reproché à Moreno de vouloir, d’une part, créer des « villages bobos », et donc séparer les quartiers « gentrifiés » des autres, plus populaires, et, d’autre part, de ne s’intéresser qu’aux grands centres-ville riches. Ce concept urbain a donc été repensé par le sociologue pour les zones périurbaines ou rurales autour d’une seconde idée, celle des « territoires de la demi heure ». On doit vivre, travailler, faire du sport, se soigner et se divertir dans un rayon de 30 mn autour de chez soi. 

À réécouter : Quelles villes pour demain ?

Une proposition : L'association Technopol va sortir un livre blanc « Danser demain » à la suite d'un cycle de réflexion qui a lieu en mai dernier pour penser la fête de demain. L'association est soutenue par plus de 260 acteurs de la vie culturelle nocturne et milite pour la création de « Zones d'urgence Temporaire de la Fête » (tribune sur le blog de Médiapart).

6. Un renouveau artistique

Enfin, terminons par une sixième et dernière hypothèse, fort positive et qui rejoint celle des années folles : le renouveau artistique.

Partout les artistes sont dans les « starting blocks ». Confinés, ils ont travaillé, pensé, créé. Ils vont pouvoir montrer leurs œuvres, lancer leurs musiques et publier leurs écrits. De nombreuses institutions ne demandent qu’à ouvrir leurs portes au public. 

Autour de Didier Fusiller et de la Grande Halle de la Villette, un projet de Zones Urgentes Temporaires (aussi appelées Zones Urgentes de la Teuf) a été imaginé. 

À réécouter : Les "Folies" d'Emmanuel Macron : 1000 Micro-Folies en France, la nouvelle politique culturelle du quinquennat

Ces « ZUT » sont d’inspiration néo-dadaïste et néo-rimbaldienne (on se souvient que Rimbaud et Verlaine participèrent avec leurs amis communards et gays, au Cercle zutiste, fin 1871, et ont collaboré à l_’Album Zutique_). Déployées dans de nombreux lieux à Paris et en région, elles visent à recréer un bouillonnement artistique après une année de silence. On continuera à prendre les règles sanitaires au sérieux, mais tout en se jouant d’elles ! 

« Les ZUT veulent être des sas de décompression par la fête et la musique électronique. Ça commencera à La Villette le 19 juin et ce sera dans toute la France ensuite. On respectera bien sûr les conditions sanitaires du moment, lesquelles seront plus faciles à suivre lorsqu’on sera en plein air » m’explique Didier Fusillier.

A la Villette, Fusillier va aussi ouvrir un immense club pour la scène électro, dont le modèle est le Berghain de Berlin : « ça devrait devenir le lieu clé de la nuit parisienne », dit-il. 

Berghain Club à Berlin ; juillet 2020.
Berghain Club à Berlin ; juillet 2020.
© AFP - STEFANIE LOOS

D’autres artistes pourraient être cités ici, tant ils expriment aujourd’hui une fureur de vivre et une envie de fête, notamment à travers la danse contemporaine : la chorégraphe Gisèle Vienne qui a créé en 2018 le spectacle Crowd au Théâtre des Amandiers (une sorte de rave party sur fond de musique techno : vidéo ici) ; le chorégraphe Arthur Perole qui a imaginé en 2020 le spectacle Ballroom au Théâtre National de Chaillot (vidéo ici) ; ou encore le chorégraphe Olivier Dubois, qui a réalisé en 2019 le spectacle Tropismes au Centquatre (vidéo ici). Ces artistes ont réfléchi au monde de la fête à travers la danse et ont notamment analysé les mouvements qui, à travers les corps, disent la fête.

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Allons-nous donc connaître une période d’intense créativité comme certains le suggèrent ? On l’espère mais, comme le rappelait la critique d’art Jackie Wullschläger dans le Financial Times du 15 avril, un artiste authentique crée un langage et ce langage est le sien. Il ne va pas s’adapter au Covid ou au post-Covid et changer son langage en fonction du contexte de 2021 ! 

