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Archéologie spatiale : comment protéger les sites lunaires

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La trace de botte laissée sur le sol lunaire par Neil Armstrong en juillet 1969 est toujours intacte, 50 ans plus tard.
La trace de botte laissée sur le sol lunaire par Neil Armstrong en juillet 1969 est toujours intacte, 50 ans plus tard.
- NASA

Alors que les entreprises privées ou la NASA relancent la course à l'espace pour se rendre sur Mars, la Lune est redevenue une étape importante de l'exploration spatiale. Comment protéger les premiers sites de l'exploration spatiale, quand l'espace est censé appartenir à tout le monde ?

Deux balles de golf, une oeuvre d’art intitulée “Fallen Astronaut”, une plume de faucon, 12 paires de bottes spatiales, 96 sacs d’excréments et surtout plus d’une cinquantaine de restes de véhicules spatiaux, des étages de la fusée Saturne V aux modules d’exploration lunaire utilisés par la NASA… Sur la Lune, les traces du passages de l’homme restent immuables depuis une cinquantaine d'années, insensibles au passage du temps. 

Vraiment ? A l’aune du renouveau de l’exploration spatiale, alors que la NASA et les compagnies privées, Space X en tête, annoncent vouloir envoyer des hommes sur Mars, la Lune semble être redevenue un point d’étape dans la course à l’espace. Or les traces de pas de Neil Amstrong, de Buzz Aldrin, et des astronautes qui leur ont succédés, sont toujours imprimées dans la poussière lunaire, et il suffirait qu’un nouvel explorateur s’aventure un peu trop près de ce lieu historique pour en détruire le caractère archéologique. 

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Retourner sur la Lune : une étape de l’exploration spatiale

Si Donald Trump souhaite retourner sur la Lune dans les cinq années à venir, comme il l’a annoncé, c’est avant tout par calcul politique. En 2020, l’actuel président des Etats-Unis devrait se représenter pour un second mandat, et une telle promesse s’inscrit dans la droite ligne de son slogan phare : “Make America Great Again”. En remettant la course à l’espace au goût du jour, avec un retour sur la Lune annoncé pour 2024, Donald Trump invoque indirectement le passé fantasmé de l’époque Kennedy et espère renouer avec l’ère du succès à l’américaine.

La NASA n’est cependant pas la seule à vouloir retourner sur la Lune. Notre satellite est une étape obligatoire dans la conquête du système solaire et Chinois comme Indiens, en plein développement de leurs programmes spatiaux respectifs, ont d’ores et déjà annoncé vouloir s’y rendre d’ici à 2030. 

En savoir plus : Faut-il retourner sur la Lune ?

Du côté des entreprises privés, on met plus volontiers en avant le tourisme spatial. D'autres ont mis la Lune au cœur de leur communication, à l'image de l’entreprise berlinoise Part-Time Scientists, soutenue par Vodafone, qui a d’ores et déjà annoncé sa volonté d’installer une antenne mobile sur la lune afin de faciliter les explorations scientifiques à venir… La société ne se prive d'ailleurs pas de faire connaître en annonçant sa volonté d'en profiter pour retourner sur le site d’atterrissage de la mission Apollo 17, la dernière à avoir emmené des hommes sur la Lune, comme l’a déclaré le président de Part-Time Scientists, Robert Boehme : 

L’espace appartient à tout le monde, et avec “Mission vers la Lune”, nous invitons le monde à se joindre à nous lors de cette étape pionnière d’accès à l’exploration spatiale. 

L’inspiration transmise par les missions Apollo a touché des personnes qui, comme moi, n’étaient pas nées et n’ont pas pu les vivre. Apollo 17 a marqué la fin d’un chapitre de l’exploration spatiale, mais alors que nous entrons dans un nouveau chapitre, l’exploration privée, je veux créer un nouveau “Moment Apollo” afin d’inspirer une nouvelle génération d’explorateurs, d’ingénieurs et de scientifiques.

L'entreprise berlinoise projette ainsi de se rendre sur le site d’Apollo 17 pour y photographier le rover abandonné sur place. Si elle a annoncé s’être associée à  For All Moonkind, Inc, une ONG internationale dont l’unique but est de préserver l’héritage historique de l’humain dans l’espace, et travailler main dans la main avec la NASA, ses intentions ont poussé à s’interroger sur la meilleure façon de sauvegarder ces sites historiques. 

L’espace est-il à tout le monde ? 

Mais l’espace est-il à tout le monde, comme l’affirme Robert Boehme ? Et "les traces de bottes de Neil Amstrong devraient-elles être sur la lune pour l’éternité ?s’interrogeait récemment le New York Times. Dans le Traité de l’espace international de l'espace, ou Traité sur les principes régissant les activités des États en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la Lune et les autres corps célestes, ratifié en 1967, les deux premiers articles prévoient qu’aucun Etat ne puisse s'approprier l’espace extra-atmosphérique. Dès lors, rien ne préserve les sites où ont atterri les astronautes américains, si ce n’est le droit classique, explique Mireille Couston, professeure de droit international public à l’Université Lyon III et directrice du centre du droit des espaces et des frontières :

Le régime juridique des objets emmenés dans l'espace ou sur les corps célestes obéit aux principes de protection de la propriété privée et de la restitution au propriétaire. Sauf déclaration d'abandon par le propriétaire, ce qui n'a encore jamais été le cas, il n'existe pas de notion d'épave en droit spatial. C'est la protection des objets et de leurs éléments constitutifs qui est mise en avant.

Impossible donc de ramasser une des balles de golf Mais si les objets de la NASA lui appartiennent toujours, rien n’empêche de nouveaux astronautes, ou mêmes des robots, de marcher sur les empreintes, faute de marcher dans, de Neil Amstrong ou Buzz Aldrin. “Rien dans le droit spatial n'interdit aux USA de mettre en place des installations visant à protéger les sites et objets archéologiques, comme une ‘base-musée’, précise Mireille Couston. Il suffit que les installations en question restent accessibles à la demande aux autres Etats, cela ne contredit en rien le régime de l'espace et des corps célestes.”

L’autre option, si les USA n’ont plus les moyens de retourner sur la Lune pour y construire les installations nécessaires à la préservation des lieux, consisterait, toujours selon Mireille Couston, à demander “une protection internationale par l'inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco”.

C’est d’ailleurs l’option qu’a favorisé, jusqu’ici, l’ONG “For all Moonkind”, qui oeuvre à la création d'une Convention pour préserver l'héritage de l'humanité dans l'espace, dont une première ébauche a été rédigée en avril dernier. L'ONG compte ainsi proposer aux Nations Unies un programme de préservation des sites lunaires qui aura été pré-validé par le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies. Si ce programme venait à être accepté, il serait alors de la responsabilité de tous les acteurs de l'exploration spatiale de préserver les sites archéologiques au-delà de la Terre, qu'ils soient sur la Lune ou ailleurs.