Le cinéaste Pedro Almodovar a raconté que « la movida » et ses premiers films ont été nourris par cette nouvelle liberté née de l’après Franco : « Au début des années 1980, Madrid était probablement la ville la plus joyeuse, la plus drôle, et la plus permissive du monde. Ce fut vraiment la renaissance de la ville après cette période horrible du régime franquiste ». La comparaison est tentante mais nous ne sortons pas de plusieurs décennies de fascisme. On peut toujours rêver d’une movida, mais c’est une hypothèse bien incertaine. 

Une proposition : une fête de la musique XXL le 21 juin prochain. La ministre de la Culture Roselyne Bachelot pourrait dire aux artistes et à la jeunesse de se préparer : « Préparez les années folles ! Faites-nous danser ! Faites-nous chanter ! Faites-nous rêver ! ». 

Conclusions

Terminons cet article de prospective à moyen terme par une note d’espoir. 

Le samedi 22 mai aura lieu à Rotterdam, aux Pays-Bas, la finale de l’Eurovision 2021. Une jeune chanteuse, frêle et belle, Barbara Pravi, représentera la France. 

Lorsqu’elle a été sélectionnée en janvier, alors que nous n’attendions plus rien de l’Eurovision – trop mainstream, trop banal, trop souvent ridicule – on a tendu l’oreille. Sa chanson nous a désarçonnés, étonnés, séduits. On a finalement voté pour cette jeune Édith Piaf, comme le jury et le public mêlés. 

Lorsque je l’interviewe, Barbara Pradi confirme : « J’ai toujours eu la sensation d’avoir un pied dedans, un pied en dehors de mon époque. J’écoute beaucoup de vieilles choses, d’anciennes chansons françaises, et en même temps, j’ai travaillé pour Florent Pagny, Yannick Noah, Chimène Badi, ou les jeunes prodiges que sont Carla ou Valentina. Je suis une boule d’émotion, constante, qui vibre, qui vit dans l’émotion ». Dans et hors de son époque. 

À réécouter : Barbara Pravi : en route pour l'Eurovision !

Française, avec un grand-père serbe et un autre iranien, avec des origines polonaises et juives ashkénazes – le profil idéal pour que les téléspectateurs d’Europe de l’Est votent aussi pour elle –, Barbara Pravi incarne une France de la diversité, une énergie folle et l’optimisme de la jeunesse.

Gageons que si Barbara Pravi gagne l’Eurovision le 22 mai prochain, un vent d’optimisme et de folie soufflerait sur notre pays. Comme un espoir – enfin.  

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Mais en attendant ne rêvons pas trop. « Les années folles » sont un « chrononyme » inventé a posteriori. Sur le moment, personne n’avait vu la folie !  

Au lieu de faire une seule hypothèse, on peut donc parier sur le fait qu’il y aura dans l’après-Covid un peu de toutes nos hypothèses à la fois, en fonction des personnes, des âges et des conditions. 

Et l’historienne Emmanuelle Loyer de conclure : « Quoi qu’on dise, quelles que soient nos hypothèses, c’est à peu près certain : on va se tromper. Le futur est imprévisible. On ne peut pas le prédire. Et heureusement ».

À réécouter : Après le Covid-19, le retour des années folles ?

Frédéric Martel 

* Frédéric Martel anime et produit le magazine des industries créatives et du numérique « Soft Power » sur France Culture, tous les dimanches de 18h à 20h. Il vient de publier, le 15 avril, deux nouveaux livres : avec Jack Lang, Une Révolution culturelle (Bouquins) et un ouvrage des meilleurs fragments de Rimbaud, La vraie vie est absente, suivi d’un dictionnaire érotique rimbaldien, « le Rainbow » (Seuil, coll. « Le Goût des mots »). 

Réécouter l’émission L’après Covid : vers les années folles sur France Culture.

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